Comment augmenter la participation des femmes sur les conseils d'administration?

Dans la foulée des scandales financiers du début des années 2000, les autorités chargées de réformer les pratiques de gouvernance se sont employées à proposer des moyens pour faire en sorte que les conseils d'administration (CA) des sociétés ouvertes puissent défendre plus efficacement les intérêts des actionnaires minoritaires vis-à-vis ceux de la direction ou des actionnaires de contrôle. Durant la première vague de réformes, les lignes directrices visaient principalement à assurer cette diversité d'intérêts en augmentant le nombre d'administrateurs externes ou indépendants par rapport aux initiés, dirigeants ou actionnaires de contrôle. Ces réformes ont mis l'accent sur la fonction de surveillance par rapport à celle de conseil du CA.
Dans la foulée des scandales financiers du début des années 2000, les autorités chargées de réformer les pratiques de gouvernance se sont employées à proposer des moyens pour faire en sorte que les conseils d'administration (CA) des sociétés ouvertes puissent défendre plus efficacement les intérêts des actionnaires minoritaires vis-à-vis ceux de la direction ou des actionnaires de contrôle. Durant la première vague de réformes, les lignes directrices visaient principalement à assurer cette diversité d'intérêts en augmentant le nombre d'administrateurs externes ou indépendants par rapport aux initiés, dirigeants ou actionnaires de contrôle. Ces réformes ont mis l'accent sur la fonction de surveillance par rapport à celle de conseil du CA.
Depuis, plusieurs parties prenantes, incluant les responsables des réformes précédentes en matière de gouvernance, militent pour une plus grande diversité démographique des CA. L'idée sous-jacente est qu'un groupe hétérogène est plus apte à éviter le piège de la « pensée de groupe » et à prendre des décisions plus éclairées. Plutôt que de simplement assurer la diversité d'intérêts, on vise à créer un climat propice à une plus grande diversité d'opinions ou de pensée. En questionnant, critiquant et en prodiguant des conseils, les membres du CA ne se contentent pas de surveiller l'entreprise, mais améliorent aussi son processus de décision stratégique.
Il existe plusieurs sources de diversité démographique, dont la variété de cultures, de compétences, d'expertises ou encore la participation d'administrateurs internationaux, mais celle qui attire le plus l'attention des décideurs est la participation des femmes aux CA. Toutefois, au Canada, les sociétés ouvertes n'affichent en moyenne qu'un maigre taux de 10,3 % de participation féminine sur leurs conseils et 42 % des CA d'entreprises canadiennes ne présentent aucune femme. Pourtant, en général, la recherche montre que les entreprises gagneraient à diversifier davantage leurs CA. Les travaux menés par notre groupe de recherche sur la diversité en gouvernance à HEC Montréal révèlent en effet que les CA et les équipes de direction bien diversifiés ont un impact positif sur la qualité des décisions stratégiques des entreprises et, par ricochet, sur leur performance financière. Parmi les 300 entreprises étudiées sur une période de trois ans, celles dont la haute direction affiche un taux de participation féminine élevé génèrent un rendement excédentaire de 6 % par rapport au rendement moyen du marché. Une autre étude indique que ces entreprises sont aussi plus transparentes en matière d'information financière.
Devrait-on alors imposer un quota minimum sur la proportion de femmes au sein des CA comme plusieurs pays de l'Union européenne l'ont fait ou l'envisagent? Nous nous penchons actuellement sur cette question en comparant l'effet des politiques suivies dans une vingtaine de pays sur la performance de leurs sociétés cotées en Bourse. Sans surprise, l'imposition d'une loi aux entreprises de la Norvège a eu un effet direct sur la proportion des femmes dans les CA, qui est passée de 6% à 40% en 7 ans. Au prix toutefois d'une légère diminution de la performance financière de ces entreprises, probablement à cause de la difficulté à trouver rapidement un nombre suffisant de femmes d'expérience pour combler les postes. Nos résultats indiquent qu'il existe un niveau de diversité au-delà duquel les CA d'entreprises canadiennes sont plus performants. Cependant, cette masse critique varie en fonction du type d'entreprise. L'imposition d'un quota à l'ensemble des entreprises ne serait donc pas souhaitable au Canada.
Pour accélérer les choses et pour éviter que l'État s'ingère directement dans le choix des membres du CA, pourquoi ne pas traiter la politique d'une entreprise vis-à-vis la diversité comme on le fait pour les autres pratiques de gouvernance au Canada? Ainsi, chaque année, les entreprises auraient à faire état de leur progrès en matière de diversité ou à expliquer pourquoi elles n'en ont pas fait dans leur rapport annuel. Cette approche «comply or explain» largement utilisée en gouvernance viendrait appuyer les autres mesures existantes: par exemple, la création, en janvier dernier de la Table des partenaires influents par la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, Madame Christine St-Pierre. La mission de cette Table est de proposer des moyens concrets d'augmenter le nombre de femmes dans les CA des sociétés cotées en Bourse. Nous croyons que ces mesures qui impliquent une plus grande transparence et participation de la part des entreprises doivent être privilégiées avant même d'envisager une approche plus impérative comme l'imposition de quotas qui ferait fi des particularités propres à chaque organisation.
Claude Francoeur est professeur agrégé en information financière stratégique - CGA à HEC Montréal.
Réal Labelle est professeur titulaire de la Chaire de gouvernance Stephen-A.-Jarislowsky à HEC Montréal.