Le premier ministre Justin Trudeau, vendredi à Peterbourough

De peuple fondateur à peuple inféodé

Le Canada fête son 150e anniversaire en 2017. Que soulignera-t-on au juste? Évidemment, on projettera l'image d'un grand pays uni dont la diversité économique, sociale, culturelle et politique font l'endroit «où il fait le plus bon vivre», comme aurait pu le dire Justin Trudeau...
Au-delà des clichés, quelle place ce beau Canada laisse-t-il à sa minorité la plus populeuse? Quel sort réserve-t-on au Québec francophone dans cette fédération majoritairement anglophone?
Si on remonte l'histoire, rappelons-nous que le peuple n'a jamais été consulté en 1867 pour faire partie de ce nouveau pays. Le processus d'assimilation politique avait déjà débuté en 1840 dans l'Acte d'Union. À la suite de l'échec des rébellions de 1837-1838, Londres avait décidé de marginaliser le Bas-Canada en l'intégrant au Canada-Uni et en lui accordant 42 députés, le même nombre que celui accordé à la partie ouest, même si la population de celle-ci était beaucoup moins nombreuse. Le pacte de 1867 est venu renforcer cette mainmise de la majorité anglophone sur la minorité francophone dans un rapport ultime de 10 contre 1.
Se sentant à l'étroit dans ce pays qui ne respectait pas son identité propre, le Québec a tenté de renforcer sa position minoritaire. Du statut particulier de Lesage, en passant par la souveraineté-association de Lévesque et, plus tard, la tentative d'une reconnaissance d'une société distincte pour le Québec, les gouvernements successifs se sont heurtés à une fin de non-recevoir de la part du gouvernement central. Le point culminant fut sans doute le rapatriement unilatéral de la constitution et l'enchâssement de la Charte des droits dans le texte de 1982 qui reconnaissait la primauté du droit individuel sur les volontés collectives. Cette nouvelle constitution, à laquelle aucun gouvernement québécois n'a adhéré, fut la dernière tentative fédérale pour inféoder la société québécoise.
De peuple fondateur que nous étions à l'origine de ce pays, il ne reste plus que des parcelles étiolées dans la courtepointe multiculturelle canadienne. Souligner le 150e anniversaire de ce pays, c'est aussi se faire le complice de cette dépendance, renforçant les attitudes de vassalité d'un Philippe Couillard, toujours disposé à prêter un serment de «foi et hommage» à l'égard de son suzerain fédéral.
Marcel Perron, Neuville