Selon l'auteur, une grève dans le domaine de la construction ne servirait personne et serait néfaste pour les travailleurs, les employeurs et l'économie québécoise.

Construction: la grève peut être évitée, mais...

En tant qu'association patronale représentant les employeurs du secteur résidentiel de l'industrie de la construction, l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec (APCHQ) a fait attention de ne pas négocier sur la place publique, par respect pour le processus de négociations. Mais avec un vote de grève à 93% obtenu par l'Alliance syndicale, il nous paraît nécessaire d'aborder publiquement quelques aspects des négociations des derniers mois.
En premier lieu, il est important de mentionner que nous étions prêts à amorcer les négociations en septembre dernier. La partie syndicale a toutefois attendu à la mi-mars avant de s'asseoir à la table des négociations, soit 166 jours plus tard. Près de six mois perdus qui auraient pu être utilisés pour négocier et arriver à une entente. Le souhait de l'APCHQ a toujours été d'en arriver à une entente avant l'échéance des conventions collectives, le 30 avril dernier. Devant les événements des derniers jours, nous nous questionnons sur les réelles intentions de la partie syndicale. A-t-elle vraiment déjà voulu en arriver à une entente? Difficile de répondre par l'affirmative à cette question. 
D'ailleurs, il est nécessaire d'expliquer qu'avant de pouvoir déclencher une grève, une période de médiation doit obligatoirement avoir eu lieu. Celle-ci dure 60 jours et peut être renouvelée pour 30 jours supplémentaires. La réaction des syndicats fut immédiate à la fin de la période de 60 jours : ils ont fait la demande à la ministre du Travail, Dominique Vien, de ne pas prolonger la période de médiation afin d'obtenir le droit de déclencher la grève plus rapidement. 
La ministre aurait pu décider de prolonger la médiation de 30 jours, mais elle a plutôt décidé d'y mettre fin et de nommer une conciliatrice à la table des négociations. Si elle avait prolongé la médiation, nous n'aurions pas le spectre d'une grève générale à venir dans l'industrie de la construction. Nous parlerions plutôt d'une négociation qui se poursuit sans la menace d'un grand conflit de travail. 
Quant aux accusations de l'Alliance syndicale voulant que la partie patronale fasse traîner les négociations, nous répondons qu'un conflit de travail ne servirait personne. Ni les travailleurs, ni les employeurs. Alors, non, nous ne faisons pas traîner les négociations. Nous souhaiterions cependant que la partie syndicale soit honnête avec ses membres et qu'elle leur explique pourquoi elle a attendu 166 jours avant d'entamer les négociations. Comment pourrait-elle justifier toutes ces semaines pendant lesquelles elle a refusé de s'asseoir à la table des négociations? 
Malgré tout, il est toujours possible d'en arriver à une entente sans qu'un conflit de travail survienne. Pour cela, il faut s'assurer de la réelle volonté de l'Alliance syndicale à négocier. L'APCHQ est disponible pour poursuivre les discussions et nous en appelons au sens des responsabilités des leaders syndicaux. Une grève ne servirait personne et serait néfaste pour les travailleurs, les employeurs et l'économie québécoise. Une grève dans la construction peut être évitée, mais espérons que les syndicats n'aient pas comme seul et unique objectif d'en déclencher une.
Luc Bélanger, président-directeur général, APCHQ