COVID-19 : quel sort pour les médecins en congé de maladie ?

Charles S. Shaver, M.D.
Charles S. Shaver, M.D.
Ottawa
POINT DE VUE / «Il vaut mieux réparer le toit quand le soleil brille. » – John F. Kennedy. Le soleil ne brille pas beaucoup, mais comparé aux États-Unis, au Brésil, à l’Inde et à de nombreux pays européens, le Canada a été largement épargné par les conséquences sanitaires et économiques de la pandémie. Ottawa doit agir rapidement avant que la «deuxième vague» n’arrive.

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 est en baisse au Québec et en Ontario, mais il augmente en Colombie-Britannique. Après avoir subi des pertes financières importantes, les médecins canadiens commencent à retrouver une «nouvelle normalité» au fur et à mesure que les salles d’opération, les cliniques d’hôpitaux et les cabinets privés rouvrent leurs portes.

Cependant, comme les écoles, les restaurants et les bars rouvrent également, il pourrait bien y avoir une «deuxième vague» en automne ou en hiver. Le Dr Horacio Arruda, directeur de la santé publique, a averti que le Québec était «à l’aube d’une deuxième vague». Malheureusement, la plupart des médecins ne bénéficient pas d’une protection financière. Pire encore, ceux de l’Ontario sont confrontés à la perspective de devoir rembourser le prêt gouvernemental sans intérêt au cours des premiers mois de 2021 ! Si les salles d’opération et les bureaux ferment à nouveau, seront-ils obligés de contracter un nouvel emprunt ? Si un médecin est exposé à une personne dont le test de la COVID-19 est positif, aura-t-il envie de se faire tester ? Après tout, si le médecin testé positif, même s’il est asymptomatique, cela peut entraîner une perte de revenus pendant deux à trois semaines. Ceci est particulièrement pertinent pour les provinces qui n’ont pas prévu de plans de stabilisation des revenus pour les médecins.

Les docteurs Kate Hayman et Jesse McLaren (Toronto Star, 12 août 2020) ont écrit : «La COVID-19 s’accompagne de symptômes atypiques, et les résultats des tests ne sont pas immédiats ni exacts à 100 %. De plus, la COVID-19 est contagieuse dès le début de l’infection... Il est temps de travailler avec les provinces pour s’assurer que des congés de maladie payés universels, permanents et facilement accessibles soient disponibles pour les travailleurs partout au Canada». Malheureusement, ils ont oublié de mentionner les médecins; ces derniers ont également besoin d’être couverts.

Dans un énoncé de politique du 20 mars 2020, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a déclaré : «En assurant que les travailleurs malades puissent se permettre de rester chez eux jusqu’à ce qu’ils ne soient plus contagieux, les congés de maladie payés contribuent également à freiner la transmission du virus». L’énoncé se poursuit pour montrer son soutien envers «l’extension de la couverture des congés de maladie payés aux travailleurs atypiques, y compris les travailleurs indépendants». 

Actuellement, le Québec et le Nouveau-Brunswick couvrent à 100 % la perte de revenus dès le premier jour si un médecin est contraint de s’isoler ou s’il contracte la COVID-19. L’Î.-P.-É., Terre-Neuve-et-Labrador et le Yukon offrent une couverture semblable. Pour les médecins contraints de s’isoler, la Saskatchewan paie les médecins de famille 1500 $ par jour (maximum 15 000 $) et les spécialistes 2000 $ par jour (maximum 20 000 $).

La plupart des médecins de la Colombie-Britannique sont couverts (jusqu’à l’âge de 70 ans) par un plan d’assurance invalidité des médecins de Colombie-Britannique, financé par le gouvernement. Cela inclut la quarantaine ou une infection à la COVID-19 dès le premier jour, et paie jusqu’à 6100 $ non imposables par mois.

Les médecins plus âgés ne peuvent pas bénéficier d’une assurance invalidité privée. Même pour ceux étant admissibles, il y a généralement une période d’attente de plusieurs semaines.

Le 12 août 2020, un sondage du Medical Post en ligne posait la question suivante : «Si vous tombiez malade, ou si vous étiez contraint de vous isoler et incapable de travailler en raison de la COVID-19, recevriez-vous une aide financière ?»

Environ 90 % ont répondu «Non».

Il est clair que les gouvernements provinciaux et territoriaux doivent faire preuve d’appréciation et de respect envers les médecins en couvrant au minimum leur perte de revenu s’ils sont contraints à l’auto-isolement ou s’ils contractent la COVID-19. Certaines provinces pourraient difficilement le faire; l’Ontario vient d’annoncer un déficit prévu de 38,5 milliards $ (le triple de celui d’il y a un an) et une dette de 397 milliards $.

Par conséquent, Ottawa devrait envoyer suffisamment de fonds supplémentaires aux provinces et territoires pour qu’ils puissent offrir à leurs médecins des congés de maladie sans limite d’âge, ainsi qu’un soutien aux plans de stabilisation des revenus, comme convenu par plusieurs provinces. Cela comprend le Québec, la Saskatchewan, la Nouvelle-Écosse, L’Î.-P.-É. et Terre-Neuve-et-Labrador.

Justin Trudeau a déclaré (Kathleen Harris, CBC News, 11 mars 2020), «Je veux que tous les chefs des provinces et les Canadiens sachent que votre gouvernement est là pour vous».

L’ancien ministre des Finances Bill Morneau s’est engagé en déclarant (Catharine Tunney, CBC News, 6 mars 2020), «Nous avons la capacité… d’aider les entreprises si elles traversent des difficultés, ou les individus, s’ils doivent s’absenter du travail pendant une courte ou une longue période».

Il a également promis : «Nous ne mettrons pas de limite à ce dont nous pourrions avoir besoin pour résoudre le problème». (Heather Scofield, Toronto Star, 27 mars 2020)

Il est temps de faire passer les paroles de Trudeau et de Morneau aux actes, à la fois par souci d’équité envers les médecins, mais aussi pour aider à contrôler la pandémie au Canada.

Bien que la prestation des soins de santé relève de la compétence des provinces et des territoires, pendant la pandémie, si nous sommes vraiment «tous ensemble» pour traverser cette situation, alors tous les médecins canadiens en exercice méritent des prestations lorsqu’ils s’absentent du travail en raison du coronavirus, et ne doivent pas en être privés en raison de leur âge, de maladies préexistantes ou simplement parce qu’ils vivent dans une certaine province. Ottawa devrait certainement aider en fournissant des fonds.

Ce sujet devrait être à l’ordre du jour lorsque le Conseil de la Fédération se réunira à Québec cet automne.

Charles S. Shaver, médecin à Ottawa, est né à Montréal. Il est diplômé de l’Université Princeton et de la faculté de médecine de l’Université Johns Hopkins. Il a été président de la Section sur la médecine générale interne de l’Association médicale ontarienne (Section on General Internal Medicine of the Ontario Medical Association).Les opinions exprimées dans le présent article sont les siennes.