L'auteur rend hommage à Claude Galarneau qui a enseigné l'histoire à l’Université Laval.

Claude Galarneau, 1925-2018: un maître d’histoire nationale flamboyant

L’historien émérite Claude Galarneau vient de nous quitter à l’âge vénérable de 93 ans.

Dès mon premier cours au Département d’histoire de l’Université Laval en septembre 1964, le professeur m’a immédiatement séduit par son érudition et sa maîtrise du métier d’historien. L’homme m’a d’abord conquis par son élégance. Au Collège de Lévis, j’étais habitué à un corps professoral en soutane. Claude Galarneau arrivait d’un séjour d’études à Paris. Ce jour-là, il portait un complet coupé à la française d’un bleu royal flamboyant, chemise blanche et cravate harmonisée donnant dans le plus chic de la mode européenne. J’ai toujours été sensible aux gens soignant leur apparence et mon nouveau maître a toujours été un peu une carte de mode, comme on dit, une carte de mode classique.

La qualité de son élocution était en harmonie avec son image. Le maintien impeccable, le jeune magister parlait clair dans l’amphithéâtre, articulait bien et l’audition de ses parades pimentées d’éclats d’humour demeurait toujours un plaisir à suivre. Nous sommes vite devenus amis et un respect mutuel s’est installé. Au tournant du siècle, je l’ai retrouvé avec plaisir comme membre de la Société des Dix pendant quelques années.

Au milieu des années 60, les salles de cours en histoire au pavillon de Koninck nouvellement construit étaient bondées, surtout celles réservées aux cours de base. Nous étions en pleine Révolution tranquille et la quête d’identité était notamment nourrie par l’examen du passé. L’histoire et le patrimoine dominaient parmi les valeurs de l’intérêt collectif. Il y avait les étudiants réguliers, mais également ceux nombreux qui venaient d’autres horizons académiques. Claude Galarneau a toujours été fier de sa progéniture intellectuelle et il le disait à tous ceux qui voulaient bien entendre.

Dans ma cohorte, on trouvait une Louise Beaudoin future ministre, un Jean Provencher qu’on n’a pas besoin de présenter, un André Juneau qui a fini directeur du Musée des beaux-arts du Québec, un Michel Cauchon passé à la tête du Centre de conservation du Québec, feu Robert Garon qui a dynamisé les Archives nationales et d’autres qui ont mené des carrières professionnelles fulgurantes dans la fonction publique ou dans l’enseignement supérieur. Tout le dynamisme de la prise de conscience d’une identité nationale dans la grande région de Québec et au Québec doit beaucoup au Département d’histoire de l’Université Laval de cette période animé par de grands maîtres. Quelques étudiants rayonneront dans la métropole. Claude Galarneau appartient à ces bougies d’allumage socioculturelles portant les dernières méthodes qui vont scruter scientifiquement un passé révélateur et stimulant dans notre prise de conscience nationale. Le professeur Galarneau s’intéressait passionnément à la région de Québec comme terrain de recherche, aux grandes familles et aux institutions de la capitale, un prédécesseur des Jean-Marie Lebel et des Réjean Lemoine qui fut leur maître. Je me souviens d’un séminaire de maîtrise touchant événements et célébrités de la région où je devais documenter la grippe espagnole de 1918 dans la capitale puis, dans un autre projet de recherche, révéler un poète engagé étonnant, un certain Napoléon Legendre. Malgré une méfiance du cléricalisme, Claude Galarneau était fort attentif à l’histoire de l’éducation portée dans les collèges classiques sans refuser la teinte ethnohistorique dans ses analyses.

C’est avec le professeur Galarneau que nous avons tous appris à marcher, que nous avons retenu l’importance de l’histoire dans la société et l’indispensable contribution des historiens dans notre collectivité pour mieux servir et éclairer nos concitoyens. Claude Galarneau m’a enseigné mon métier, il m’a révélé un coffre à outils et à quoi me destinait l’avenir.

À sa famille, à ses amis, mes plus sincères condoléances. Que Dieu ait son âme et qu’il repose en paix, il l’a bien mérité.

Michel Lessard, Lévis