Le groupe Tous contre un registre des armes à feu avait choisi de se réunir à l'espace commémoratif de la tuerie de Polytechnique en 1986.

Contre le registre et contre la violence patriarcale

En tant que propriétaires d’armes à feu qui nous opposons au registre, nous devons aussi nous dissocier des récentes positions de Tous contre un registre des armes à feu.

Nous nous sommes opposés depuis le début à l’organisation d’une manifestation contre le registre à la place du 6-décembre, espace commémoratif de la tuerie de Polytechnique en 1986. Ce choix de point de rassemblement est un flagrant manque de jugement et de respect non seulement envers les victimes, mais aussi envers les groupes féministes qui s’y sont traditionnellement rassemblés. De plus, nous profitons de cette occasion pour pointer un autre enjeu du débat sur la violence liée aux armes à feu : le sexisme.

Pour Polysesouvient, les armes sont un danger potentiel à endiguer; leur accessibilité favorise la violence. Pour Tous contre un registre, la santé mentale est le principal responsable des tueries et des meurtres conjugaux. Cependant, la tuerie misogyne de Lépine et le fait que les victimes de la violence conjugale soient en énorme majorité des femmes nous indique cependant un autre coupable. Si l’arme n’est que l’outil et que la santé mentale n’est que le déclic, le patriarcat est la source de cette violence. Tout comme l’islamophobie était la réelle cause de la tuerie de la mosquée de Québec, le patriarcat est la réelle cause de la tuerie de Lépine. Les féministes l’ont compris et, chaque année, elles se rassemblent pour non seulement commémorer les victimes, mais aussi combattre le problème culturel et systémique qui fait des femmes l’une des cibles par excellence des hommes disjonctés de ce monde. 

En situant la manifestation contre le registre des armes à feu, l’association de Guy Morin fait non seulement un affront à nos ami-es féministes, mais oublie que nos luttes peuvent également se rejoindre. Ainsi, nous, chasseuses, chasseurs et propriétaires d’armes à feu, souhaitons laisser la place du 6-décembre aux féministes qui luttent contre le patriarcat. Nous reconnaissons les réels enjeux sociétaux qui alimentent la violence, soit les inégalités, la pauvreté, le racisme, le patriarcat et toute autre forme de marginalisation. Nous appelons nos amis de la communauté des «gunnies» à rediriger notre lutte vers les vrais responsables des lois liberticides, vers les seuls coupables de l’instrumentalisation des tragédies à des fins de contrôles irrationnels et de politicailleries : les libéraux et le lobby antifusil.

Alexandre Beaudet et Kevin Ouellet, jeunes propriétaires d’armes à feu, Québec

Note : En fin d’après-midi mardi, les organisateurs ont annoncé que la manifestation contre le registre des armes à feu près du lieu de la tuerie de Polytechnique, à Montréal, serait déplacée.