Les mesures de CFTÉ proposées par le gouvernement, sans plan d’action, ne sont que des actions morcelées, peu orientées, pas forcément égalitaires, ni équitables pour l’ensemble des familles.

Conciliation famille-études-travail: pourquoi pas une véritable politique familiale?

Le 27 juin dernier, le ministre de la Famille, Luc Fortin, a annoncé de nouvelles mesures pour favoriser la conciliation famille-travail-études (CFTÉ). Avec deux enveloppes de financement – l’une pour les employeurs et l’autre pour les établissements d’enseignement – de même qu’un projet pilote de garde à horaire atypique, il s’agit certainement d’un pas vers une meilleure CFTÉ, mais nous sommes encore loin des mesures structurantes que les associations étudiantes et les groupes communautaires signataires demandent depuis des années.

Il est clair que les difficultés reliées à la conciliation famille-travail-études affectent davantage les femmes: elles les empêchent de poursuivre leurs études, d’obtenir un diplôme et un emploi régulier, de profiter des avantages sociaux offerts par leur employeur, de gravir les échelons, de s’offrir du répit, des soins, de l’aide, etc.

En outre, ces difficultés constituent une discrimination systémique à l’encontre des femmes, en particulier des mères monoparentales, nettement surreprésentées parmi la population à faible revenu. Sur ce sujet, les statistiques sont claires: la CFTÉ est l’une des pierres angulaires des inégalités entre les hommes et les femmes.

Par conséquent, le manque d’empressement du gouvernement à mettre en place des mesures équitables et à fixer des balises minimales de CFTÉ maintient et renforce les inégalités sociales.

Les enjeux de la CFTÉ sont aussi fondamentaux que la santé et la sécurité au travail (SST). Seulement, alors que la SST protège la santé des travailleurs, la CFTÉ vise d’abord à préserver la santé des travailleuses, des étudiantes, des proches aidantes et des femmes en général qui assument des charges familiales, quelles qu’elles soient.

Les mesures de CFTÉ proposées par le gouvernement, sans plan d’action, ne sont que des actions morcelées, peu orientées, pas forcément égalitaires, ni équitables pour l’ensemble des familles. De plus, le gouvernement délègue ses responsabilités aux employeurs et aux établissements d’enseignement qui sont pourtant

 en conflit d’intérêts avec le bien-être des enfants et des familles. Par exemple, dans les milieux d’études, au lieu de réduire les horaires des programmes de jour sur la plage horaire des services de garde – qui couvre 9 h de la journée –, les établissements proposent que les besoins des enfants s’ajustent aux horaires variables des cours offerts entre 8h et 22h. Le gouvernement va leur offrir du financement dans le cadre du projet pilote, alors que cette solution va à l’encontre du bien-être des familles.

Lorsque le gouvernement a annoncé la mise en place du Comité ministériel de la conciliation famille-travail-études, nous étions enthousiastes! Nous nous attendions à être consulté-es, à collaborer à l’élaboration d’un plan d’action en vue de l’éventuelle adoption d’une loi-cadre qui obligerait tous les établissements d’enseignement et les employeurs à mettre en place des mesures adéquates de CFTÉ.

Avec ces appels de projets destinés aux employeurs et aux établissements d’enseignement, quelle est la place accordée aux groupes directement concernés dans la démarche du gouvernement, alors que ces derniers ont rendu visibles ces enjeux et qu’ils détiennent une grande partie des solutions? «Ensemble», répétait le gouvernement.

Bref, l’APÉTUL ainsi que les groupes signataires réaffirment la nécessité d’une concertation avec les personnes et les groupes concernés dans le but de coordonner nos actions. Nous demandons la mise en place d’une politique familiale universelle, qui inclura les parents étudiants, les proches aidantes et proches aidants, l’ensemble des travailleuses et des travailleurs – syndiqués ou non, couverts par la Loi sur les normes du travail ou non – de même que toute personne enceinte ou ayant à sa charge un enfant ou une personne dépendante, avec des solutions structurantes, un plan d’action et une loi-cadre en matière de CFTÉ.

Marie-Pier Landry, présidente de l’Association des parents-étudiants de l’Université Laval (APÉTUL) 

Fatine KABBAJ, présidente du mouvement québécois des adultes en formation (MQAF) 

Guillaume Lecorps, président de l’Union étudiante du Québec (UEQ)

Marie-Andrée Gauthier, Réseau des tables régionales de groupes de femmes du Québec

Sophie Lamontagne, présidente du Comité de soutien aux parents étudiants de l’UQAM (CSPE-UQAM)

La lettre comporte un ensemble de 19 signataires comprenant 4 regroupements étudiants nationaux, 3 associations de parents-étudiants universitaires, des groupes de femmes, un institut de recherche et des organismes communautaires.

Lien vers la liste des signataires: https://drive.google.com/open?id=1dEvdood_7n1U0g6Vubs17HtyHhUSljdt