La façade de l'église Saint-Vincent-de-Paul.

De l'offense à la rédemption

Québec, ville acropole, est l'exemple du génie du lieu. Ce Gibraltar d'Amérique, admiré par tous, laisse contempler son architecture historique ou non, tel un livre de pierres passionnant. En démolissant un grand ou un petit monument, le vide ainsi créé change des perspectives et modifie des couloirs visuels. Ces impacts négatifs sur la beauté de Québec ont le même effet qu'arracher les pages d'un livre d'histoire. Le patrimoine culturel ne supporte pas la brutalité, quoique l'actualité montre que l'insensibilité conduit à des solutions radicales, généralement la démolition. Dilapider le patrimoine national est une marque de faiblesse qui nous conduit à l'aberration économique. Québec, icône culturelle par son héritage et son esthétique, est une valeur sûre pour l'industrie touristique si l'on veut bien lui conserver ses qualités urbaines. Sinon...?
Québec, ville acropole, est l'exemple du génie du lieu. Ce Gibraltar d'Amérique, admiré par tous, laisse contempler son architecture historique ou non, tel un livre de pierres passionnant. En démolissant un grand ou un petit monument, le vide ainsi créé change des perspectives et modifie des couloirs visuels. Ces impacts négatifs sur la beauté de Québec ont le même effet qu'arracher les pages d'un livre d'histoire. Le patrimoine culturel ne supporte pas la brutalité, quoique l'actualité montre que l'insensibilité conduit à des solutions radicales, généralement la démolition. Dilapider le patrimoine national est une marque de faiblesse qui nous conduit à l'aberration économique. Québec, icône culturelle par son héritage et son esthétique, est une valeur sûre pour l'industrie touristique si l'on veut bien lui conserver ses qualités urbaines. Sinon...?
Saint-Vincent-de-Paul, une piste
À voir l'abattage de la chapelle des Soeurs franciscaines, l'abandon de la chapelle du Bon-Pasteur et l'agonie de l'église Saint-Coeur-de-Marie, suivis par la saga du portail d'entrée de l'église Saint-Vincent-de-Paul, dont on ne sait plus quoi faire, il est grand temps de réagir. À Saint-Vincent-de-Paul, arrêtons la folie des promoteurs qui tournent ce patrimoine en ridicule à la recherche du sensationnel. Le portail de pierre de l'ancienne église, de conception classique, doit être respecté, alors qu'il est aujourd'hui bafoué et traité comme un objet gênant. Voilà une incroyable offense à l'endroit d'un patrimoine sauvé de la démolition. Le devoir des autorités est de lui rendre sa dignité. Le portail doit devenir le centre et le pivot d'une composition urbaine novatrice. La relique, tel un joyau, deviendra désormais l'axe monumental déterminant, le repère urbain, le signal. Ce «portail-monument» dictera la forme, le profil et la disposition des objets architecturaux qui s'y grefferont à l'avenir pour en dégager un projet singulier, unique, mais surtout profondément enraciné dans son site, patrimoine mondial. Il pourrait faire école en tant qu'exemple réussi d'architecture urbaine liant l'ancien et le nouveau tout en stimulant une mise en forme paysagée autour d'un projet d'habitation. Il deviendrait à coup sûr un symbole de fierté pour le quartier.
«Les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du passé.» (Ernest Renan).
Cette phrase indique tout le contraire que de jeter par-dessus bord cet embarrassant patrimoine, comme on l'a entendu ces jours derniers. En réhabilitant avec doigté ce monument classique du quartier Saint-Jean-Baptiste, les autorités feraient honneur à la distinction accordée en 1985 par l'Unesco à l'arrondissement historique de Québec.
Dans «La sauvegarde des ensembles historiques urbains en période d'évolution», symposium tenu à Québec en 1991, il a été dit : «Pour ne pas mourir d'asphyxie sous leurs vieilles pierres, mais aussi, pour ne pas succomber aux formes subversives de la modernité, les vieilles villes doivent être gouvernées par des gens cultivés.» C'est ce que nous espérons  pour l'avenir de Saint-Vincent-de-Paul et celui du monastère dominicain.
Le ciel est toujours menaçant pour le patrimoine et on peut s'attendre à l'anéantissement inutile de ce monastère. Tel est l'ultimatum qui a été dicté dès l'annonce du projet d'extension du Musée national des beaux-arts du Québec, avec en plus l'assurance formelle qu'il n'y aura pas de consultation publique! L'autorité doit savoir que la perte de la moindre parcelle du patrimoine québécois est inacceptable et ne peut être tolérée, surtout lorsque ce patrimoine est cohérent dans sa forme, bien construit et qu'il est la propriété du gouvernement. Sa destruction volontaire relève d'un acte d'incivisme! Il est encore temps de réagir, Québec peut encore faire valoir «l'esprit du lieu» si ceux qui nous gouvernent y croient.  
Marcel Junius, architecte, urbaniste émérite
Président honoraire de la Coalition Héritage Québec
Québec