Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec-Chaudières-Appalaches

Des bains ou du personnel?

À un an des prochaines élections québécoises, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, nous annonce en grande pompe un investissement de 36 millions $ consacré à l'embauche de 600 préposés (es) aux bénéficiaires dans le but de donner un deuxième bain aux patients dans les centres d'hébergement et de soins longues durées (CHSLD).
Ces embauches s'ajoutent aux 1300 déjà annoncées par le ministre en novembre dernier pour un investissement de 65 millions $. Qu'en est-il un an plus tard? La pénurie dans plusieurs titres d'emploi est un enjeu réel dans le réseau de la santé et des services sociaux et les établissements peinent à trouver du personnel. 
Peu d'acteurs se préoccupent de la capacité de rétention des établissements. C'est bien l'embauche, mais encore faut-il que la personne embauchée et formée ait le goût de poursuivre dans le réseau de la santé et des services sociaux. L'ampleur de la tâche et des conditions déficientes, entre autres en ce qui concerne l'organisation du travail, font en sorte que le syndrome de la «porte tournante» est malheureusement plus que jamais d'actualité. 
Quelle audace de la part du ministre! Alors que plus de 100 millions $ de compressions budgétaires ont été effectuées au cours de son mandat dans les établissements de la santé et des services sociaux des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches, d'autres compressions supplémentaires viennent de tomber comme un coup de masse sur les établissements. Bien souvent, les départements oeuvrent au quotidien avec un, deux, voire trois employés (es) en moins pour donner les services et les soins de peine et de misère. L'absentéisme atteint un niveau alarmant et les dénonciations de la population ne cessent d'augmenter. Les compressions ont grandement fragilisé notre réseau de santé. Dans ce contexte de désarroi, doit-on vraiment se réjouir de cette annonce? 
L'an dernier, le même Gaétan Barrette avait déclaré que l'hygiène pouvait être optimale sans bain. Le bain n'était alors pas une panacée pour lui qui vantait à l'époque les mérites de vulgaires débarbouillettes.
Monsieur le ministre soutient que la pression populaire a fait son oeuvre sur cette question de dignité humaine. Permettez-moi d'en douter. Il est clair que le spectre des élections lui a certainement donné un coup de pouce pour démontrer un peu d'empathie, même si cela ne durera que le temps d'une campagne électorale.
Ann Gingras, présidente, Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches - CSN