«l’État gère la quasi-totalité des forêts, on y récolte moins des deux tiers (64 %) que ce qu’elle pourrait offrir de façon durable», écrit Luc Vallée, chef des opérations et économiste en chef à l'IEDM.

Comment rendre le secteur forestier québécois plus compétitif?

POINT DE VUE / L’industrie forestière québécoise est en perte de vitesse. Sa compétitivité a été mise à rude épreuve depuis la mise en place du nouveau régime forestier, en 2013, et la fin de l’Accord sur le bois d’œuvre, en 2015. Les entreprises forestières doivent aussi composer avec des forêts plus vulnérables aux feux, aux insectes et aux maladies en raison des changements climatiques, et avec une baisse de la demande dans certains segments de marché, comme le papier journal.

Si le Québec a peu d’emprise sur les conflits commerciaux et les désastres naturels, il est en revanche le seul responsable de sa politique forestière. Des réformes s’imposent si on veut que nos entreprises puissent profiter des perspectives par ailleurs positives, alors que de nouveaux marchés se développent.

Un régime lourd et coûteux

Le gouvernement fondait beaucoup d’espoir sur le nouveau régime forestier. En réalité, il a surtout fait augmenter les coûts d’exploitation et réduit l’accessibilité de la ressource, tout en rendant l’approvisionnement plus incertain pour les entreprises. Cela a nui à l’investissement, et limité les gains de productivité et le développement de nouveaux produits et marchés. 

Le nouveau régime forestier a par exemple rendu la planification à long terme des entreprises plus difficile. Les volumes de bois en forêts publiques, qui étaient auparavant attribués à long terme, le sont maintenant pour cinq ans ou moins. Obligées de planifier leurs opérations sur de très courts horizons, les entreprises limitent leurs investissements et l’embauche de la main-d’œuvre. 

Le gouvernement s’est aussi approprié la quasi-totalité des responsabilités de gestion de la forêt. De façon prévisible, la centralisation de la gestion forestière et l’ajout de nouvelles structures administratives n’ont pas généré les gains d’efficience espérés. Au contraire, cela a fait augmenter les coûts d’approvisionnement et baisser les volumes de bois alloués pour la coupe.

L’erreur fondamentale a été de croire que les incitations des employés de l’État sont les mêmes que pour une entreprise privée et que la lourdeur de la nouvelle structure administrative n’aurait aucun effet sur la flexibilité et l’efficacité des tâches réalisées sur le terrain. Une autre erreur a été de penser que seul l’État peut gérer la forêt de façon responsable. 

À la fin des années 1980 aux États-Unis, les forêts publiques fédérales étaient les seules où l’on coupait plus d’arbres qu’on en plantait. En Suède, où la vaste majorité des forêts sont de propriété privée, la planification de l’aménagement forestier est réalisée par les intervenants. Les agences gouvernementales ne font que s’assurer que les normes soient respectées. 

Au Québec, la commission Coulombe avait confirmé en 2004 que c’est le gouvernement qui a été le principal responsable de la surexploitation dans le passé, en surévaluant pendant de nombreuses années la capacité forestière. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit : alors que l’État gère la quasi-totalité des forêts, on y récolte moins des deux tiers (64 %) que ce qu’elle pourrait offrir de façon durable. Cela n’a aucun sens, que l’on se place du point de vue économique ou environnemental.

Pour une gestion optimale (et environnementale) de la forêt

La centralisation de la gestion de la forêt par l’État et la réduction des horizons d’exploitation forestière, entamées depuis les années 1970, ont montré leurs limites. On doit redonner aux entreprises une plus grande latitude dans l’élaboration des plans d’aménagement et des lieux de récoltes. Cette décentralisation devrait être accompagnée d’une réforme du mécanisme d’enchères du bois afin de réduire les couts de la ressource forestière, d’augmenter son accessibilité et rendre son approvisionnement plus prévisible. 

De telles réformes inciteraient davantage les entreprises à investir et à préserver l’expertise qu’elles ont accumulée, de même que les emplois dans les régions qui vivent de la forêt, alors que le centre de gravité de l’industrie se déplace graduellement vers les pays émergents. 

Selon le Forestier en chef, une exploitation optimale de la forêt permettra aussi de lutter contre les changements climatiques et de protéger la biodiversité. Cela pourra se faire en récoltant les arbres avant qu’ils ne meurent de vieillesse ou qu’ils ne soient la proie du feu, d’insectes ou de maladies, et que le carbone et le méthane séquestrés au fil des ans soient libérés, ou encore en remplaçant les arbres malades par des espèces plus résistantes, qui procureront un meilleur rendement. 

Une gestion plus efficiente de la forêt représente donc un gain économique pour le Québec et une opportunité de réduire les gaz à effet de serre à un cout très faible, voire négatif. Puisque de telles solutions semblent aller de soi, il reste maintenant à se demander pourquoi on peine autant à les mettre en œuvre. L’histoire des 50 dernières années nous donne une bonne idée de la réponse.