François Legault

De Paul Gérin-Lajoie à Legault

Des gens à la grandeur du Québec ont pu entendre lors du décès de monsieur Paul Gérin-Lajoie des enregistrements dans lesquels ce dernier disait qu’il est de première importance pour un parti politique de réaliser sans tarder dans un premier mandat les mesures qui constituent les motifs d’une demande de la faveur de l’électorat.

La nécessité d’un ministère de l’Éducation était criante. Monsieur Gérin-Lajoie avait contre lui une partie importante du parti libéral, de la société civile et de l’Église. Il a foncé, aucune concession à la compromission (concession par lâcheté ou intérêt, Larousse).

Je pense que jamais on n’a entendu monsieur Gérin-Lajoie employer les mots «mon ministère», ce n’était pas son langage, contrairement à celui de madame Marois qui s’est exclamée après que Jean Chrétien eut accordé des bourses d’étude à l’occasion de l’an 2000: «Mais! mes bourses moi!» Langage d’usurpation. Madame Marois n’a jamais eu de bourse. Imaginez un ministre des Travaux publics dire: «Mes contrats». Langage qui recule jusqu’au langage enfantin.

J’ai fait parvenir ma modeste contribution à monsieur Legault lorsqu’il a débuté son mouvement. Je me disais que voilà enfin un homme qui va faire autrement la politique. Déception, les espoirs ont été rapidement déçus. En nouveau tribun, il crie depuis longtemps que Couillard a fait souffrir des enfants, que le gouvernement est pourri, Couillard! Couillard! Les Grecs avaient un mot pour ce criaillement, demagogos.

Ce langage ressemble à celui d’un garçon mal élevé qui crie des noms. Il est presque impossible que M. Legault croie les erreurs qu’il propage; les crédits à l’éducation n’ont pas été coupés, ils ont été moins élevés que ce qui avait été prévu par le gouvernement précédent à cause d’une croissance du PIB de 1,5 % qui s’est maintenue ainsi en 2014-2015 et 2016. Le PIB a explosé en 2017. Il est dommage que des analystes politiques chevronnés comme Daniel Lessard et Martine Biron aient alors parlé de pluie de bonbons à RDI, émission de 5h30 à 6h. Cette expression est péjorative.

Il fallait agir, on ne dépense pas l’argent qu’on n’a pas; réaliser très tôt les mesures phares d’un gouvernement, telle est la conduite à tenir, sinon elles tournent en eau de boudin. L’aspirant au poste de premier ministre, par ses déclarations fausses contredit monsieur Paul Gérin-Lajoie.

Les personnes engagées d’une façon sans réserve dans une cause manquent souvent d’objectivité et peuvent dériver dans des débordements incontrôlables. Monsieur Parizeau a déclaré que la Révolution tranquille a été le fait de quelques ministres, de quelques hauts fonctionnaires et d’une poignée d’artistes. Comment ce monsieur a-t-il pu ignorer le souffle de deux guerres mondiales et de... et de l’apparition, 10 ans après la guerre, de nouveaux propriétaires et conducteurs d’automobile, des jeunes qui ont acquis facilement une liberté jusque-là inconnue? Le même homme a dû être gêné le lendemain du jour où il a affirmé que l’indépendance du Québec aura une influence bénéfique sur le marché du travail: «Il n’y a qu’à penser aux nombreuses femmes de ménage dont vont avoir besoin toutes les ambassades.»

Monsieur Legault est dans la même position que celle dans laquelle se trouvait monsieur Parizeau; c’est la faiblesse de ceux qui improvisent des arguments, on s’en va alors en zigzagant.s On est loin de la conviction évidente de René Lévesque, de plusieurs de ses ministres, de Paul Gérin-Lajoie, de Lucien Bouchard avec les coupes de salaire. Improvisation que cette politique de la CAQ touchant l’immigration; on reçoit des immigrants, au bout de trois ans on fait subir un test et ceux qui échouent sont retournés. Et les enfants qui ont la nationalité canadienne?

Monsieur Legault a-t-il l’envergure d’un homme d’État ou seulement le calibre d’un politicien? Il devrait savoir que le premier éducateur ou éducatrice d’une société est celui ou celle qui la dirige. Paul Gérin-Lajoie a été un homme exemplaire dont devraient s’inspirer tous les candidats de quelque parti qu’ils soient, à commencer par monsieur Legault.

Joseph Lebeuf, Québec