De la banlieue et de l’augmentation des limites de vitesse

POINT DE VUE/ Le paradis, c’est la banlieue! Lorsqu’on y habite, on peut profiter d’un grand terrain pour laisser les enfants jouer sans surveillance, d’une canopée abondante pour rester au frais et de rues larges avec des limites de vitesse à 30 km/h. Parfait pour élever les enfants. Pour Candide, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Par contre, il en va tout autrement lorsqu’on habite en ville. 

En ville, il n’y a pas d’espace pour faire du vélo sur les axes principaux comme les boulevards René-Lévesque ou Charest, parce qu’il faut du stationnement en bordure. Il n’y a pas de place pour planter des arbres et faire des parcs végétalisés parce qu’il faut des terrains de stationnement. On ne peut pas ralentir la vitesse de circulation dans les petites rues des quartiers résidentiels parce qu’on doit laisser les gens transiter vers leur travail. Sur le boulevard Charest, entre Langelier et Marie-de-l’Incarnation, on peut voir le dos des maisons. 

C’est parce qu’il y avait, à une autre époque, des maisons à l’endroit où se trouve aujourd’hui les voies de circulation direction ouest. On a exproprié les gens de ce quartier pauvre au nom du progrès social. Avec une rue plus large, plus de gens peuvent maintenant venir de leur petit coin de paradis, par exemple: au nord de la ville jusqu’à leur lieu de travail, à Ste-Foy au sud-ouest de la ville. Qu’importe si Saint-Roch et Saint-Sauveur deviennent des ilots de chaleur, qu’ils soient sales et extrêmement bruyants au point ou les citoyens du secteur ne traversent plus ce boulevard qu’en cas de nécessité. L’important c’est que ceux qui ont les moyens d’habiter loin du centre puissent se rendre en voiture jusqu’au travail aussi rapidement que s’ils habitaient en ville.

Les 27 municipalités qui ont été annexées ensemble pour former la nouvelle ville agrandie de Québec donne beaucoup de poids aux gens qui résident en banlieue lorsque vient le temps de choisir un maire. Le résultat des dernières élections municipales le montre bien. Québec 21 a reçu 27% des voix et ce sont majoritairement les banlieues de Québec qui lui donnent la voix de l’opposition officielle. En ayant comme seul projet pour tous les enjeux que de construire un troisième lien, ça ne fait pas sérieux. Les gens ont voté pour un homme qui propose une autoroute pour valoriser l’art dans la ville, pour améliorer les conditions sociales et environnementales et pour augmenter le roulement de l’économie. Tout porte à croire qu’il a seulement envie de se rendre plus rapidement en ville le matin. Le parti a tout de même un second projet: augmenter la vitesse des grandes rues des quartiers à 70 km/h. Pour avoir moi-même transité le matin vers le travail par le boulevard Charest, on peut constater que les automobilistes roulent déjà au-dessus de cette vitesse malgré la limite à 50 km/h. Je n’ose pas imaginer la vitesse qui ferait norme suite à ce changement.

Fusion

Le problème est qu’avec la fusion de 1960, de plus en plus, ce sont les banlieues qui prennent les décisions pour les gens qui habitent la ville. Je cherche à comprendre pourquoi on refuse obstinément de considérer l’importance de la qualité de vie des citadins. On multiplie les projets d’infrastructures routières dans la ville en construisant une multitude de secteurs à peu près inaccessibles sans voiture. Ces endroits sont si mal conçus qu’il est impossible d’y mettre un réseau de transport en commun efficace. 

Il suffit d’essayer de se rendre de la basse-ville jusqu’aux Galeries de la Capitale en plein jour pour voir comment un trajet de 15 minutes en voiture devient, en autobus, un trajet de 45 minutes ou plus. Il faut passer par les quartiers résidentiels mal conçus le long de Pierre-Bertrand parce qu’ils sont trop étendus pour permettre aux gens de marcher jusqu’à l’arrêt d’autobus. Malgré tous les désagréments que causent cet isolement, on continue de financer ce genre de travaux. Le projet du moment: faire passer de quatre à six voies le boulevard Hochelaga pour augmenter le nombre d’automobilistes, une augmentation de 15% est prévue pour les prochaines années. Ces changements permettront-ils d’améliorer la qualité de vie des habitants de Ste-Foy? Pour augmenter la superficie d’asphalte, on coupe 288 arbres. 

Il y en aura 500 nouveaux, promet la ville, mais ce qu’on ne dit pas, c’est que les 63 vieux frênes et tous ces arbres qui grandissent depuis plusieurs décennies seront remplacé par des chicots. Le problème à n’avoir que de petits arbres, c’est que pour les vingt prochaines années, ils ne seront pas assez grands pour absorber le bruit de cette grande artère, pour abaisser la température en offrant de l’ombre et pour offrir un sentiment de protection aux piétons qui marchent sur les trottoirs. Alors, je doute que ces changements améliorent réellement la qualité de vie des résidents.

Il y a un juste milieu à trouver entre les exigences des gens en périphérie de la ville et la qualité de vie des gens qui habitent cette ville. Bien que les gens doivent transiter, les secteurs résidentiels doivent être facilement accessibles aux transports en commun. On doit baisser les limites de vitesses partout dans les quartiers centraux et il faut faire attention à ces arbres âgés qui améliorent tellement le confort des résidents. Il est impératif de faire en sorte qu’il soit de nouveau agréable de vivre en ville parce que je me demande: pour nous qui habitons en ville, pourra-t-on un jour à nouveau laisser nos enfants jouer dehors en toute sécurité?