Les auteurs du textes soulignent que le tramway, dans certaines villes européennes, est même devenu une attraction touristique en même temps qu'une façon agréable et conviviale de visiter une ville.

Comment refaire un «chemin qui marche»

Se donner un transport collectif d'une rive à l'autre du fleuve. D'entrée de jeu, nous qui vivons de part et d'autre des rives du Saint-Laurent, souhaitons que soit établi un seul système de transport en commun pour la région de la capitale nationale, à Québec et à Lévis.
Du point de vue des usagers et usagères, un seul système proposerait un seul tarif - quitte à le moduler selon la distance parcourue - en toute complémentarité avec les déplacements en automobile, en bicyclette, à pied ou en traversier. Le principe est simple : il s'agit de centrer ce service de transport sur les personnes qui l'utilisent, ou qui souhaitent l'utiliser! Il s'agit aussi de miser sur un tracé qui consolide le lien qu'est le fleuve, ce «chemin qui marche», comme disaient les autochtones, plutôt que de séparer la région sans perspective de fonctionnalité d'une rive à l'autre.
La vocation de la région de la capitale nationale commande, selon nous, une infrastructure exemplaire à la fine pointe de la technologie, centrée sur les besoins de sa population. Le futur système de transport en commun doit devenir un facteur d'économie d'énergie et de respect de l'environnement, ainsi que le porteur de progrès pour la région. 
Miser sur le SLR
La région de la capitale nationale avec deux villes de l'importance de Québec et de Lévis, doit se doter d'un réseau de transport collectif bâti sur un système léger sur rail (SLR ou tramway) comme structure de base. Dans chacune des villes, ce système centralisé et hautement efficace agira alors comme «colonne vertébrale», non seulement par rapport aux déplacements, mais aussi en support au développement économique, social et touristique. 
Il faut choisir un tracé qui va desservir une clientèle importante afin de créer un effet d'entraînement, social et touristique. Le parcours débutera à la gare située sous l'édifice du Phare à Ste-Foy, et se fera en direction de la colline parlementaire par la partie haute de la ville, là où déjà 60 000 déplacements sont enregistrés chaque jour, ce qui justifie pleinement la mise en place d'un tramway. Ce dernier doit traverser sur la rive sud, et contribuer à la décongestion du trafic interrives. L'heure n'est plus aux projets développés en silo, à court terme et à courte vue, mais plutôt à un système audacieux et d'envergure. Le SLR que nous proposons doit, dans un avenir raisonnable, relier les deux gares centrales à la tête des ponts, une du côté de Lévis, et l'autre à l'édifice du Phare prévu à Sainte-Foy. 
Ultérieurement, des tronçons supplémentaires pourront s'ajouter, sur chacune des rives, selon l'achalandage et la densité d'occupation. Pour rejoindre les deux rives, nous proposons d'utiliser le pont de Québec en adaptant le couloir ferroviaire déjà utilisé par le Canadien National, tenant compte qu'il y a une douzaine de trains (passagers et marchandises) qui y circulent chaque jour. Nous croyons fermement que ce choix de tracé sera un facteur de réussite pour notre nouveau service de transport en commun.
«Si vous voulez attirer la classe moyenne dans le transport en commun, c'est par le rail en général que vous le faites. Les villes européennes sont là pour le démontrer», soutient Jean Mercier, professeur de sciences politiques à l'Université Laval. Dans plusieurs villes de la taille de Québec, particulièrement en Europe, le tramway est même devenu une attraction touristique en même temps qu'une façon agréable et conviviale de visiter une ville. C'est de cette façon qu'on pourra réduire l'utilisation de l'automobile, de façon incitative et non coercitive.
Intermodalité et écologie
Enfin, l'usage des traversiers, en passe de s'intensifier, doit aussi rester un moyen privilégié de se déplacer d'une rive à l'autre. Il y aura lieu d'explorer la pertinence de le réserver aux piétons et aux cyclistes. Il importe de le connecter efficacement aux transports collectifs terrestres. Le SLR devra aussi se développer en fonction de gares autour desquelles devraient être aménagés des stationnements incitatifs de bonne taille disposant de places suffisantes pour que les automobilistes venus des couronnes de banlieues soient bien servis. Le choix d'opérer ce SLR à l'électricité favorisera l'usage de notre ressource naturelle de prédilection, sans émission de gaz à effet de serre. Québec, la capitale nationale, deviendra ainsi l'exemple à suivre dans ce domaine d'avenir de l'électrification des transports.
Le financement étant une condition essentielle à la faisabilité du projet, pourquoi ne pas faire appel à la Caisse de dépôt et placement, qui soutient actuellement le projet de Réseau électrique métropolitain à Montréal ? Outre la consolidation des liens entre les deux grandes villes se voisinant sur le bord du Saint-Laurent, le principal but doit être, selon nous, l'augmentation significative de l'achalandage, et l'émergence d'un sentiment de fierté pour un système de transport collectif digne de la région de la capitale nationale.
Oui, ici, nous en sommes capables, oui nous le pouvons!
Marie Leclerc, Lévis, et Michel Belleau, Québec