La nécessité de l’humanité en tant qu’un n’aura jamais été aussi tangible.
La nécessité de l’humanité en tant qu’un n’aura jamais été aussi tangible.

Déconfinement et luttes à armes inégales

POINT DE VUE / Alors que la planète jongle maladroitement avec l’idée du déconfinement, aujourd’hui détone sourdement l’anniversaire des 50 jours depuis le début du confinement, dans la plupart des pays de la Terre. Confinement impératif pour juguler un ennemi invisible qui fauche à l’aveuglette partout autour du globe.

Certes, devant la COVID-19 nous sommes tous d’emblée égaux et unis dans notre désunification. La nécessité de l’humanité en tant qu’un n’aura jamais été aussi tangible, bien qu’ardue à saisir, comme l’arbre dans la forêt qui fait partie d’un tout, codépendant de ses confrères et consœurs.

Une pandémie comme celle-ci démontre, l’arc-en-ciel en bannière, comme quoi la seule voie que l’humanité peut emprunter pour museler cette dernière en est une collective. Une farandole planétaire masquée, bras tendus gantés, mais dans laquelle nous trouverons notre salut pandémique, si nos efforts et notre synchronisation sont impeccables.

Ceci étant dit, ne serait-il pas utopique de s’illusionner qu’une pandémie comme celle-ci aura comme répercussion de niveler le plancher planétaire? Au final, tous égaux face à la COVID-19? Non. N’est-ce pas dans les situations les plus extrêmes que l’on s’aperçoit à quel point notre monde est fracturé?

Sans s’enfarger dans une longue litanie de pays, il est évident sous le microscope du virus que les pays de l’échiquier mondial ne l’affrontent pas à armes égales. Cette inégalité se résume à l’accessibilité.

Dans un pays où l’économie est constituée en majeure partie d’emplois informels qui n’offrent pas de filet social, comment assurer sa survie et celle de sa famille en temps de confinement?

Dans une région qui n’a pas accès à l’eau potable ou quelconque système d’aqueduc, comment respecter les consignes sanitaires de bases de l’OMS?

Dans une population qui souffre de malnutrition systémique, accentuée par l’inaccessibilité logistique de certaines ONG, comment combattre le virus avec un système immunitaire affaibli?

Comment pratiquer la distanciation sociale dans un logement où habitent 8 personnes dont certaines, par nécessité, doivent travailler?

Comment diagnostiquer le coronavirus dans un pays qui n’a pas accès aux tests ou dont le système de santé gangréné par des années de sous financement ne peut supporter le stress d’hospitalisation massive?

L’énigme aurait pu être sempiternelle en y ajoutant la situation précaire et scabreuse des camps de réfugiés, des peuples assujettis à la guerre et des régimes qui manipulent les chiffres à la baisse sous l’égide d’une supériorité sanitaire insouciante. Et encore, j’en passe... beaucoup.

L’objectif de cette énumération n’est pas l’exhaustivité, mais bien de peindre à gros trait un portrait mondial bien réel. 

Mais alors, devant ce portrait glauque, quelles sont les pistes de solution?

Premièrement, la valorisation et le support de l’information internationale factuelle, véridique et impartiale. Impossible de militer pour des sujets et des enjeux planétaires dont on ne connaît l’existence. Cette information sera notre étoile polaire dans notre prise de conscience des enjeux mondiaux.

Deuxièmement, la reconnaissance que la soumission du virus n’est possible que si les acteurs internationaux travaillent en chœur pour rendre accessibles les tests de dépistage dans tous les pays, peu importe leur poids dans la balance internationale. Encore faudrait-il s’assurer de l’uniformisation de la qualité des tests et statuer sur les balises mondiales de ces derniers : on cherche l’anticorps ou le virus? De plus, les différents laboratoires internationaux devraient coopérer et partager leur savoir concernant le développement du vaccin au lieu de l’isolement nationaliste présent pour la possession du brevet. Ce n’est pas la course vers la Lune des années 60, mais bien un sprint pour la pérennité de la santé humaine. Vaccin futur ou pas, faudra-t-il toujours que ce dernier soit manufacturé et distribué à l’échelle planétaire sans discrimination ou favoritisme élitiste.

Troisièmement, dans une économie mondiale basée sur la globalisation, les accords commerciaux bilatéraux et le libre-échange, il est impossible d’envisager une solution isolationniste de nation par nation et d’imaginer que nous avons le luxe d’ostraciser quelconque pays. Les plans de relance de certaines économies mondiales se chiffrant dans les milliers de milliards de dollars, une infime fraction de ses budgets gargantuesques pourrait grandement sauvegarder l’intégrité sanitaire de certains pays aux systèmes de santé précaire. Cette sauvegarde aidera indirectement ces mêmes pays riches dans leur combat contre la COVID-19, la santé mondiale est aussi forte que son maillon le plus faible.

Au final, les pays du G20, les banques internationales et le FMI doivent non seulement assouplir ou annuler les modalités de certaines dettes de pays émergents contractées à leurs égards, mais doivent s’unir pour redonner ses lettres de noblesse à l’OMS, grandement écorchées par la pandémie. Pour prévenir et tuer dans l’œuf de potentielles futures pandémies, il est d’un impératif collectif de revoir et restructurer l’OMS. Revoir son programme d’alerte, lui assurer un mode de nomination impartiale aux postes clés, uniformiser le recueil et la diffusion des statistiques de chaque pays, lui procurer davantage de pouvoir coercitif et le déploiement de bureaux régionaux qui pourront coordonner actions et réponses.

Ensemble, ça va bien aller.