Conteneurs à Beauport : faux projet de développement

Le 21 février dernier, je me suis présenté à l’activité «Porte ouverte» organisée par le Port de Québec sur le tout nouveau projet Beauport 2020 – conteneurs. Mes attentes étaient plutôt modestes, je l’avoue. Elles n’ont pas été déçues.

Il faut dire que je ne n’avais pas roulé 50 km uniquement pour me faire rassurer quant aux mesures qui seront prises pour faciliter la vie des dernières hirondelles de plage qui fréquentent encore le lieu. Non, ce qui m’interpelait, ce sont les facteurs de risque pour ces éternels oubliés que sont les humains. Que se produira-t-il pour eux, une fois que les Post-Panamax auront déposé sur le quai 500 000 conteneurs/année? À terme, que restera-t-il comme plaisir récréatif à ces familles habituées à fréquenter la petite plage située juste à côté (la seule disponible pour les quartiers centraux) lors des opérations quotidiennes de manutention de 2000 conteneurs? «Pour les impacts sonores, ça viendra plus tard», me dit-on.

Anticipant que les impacts humains n’émergeront pas de la seule plate-forme industrielle, mais sans doute davantage le long du parcours de 20 kilomètres en zone urbaine que devront franchir les trains ou camions-remorques avant d’atteindre une quelconque gare de triage plus à l’ouest, je m’étais préparé quelques questions. Quelles mesures pour sécuriser les cours de récréation de l’école primaire Saint-Paul-Apôtre, de CPE et du cégep Limoilou? Quelque 1680 convois ferroviaires circuleront annuellement à quelques mètres à peine. Des convois pouvant être formés de plus de 240 wagons chargés sur deux étages et faisant deux kilomètres. Pas de réponse là-dessus non plus, ça viendra plus tard. Incidemment, combien de hauts dirigeants du Port de Québec ont des enfants ou petits-enfants inscrits à ces écoles?

Il faut dire que rien n’a été ménagé pour préparer les esprits dans les heures précédant cette «Porte ouverte». Dans le cadre d’une émission radio matinale, un expert américain (consultant du Port) est venu dire aux opposants qu’advenant que le projet ne puisse voir le jour, il en résultera un impact négatif sur le plan environnemental. Les armateurs opteront pour New York avec comme conséquence une production accrue de GES. Curieux venant d’un expert. La distance à parcourir par un train de conteneurs pour rejoindre la région des Grands Lacs est plus courte à partir de New York qu’à partir de Québec. Comment oublier l’effet de pollution qui résultera de l’extraction de plus d’un million de mètres cubes de matériaux sous-fluviaux pour construire la plate-forme Beauport 2020, dont une bonne partie contaminée?

En se laissant séduire par de faux projets de développement, la Ville de Québec serait-elle finalement en passe de se détruire? Comment peut-on aussi aisément oublier ce qui fait sa force depuis si longtemps? Une ville riche de son patrimoine historique, une ville attractive sur le plan de l’industrie touristique (première génératrice d’emplois), une ville attractive pour les jeunes entreprises technos capables d’attirer ici des jeunes de plus en plus éduqués et de mieux en mieux payés. La ville qui connaît le plus bas taux de chômage au Québec.

Pierre-Paul Sénéchal, président
GIRAM