Éric Duhaime, animateur au FM93

Culture du viol: des propos qui peuvent briser des vies

J'ai été victime d'une agression à l'adolescence. Je n'ai jamais dénoncé. Pendant des années, je me suis sentie coupable et je me répétais que c'était de ma faute. «Pourquoi avais-je suivi cet homme dans un sentier reculé? J'aurais dû me douter qu'il avait des mauvaises intentions, c'est de ma faute. Qu'est-ce que les gens vont penser si je raconte mon histoire?» Ça m'a pris des années pour comprendre et accepter que non, ce n'était pas ma faute.
On a entendu et lu beaucoup de choses cette semaine à la suite des agressions dans les résidences à l'Université Laval, dont les propos d'Éric Duhaime, sur les ondes de 93,3, qui a comparé la culture du viol à un vol d'auto. «Laisse tes clés dans ta voiture, laisse ta porte débarrée, fais-toi voler ta voiture pis parle à ton assureur pour voir comment qu'il va réagir [...]. Pis y va t'dire : "Regarde mon homme, t'as une responsabilité". Le criminel qui t'a volé ton char va être aussi coupable, pis y va aller en dedans, pis y'avait aucune affaire à te voler ton char, mais toi, parce que t'as pas barré ta porte, il va quand même te sanctionner.»
Ces propos me blessent énormément. Je pense aux nombreux enfants, jeunes filles, femmes, qui hésitent à dénoncer, et qui ne le feront pas parce qu'elles vont se faire croire, parce qu'on les force à croire, que c'est de leur faute. Qu'elles auraient dû barrer leur porte. Qu'elles n'auraient pas dû suivre cet homme. Qu'elles n'auraient pas dû monter à leur chambre. Et après, il faudrait se faire croire qu'on n'a pas de radio-poubelle à Québec, que ce sont des radios d'opinion, qu'il y en a des bons animateurs dans le tas, qu'on a juste à fermer la radio si on n'est pas content. Bullshit. Les propos que véhiculent ces radios peuvent briser des vies, brisent des vies. Et ce n'est pas parce que moi, je ferme la radio que je n'en subis pas les conséquences. Nous ne pouvons pas tolérer ce genre de propos, et je vous invite à ne pas contribuer à leurs cotes d'écoute en choisissant d'autres postes de radio. Oui, il y a une culture du viol à Québec, et j'en ai été victime. Des milliers de femmes en sont victimes.
Julie Bellavance, Québec