L'auteure suggère de prévoir la possibilité d'un abandon des mathématiques au-delà du 3e secondaire (ou plus tôt) au profit, par exemple, du renforcement de la connaissance des langues (écriture et lecture) ou de l'apprentissage d'une troisième langue. 

Combattez le décrochage, pas les décrocheurs

Nombre d'élèves et d'étudiants souffrent d'un TDAH ou, plus rarement, d'une dyscalculie. L'admission de ces enfants commence à être convenue dans les écoles privées (à la condition que les notes obtenues soient suffisamment prometteuses) et dans les universités (qui s'adaptent à des situations d'apprentissage moins habituelles).
Au secondaire, les mathématiques semblent complexes, trop complexes depuis la fameuse réforme scolaire. (La logique à laquelle elles sont assorties est toutefois remarquable depuis le primaire jusqu'au secondaire - chacune des années prépare la suivante.) Nombre de neuropsychologues et d'orthopédagogues pensent toutefois qu'elles ne sont pas toujours adaptées au développement cognitif des adolescents. Elles ne sauraient ainsi convenir aux élèves qui souffrent de ce trouble qu'est la dyscalculie. Il s'agit d'un trouble qui, à des degrés divers, les handicape véritablement. 
En 4e et 5e secondaires, l'élève peut choisir un cours de mathématiques dont le contenu est relativement moins complexe que les deux autres options proposées. Ma suggestion serait de prévoir la possibilité d'un abandon des mathématiques au-delà du 3e secondaire (ou plus tôt) au profit, par exemple, du renforcement de la connaissance des langues (écriture et lecture) ou de l'apprentissage d'une troisième langue. J'insiste pour dire qu'il s'agit de «prévoir la possibilité d'un abandon», car je ne voudrais pas voir qu'on le leur impose. Il se trouvera des élèves qui souhaiteront tout de même continuer étant aidés par des orthopédagogues rémunérés par les parents. 
À défaut de prévoir cette possibilité, plusieurs constateront que le nombre d'heures qu'ils consacrent aux mathématiques contribue à une baisse de leurs notes dans les autres domaines. Cela découragera la valorisation des compétences de ces élèves en mal de réussite. Actuellement, nombre de ces élèves décrochent ou n'ont pas accès aux programmes de formation offerts dans les institutions préuniversitaires, même à ceux pour lesquels les mathématiques ne constituent pas une exigence. 
Si tous les métiers ne font pas appel aux mathématiques, tout individu, qui participe à la vie en société, doit développer les compétences pour lesquelles il n'éprouve pas de difficultés majeures. Cette suggestion qu'est l'abandon des mathématiques au-delà du 3e secondaire (ou plus tôt) est, dans mon esprit, du même ordre que l'aménagement d'ascenseurs pour ceux qui peinent à monter les escaliers, l'autorisation de faire entrer des chiens guides dans nos institutions au profit de non-voyants, etc. 
Les neuropsychologues sont des professionnels. Ils ont des outils qui leur permettent de poser des diagnostics sûrs. Nous pouvons faire confiance à ces diplômés issus de domaines de formation agréés par le ministère de l'Éducation. 
Mon espoir est que le plus grand nombre de ces élèves deviennent des étudiants (des cégépiens et des universitaires) et qu'ils soient heureux de se retrouver dans leur domaine de prédilection. La mission du ministère de l'Éducation est bien de former de bons citoyens, capables d'apporter leurs contributions en société. C'est cette idée qu'il ne faut pas perdre de vue. 
Lucie Roy, professeure, Université Laval