Commissions scolaires: vers une centralisation à la Barrette?

La CAQ a été élue en promettant d’abolir les commissions scolaires. Cependant, une fois les commissions scolaires mises de côté, reste quand même plus d’un million d’élèves répartis dans 2726 écoles et scolarisés directement ou indirectement par un effectif supérieur à 100 000 personnes! Et un budget de 10,5 milliards $.

Le ministre Roberge a déjà confirmé l’intention d’éliminer les 72 conseils de commissaires et du même coup les élections scolaires. Ceux-ci seront remplacés par des conseils d’administration dont la majorité des membres gravitant dans le milieu scolaire seront en mesure de s’assurer que l’ensemble des ressources est utilisé au mieux au bénéfice des écoles et de leur clientèle. Ce type de gouvernance s’apparente à celui en vigueur dans les cégeps depuis 50 ans, modèle que personne ne remet en question, contrairement aux élections scolaires.

Selon le plan de la CAQ, l’étape suivante serait de transformer les centres administratifs en centres de services. En réalité, ceux-ci remplissent déjà ce rôle en s’occupant de l’engagement du personnel, de la paye, des achats, des états financiers, de l’entretien des bâtiments, du dossier des étudiants, du transport, du support informatique, de l’affectation des différents spécialistes, etc. Tout ceci permet aux écoles de se concentrer prioritairement sur l’enseignement.

Le deuxième rôle des centres administratifs est d’être l’interface avec le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ). C’est là qu’aboutissent toutes les requêtes gouvernementales : demandes de statistiques, rapports de toute nature, bilans financiers, redditions de compte, etc. dont un certain nombre doivent être remplies avec le concours des écoles. Toute cette activité bureaucratique ne disparaîtra pas comme par magie.

Les écoles se sont aussi souvent plaintes, avec raison, de ne pas recevoir des centres administratifs tout l’argent requis pour mener à bien leurs activités. Mais le choix forcé des centres administratifs, face à des centaines de millions de compressions, a alors été de distribuer la misère… Heureusement, désormais, il n’y aurait plus jamais de compressions en éducation!

Par ailleurs, dans le Plan de gouvernance scolaire publié au début de 2018 par la CAQ, en page 5, dans un chapitre intitulé Décentralisation du réseau, il est pour le moins paradoxal d’y lire que les directions générales des centres de services seront nommées par Québec et qu’en plus, ces centres seront intégrés au ministère de l’Éducation.

Le discours de la CAQ a toujours été de donner plus de pouvoir aux écoles, aux gens qui sont sur le terrain. Mais sur deux points majeurs, on pédale à reculons, risquant ainsi d’annuler les effets d’autres mesures positives. La CAQ reproduit, possiblement en pire, le modèle très centralisé que Gaétan Barrette a implanté en santé et qu’elle-même dénonçait du temps où elle était dans l’opposition.

Difficile de comprendre cette soif de contrôle, voire d’asservissement des réseaux de la part de politiciens et de leur entourage. Quelle est la valeur ajoutée d’une nomination faite par Québec à partir d’une liste de trois noms? Pour avoir participé à de nombreux comités de sélection, il est clair que trois finalistes ne sont généralement pas d’égale valeur. Pourtant Québec pourra assigner le troisième… Sans compter les délais et autres tracasseries. Quelle sera aussi la liberté de parole d’un dirigeant face au ministre après avoir été nommé par celui-ci? Poser la question c’est y répondre!

Concernant l’intégration des centres de services au MEQ, il y a absence de détails. Sauf que dans une entrevue accordée en octobre dernier, le ministre mentionnait que «des pôles décisionnels vont passer…au ministère».

Dans toutes les facultés d’administration, on enseigne que les organisations les plus performantes, celles où le personnel est le plus motivé, sont celles qui savent déléguer, celles où chaque employé à son niveau a la latitude pour organiser son travail, pour régler des problèmes, pour faire preuve de créativité, etc. Dommage qu’au sommet de la pyramide éducative, on semble s’apprêter à ignorer ces facteurs de succès pour toute organisation.

Guy Gagné, retraité du secteur de l’éducation, Mont-St-Hilaire