En le Dr Horacio Arruda, sous-ministre adjoint à la santé publique, «nous découvrons [...] un fonctionnaire compétent, pédagogue, transparent et, ma foi, capable d’humour et d’émotion…!» écrit Louis Borgeat.
En le Dr Horacio Arruda, sous-ministre adjoint à la santé publique, «nous découvrons [...] un fonctionnaire compétent, pédagogue, transparent et, ma foi, capable d’humour et d’émotion…!» écrit Louis Borgeat.

Derrière la ligne de front, combien d’Horacios sont à l’œuvre?

POINT DE VUE / Tous les jours, bien des Québécois assistent à la conférence de presse sur la pandémie. Le premier ministre et la ministre de la Santé bénéficient alors de la présence du Dr Horacio Arruda, sous-ministre adjoint à la santé publique. Nous découvrons ainsi un fonctionnaire compétent, pédagogue, transparent et, ma foi, capable d’humour et d’émotion…!

L’équipe de santé publique: mais ce personnage sympathique n’est que la pointe de l’iceberg: en effet, immergés dans une eau glaciale, bien d’autres experts œuvrent avec lui : sa Direction générale de la santé publique, l’Institut national de santé publique et les équipes de santé publique des différents CI(U)SSS. Ce sont aussi ces professionnels experts de diverses disciplines qui, en temps normal et de manière silencieuse, surveillent l’état de santé général de la population et développent des connaissances et des approches en matière de prévention, autant d’activités qui demandent une fine expertise et relèvent davantage de la recherche, de la planification et du développement que des opérations proprement dites auprès de patients. 

Une équipe parmi d’autres. Mais la réponse d’un gouvernement à une crise sanitaire ne saurait être liée exclusivement à des considérations scientifiques et médicales. D’autres équipes doivent s’activer et d’autres actions doivent se déployer pour que cette réponse soit conforme aux attentes du public. Comme observateur, j’ai au moins identifié les interventions suivantes, à titre illustration de leur diversité dans l’appareil gouvernemental :

  • des mesures législatives d’exception : impossible d’avoir recours ici aux lieux décisionnels habituels que sont l’Assemblée nationale et le Conseil des ministres. Les actions à prendre doivent l’être en urgence avec exécution immédiate. Cela suppose que la législation a déjà été ajustée pour attribuer des pouvoirs d’exception aux autorités compétentes et que les textes requis peuvent être rédigés et publiés en toute urgence par du personnel compétent, juristes et experts du secteur de la crise en étroite collaboration ;
  •  des programmes économiques conçus sur mesure : les mesures d’exception requises doivent être implantées dans l’immédiat malgré les coûts qu’elles impliquent. L’État est un formidable lieu de mutualisation des risques qui découlent des catastrophes, mais il ne peut évidemment pas dépasser certaines limites, qui doivent être définies en tenant compte de réalités fiscales, comptables, financières et économiques. Ce n’est pas sans une certaine inquiétude d’ailleurs qu’on a vu se déployer des mesures compensatoires impliquant des milliards de dollars, tant au fédéral qu’au Québec. Chaque dollar dépensé devra un jour être financé par la fiscalité ou la dette ;
  • des communications en temps réel à toute épreuve : à l’époque où on vit, la communication est souvent tout aussi importante que le fond. L’État doit être en mesure d’expliquer et de justifier en temps réel ses choix et ses interventions auprès de tous ses interlocuteurs : citoyens touchés, public en général, experts, médias, opposition officielle, etc. Cela suppose que les élus sont accompagnés de fonctionnaires dont l’expertise et la crédibilité dans le secteur en cause ne sauraient être remises en question. 

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Des équipes de recherche, planification et développement souvent malmenées. Dans le discours politique des dernières décennies, lorsqu’étaient annoncées les récurrentes coupes budgétaires et d’effectifs, les partis politiques ont souvent tenu le langage suivant: «Oui, il nous faut réduire l’appareil administratif, mais rassurez-vous, chers concitoyens, nous n’affecterons pas les unités opérationnelles qui rendent des services directement à la population ; nous ne viserons que les services à l’interne!»

En concentrant les coupures sur les obscures instances de réflexion, d’analyse et de conception, on prive la fonction publique des intrants intellectuels et scientifiques indispensables pour jouer son rôle de conseil auprès des élus. On diminue l’énergie dont elle dispose pour évaluer, analyser et planifier, ce qui limite forcément sa capacité, tant de faire face aux crises ponctuelles, que de voir aux nécessaires ajustements des politiques publiques.

Louis Borgeat, administrateur d’État au gouvernement du Québec, il a terminé sa carrière comme président de l’Office de la protection du consommateur. Il a publié récemment «Choisir l’administration publique ? 30 lettres pour une jeunesse sceptique…», aux Presses de l’Université du Québec.