Alexandre Bissonnette pourrait ne pas obtenir de libération conditionnelle avant 150 ans d'incarcération.

Coupable et victime

Le père d’Alexandre Bissonnette, à la fin des audiences au palais de justice de Québec, a déclaré que son fils n’était pas un monstre et déplorait que «l’attitude des avocats de la Couronne qui, selon lui, ont tout fait pour diaboliser son fils depuis le début des procédures.»

Pour ma part après avoir lu l’article publié dans Le Soleil du 20 juin 2018, j’ai tout de suite vu cette intention de dépeindre Alexandre Bissonnette de la façon la plus noire possible, en cours ou hors cour, au point où ses parents ne le reconnaissent pas dans ce portrait. 

L’auteur de la tuerie à la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, a plaidé coupable. Il a voulu épargner aux victimes survivantes et aux familles musulmanes fortement éprouvées d’avoir à témoigner au procès et de revivre sans cesse ces cruels événements à la cour. Il a voulu aussi sauver temps et frais à la Couronne.

Alexandre encourait de ce fait l’emprisonnement à perpétuité et se mettait ainsi à la merci du procureur de la Couronne qui doit respecter la politique suivante du Directeur des poursuites criminelles et pénales «Bien qu’il ne soit pas l’avocat des victimes et des témoins, le procureur veille à la prise en compte de leurs intérêts légitimes» (DepliantDPCP.pdf, publié sur l’Internet).

L’article 745.51 du Code criminel permet l’addition des peines par bond de 25 ans jusqu’à hauteur de 150 ans avant possibilité de libération conditionnelle. Le procureur de la couronne n’a pas tardé à frustrer l’accusé de ses bonnes intentions en réclamant une peine maximale d’où des frais conséquents. Les pleurs des musulmanes et musulmans présents ont accompagné «le récit sans épargner aucun détail» des faits et gestes d’Alexandre.

Sans la lumière qu’aurait pu apporter un débat contradictoire avec témoins, interrogatoires et contre-interrogatoires, les représentations sont faites au niveau des peines seulement, à la vue d’une communauté musulmane largement favorable à une peine exemplaire, dont 46 «personnes ont été ciblées en raison de leur confession religieuse».

Les mots, expressions et descriptions lourds de sens négatif rapporté par la presse sont rudes, incisifs et visent à favoriser l’atteinte de l’objectif de 150 ans en réduisant Alexandre Bissonnette au seul tableau brossé par le procureur. Je fais référence aux « barbarie, carnage, acharnement, déferlement de haine», «la vengeance ? Non. Simplement le juste dû» et «un châtiment à la hauteur de la réprobation sociale face à de tels comportements ignobles» de même qu’aux descriptions minutieuses, assimilant même Alexandre Bissonnette à un terroriste. (Le Soleil du 20 juin 2018)

 Est-ce que l’application de la loi requiert le recours à un langage abusif et déshumanisant pour s’appliquer justement? Cela passe-t-il mieux du fait que le procureur de la couronne a plaidé «d’un ton ferme et solennel» comme le souligne le journaliste du Soleil? Il est dommage que cet article incite à des excès de langage. Mais est-ce que la politique du DPCP les justifie? Est-ce que le procureur a pu impressionner durablement le juge avec un tel langage? Il pourrait se rappeler qu’Alexandre Bissonnette est un être humain malgré ses crimes avoués. Un prédicateur musulman très sage a montré une telle humanité en déclarant qu’Alexandre Bissonnette était aussi une victime.

 Pierre Champagne, Québec