«Depuis son implantation en 2009, le programme Monde contemporain fait consensus et répond largement aux attentes sociales», soulignent les auteurs.

Contre l'amputation du cours Monde contemporain

La décision du ministre de l'Éducation Sébastien Proulx d'implanter un cours sur l'éducation aux finances personnelles a pour conséquence l'amputation d'un cours de grande valeur pour les élèves québécois. Le cours Monde contemporain perdra ainsi 50 de ses 100 heures actuelles obligeant ainsi les enseignants à retrancher aléatoirement trois de ses cinq thèmes. Voici six raisons pour lesquelles nous invitons le ministre à revenir rapidement sur cette décision.
1. C'est le seul cours qui traite des principaux enjeux mondiaux actuels dans l'ensemble du parcours de scolarisation des élèves québécois. Richesse et mondialisation, Tensions et conflits, Mouvements migratoires mondiaux, Environnement et Pouvoir des instances internationales en sont les cinq thèmes (ex. : Doit-on intervenir en Syrie? Quels sont les mécanismes de création et distribution de richesse? etc.). 
2. Il contribue à développer des aptitudes intellectuelles nécessaires à la participation démocratique. Départager faits et opinions, intérêts en jeu, rapports de forces et valider la crédibilité de sources d'information ne sont que quelques-unes des opérations intellectuelles qui permettent aux élèves de mieux saisir la complexité du monde dans lequel ils vivent. Ambitieux, certes, mais, avec patience et temps, les élèves y arrivent. Nous sommes toutefois convaincus que le «retour sur investissement» est plus que profitable.
3. Il contribue à l'édification d'une solide culture générale. Si l'école contribue à la formation des travailleurs de demain, sa mission la plus noble est assurément de former des citoyens cultivés. Incidemment, l'État québécois fait partie de la vaste majorité des pays occidentaux à offrir un cours tel que Monde contemporain. 
4. Il contribue à élargir les horizons des élèves et à les sortir de leur zone de confort. Monde contemporain est sans doute l'un des cours du cursus scolaire québécois qui contribue le mieux à motivation et à l'engagement des élèves. Ce qui les motive le plus? La prise de recul à différentes échelles géographiques (québécoise, continentales, Nord-Sud, etc.), et la perspective historique nécessaires à la compréhension des phénomènes mondiaux à l'étude. Cette démarche les amène ailleurs, là où ils trouvent réponses à des questions qu'ils se posent naturellement, mais face auxquelles ils sont le plus souvent démunis. Ils adorent. 
5. Il contribue à leur éducation économique. À la différence du cours de finances proposé par le ministre, les notions au programme sont de nature macroéconomique : création et distribution de richesse, flux de capitaux, concentration, PIB/hab., protectionnisme, traités commerciaux internationaux, mondialisation, développement économique, perspectives droite-gauche, etc. Par un ironique effet boomerang, le choix du ministre fera en sorte qu'une frange importante des élèves québécois risque de se retrouver moins instruite en termes de «littératie économique»... Le prétexte de «laisser le choix» de deux des cinq enjeux du cours aux seuls enseignants explique ceci.
6. Il constitue un antidote aux explications simplistes et au populisme. En cette ère «post factuelle» / «post vérité», inutile d'expliquer ou de développer davantage.
Depuis son implantation en 2009, le programme Monde contemporain fait consensus et répond largement aux attentes sociales. Voilà pourquoi nous invitons le ministre Proulx à chercher une façon plus efficiente pour implanter des notions d'éducation aux finances personnelles dans le cursus scolaire québécois que d'en charcuter la moitié. Prendre le temps de consulter, de discuter et de valider avec les intervenants concernés au premier chef sera toujours un bien meilleur gage de réussite que la précipitation ou les décisions unilatérales. 
Que l'ajout d'éducation aux finances personnelles n'équivaille pas à soustraire du Monde contemporain! Nous avons très bon espoir que le bon sens du ministre de l'Éducation prévaudra encore, comme ce fut le cas depuis qu'il est en poste.
Pierre Beaudoin, Marjorie England, Maxime Pelchat Daniel Rouillard, Enseignants au secondaire et 72 autres signataires, enseignants, universitaires, étudiants, parents, élèves et autres citoyens