Selon Mario Girard, président-directeur général du Port de Québec, le processus environnemental de participation citoyenne qui entoure la réalisation du projet de construction d’un nouveau terminal en est un rigoureux et crédible.

Croisières à Québec: une industrie en évolution, une destination qui s’adapte

En réaction à la chronique «Croisières : des moteurs de bateaux qui tournent 24 heures sur 24» du journaliste François Bourque, parue le 16 septembre

L’industrie des croisières assure un rayonnement exceptionnel à notre ville et se traduit par des retombées économiques majeures pour la région. Un passager en escale et un passager en destination représentent des revenus moyens respectifs de 111 $ et 329 $ pour les commerçants et hôteliers. Selon une étude réalisée en avril 2017 par la firme Business Research and Economic Advisors (BREA), les retombées de l’industrie sont évaluées à 221 millions $ pour la province et à 106 millions $ pour la ville de Québec.

La croissance importante de cette industrie n’est pas le fruit d’une improvisation ou des seules décisions du Port de Québec. C’est une volonté concertée. C’est à la suite du forum sur les croisières internationales tenu en février 2014 que la communauté de Québec a exprimé l’objectif de poursuivre la croissance de ce secteur, dans le but d’atteindre 400 000 passagers d’ici 2025. Rappelons que ce forum réunit plus d’une centaine d’intervenants provenant du milieu touristique, du secteur maritime et de la communauté de Québec. Ayant accueilli plus de 200 000 visiteurs par bateaux de croisière en 2018, le forum sur les croisières 2019 a réitéré sa volonté de conserver son objectif phare d’accueillir le double de visiteurs dans quelques années.

La gestion de cet achalandage est menée en étroite collaboration avec tous les acteurs du milieu. Le Port et ses partenaires sont proactifs dans la gestion des journées à fort achalandage, et ce, depuis longtemps. Nous travaillons consciencieusement à atténuer au maximum les impacts négatifs et à multiplier les impacts positifs issus de cette industrie tant pour les citoyens que pour les croisiéristes qui nous visitent. C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous avons établi un seuil maximal de visiteurs par jour et un protocole pour tenter de modifier les horaires à l’avance. Nous travaillons aussi conjointement avec le Centre de coordination des événements spéciaux de la ville de Québec pour la gestion de la circulation lors des journées de pointe. Allonger la saison de croisières est aussi un moyen envisagé pour assurer une saine cohabitation.

C’est également pour bien gérer cette croissance que le Port construit un nouveau terminal de croisière au quai 30, dans le secteur de l’Estuaire. Et en dépit de ce que peut en penser M. Bourque, le processus environnemental de participation citoyenne qui entoure la réalisation du projet en est un rigoureux et crédible.

Tous les commentaires des citoyens sur le sujet seront considérés et répondus conformément à l’obligation que nous avons comme promoteur de ce projet. Comme nous l’avions mentionné à M. Bourque, les travaux actuellement en cours sont strictement des travaux de préparation du terrain en vue de la construction du terminal et non pas des travaux pour ériger la structure du futur bâtiment. Qui plus est, les plans du bâtiment sont encore en cours de réalisation.

En aucun temps le Port ne se serait permis de mettre à risque la crédibilité de son processus de consultation qui a d’ailleurs fait ses preuves et démontré son efficacité dans plusieurs projets jusqu’à maintenant, dont la bonification de projets comme le terminal d’exportation de grains de Sollio Agriculture ou encore celui de la construction du Strom Spa Nordique au bassin Brown.

Est-ce que la situation est toujours parfaite? Malheureusement non, mais nous travaillons pour l’améliorer en continu.

C’est le cas aussi pour la gestion des émissions des navires à quai.

L’amélioration constante de nos pratiques passe par une vigie constante de notre industrie. Sur le dossier particulier de l’alimentation électrique à quai, nous avons longuement étudié l’industrie avant de statuer. Dans sa prise de décision en 2015, le Port a obtenu l’avis d’experts dans le domaine, dont un dirigeant d’une des plus importantes lignes de croisières. Ceux-ci nous recommandaient de ne pas investir dans l’alimentation électrique à quai parce que l’industrie n’avait pas encore statué sur ses choix technologiques à ce moment. Comme M. Bourque a omis de mentionner ce fait, il nous apparaissait important de le souligner pour rappeler la démarche sérieuse du Port qui a mené à notre décision de ne pas investir il y a quatre ans.

Par ailleurs, nous devons rétablir certains faits : sur 56 navires en construction, 17 seront équipés de la technologie d’alimentation électrique à quai, donc 29 % des navires. Il s’agit du même nombre qui ont choisi d’installer la technologie de GNL pour la propulsion des navires. Vous pouvez donc constater qu’une tendance claire ne semble pas s’en dégager. Lorsque M. Bourque affirme que 89 % des navires pourront accueillir la technologie d’alimentation à quai, il faut faire la nuance. Le navire a été construit en laissant l’espace suffisant pour accueillir la technologie si l’armateur décide éventuellement de l’installer; il ne s’agit donc pas d’un engagement. Clairement, l’industrie n’a pas fait un choix clair sur la question. Il faut aussi rappeler que seulement 15 % de la flotte mondiale navigue sur le Saint-Laurent. En toute logique, une fraction de ces nouveaux navires est susceptible de venir à Québec.

Une alimentation à quai, il ne faut pas l’oublier, est considérée propre au Québec en raison de notre hydroélectricité, mais lorsque le tout est alimenté par le charbon comme c’est le cas dans la plupart des pays européens, le bénéfice environnemental est questionnable. C’est pourquoi l’industrie n’a pas penché massivement vers cette technologie et a fait le choix d’investir dans les filtres de type scrubbers pour le moment afin de réduire les émissions.

Évidemment, le Port de Québec continue de surveiller attentivement ce dossier et s’est engagé à revoir sa décision si l’industrie prend une tangente claire en faveur de l’alimentation à quai.

Pour une troisième année consécutive, Québec a remporté en 2018 le prix de la meilleure destination croisières — États-Unis et Canada de Cruise Critic Cruisers’ Choice Destination Award. Cela ne peut être le fruit d’une gestion «au gré des humeurs du moment de l’industrie maritime». C’est plutôt le résultat d’une analyse et d’une planification concertée.