Le 20 janvier dernier, Donald Trump est devenu le 45e président des États-Unis.

Comment prévoir l'imprévisible?

Les entreprises doivent préparer dès maintenant différentes options stratégiques et en mesurer les impacts sur leurs plans d'affaires, leurs investissements, les risques et les ressources humaines.
Le 20 janvier dernier, Donald Trump est devenu le 45e président des États-Unis. Avant son entrée à la Maison-Blanche, M. Trump a multiplié les tweets qui ont suscité de nombreuses interrogations sur ses intentions en matière de politique étrangère. Steve Bannon, le nouveau conseiller stratégique du président, a d'ailleurs déclaré que l'imprévisibilité serait la marque de fabrique du mandat de Trump, car c'est un levier majeur de l'art de la guerre au XXIe siècle. 
Dans The Art of the Deal, Donald Trump enfonce le clou et écrit qu'on ne peut pas faire preuve d'imagination si on est trop rigide et qu'il faut rester très flexible. Le ton est donné et le monde doit se préparer à une politique étrangère américaine éloignée des règles conventionnelles qui ont façonné l'ordre mondial depuis 50 ans.
Ce futur incertain repose néanmoins sur un socle idéologique clair : Donald Trump veut rompre avec l'ordre mondial historique, qu'il tient pour l'une des causes du déclin américain, et qui a bénéficié, selon lui, exclusivement à la Chine. Cela suppose la fin du libre-échange tous azimuts, la réduction significative du rôle de régulation des institutions internationales et la fin de la coûteuse promotion de la démocratie dans le monde.
Pour autant, l'imprévisibilité demeure élevée, et ce, pour plusieurs raisons : premièrement, la nouvelle administration Trump offre un large éventail de sensibilités en matière de politique étrangère, avec de nombreux anciens militaires (Michael Flynn, Steve Bannon, James Mattis), dont les opinions politiques varient de celles du Tea Party à celles des néoconservateurs et isolationnistes, et d'anciens hommes d'affaires (Rex Wayne Tillerson, Wilbur Ross, Steven Mnuchin) aux parcours internationaux hétérogènes.
Deuxièmement, la fin de l'ordre mondial pourrait fournir une occasion historique à la Chine de reprendre le flambeau du leadership global. Xi Jinping ne s'y est pas trompé et a proposé à Davos de se réapproprier les initiatives sur le changement climatique et la non-prolifération nucléaire. La Chine pourrait aussi se trouver au coeur d'un nouvel accord transpacifique (comprenant le Japon et l'Australie) et devenir un partenaire stratégique d'un Royaume-Uni qui souhaitera attirer de nouveaux investisseurs après sa sortie de l'Union européenne.
Enfin, la personnalité de Donald Trump, qui déclare avoir beaucoup appris comme chef d'entreprise et notamment à changer les règles du jeu pour attirer ses interlocuteurs là où il se sent fort, à manoeuvrer avec agilité et pragmatisme et à entendre de nombreux avis - parfois contradictoires - pour en tirer le meilleur, pourrait nous valoir quelques coups de barre inattendus.
Comment se préparer à la nouvelle donne? Comment les alliés, partenaires et entreprises qui commercent avec les États-Unis doivent-ils se préparer?
Dans un premier temps, les états-majors doivent prendre conscience du nouveau monde : plus ambigu, volatil, incertain, et certainement plus complexe. La continuité ne constitue plus un horizon possible et le simple plan B ne tient plus. Il faut donc impérativement bâtir plusieurs scénarios et préparer différentes options stratégiques et en mesurer leurs effets sur les plans d'affaires, les investissements, les risques et bien sûr les ressources humaines.
Pour les grands partenaires commerciaux des États-Unis, et en particulier les signataires de l'ALENA, il est essentiel d'engager cet effort de scénarisation dès maintenant. Dans le secteur automobile, par exemple, les entreprises canadiennes doivent prendre la mesure d'une baisse probable de leur compétitivité et de la recomposition de la chaîne de valeur automobile États-Unis-Mexique-Canada. Elles doivent aussi s'attendre à des offres de rachat de concurrents - notamment chinois - qui anticiperaient les impacts de la nouvelle politique douanière américaine. Il faut, enfin, qu'elles nouent de nouveaux partenariats en Europe et tirent parti le plus possible de l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne.
Dominique Gautier, MBA, associé principal, Roland Berger Canada