Claude Béland en 2000

Claude Béland: un grand coopérateur et un grand humaniste

POINT DE VUE / Le Québec vient de perdre, en Claude Béland, un homme d’une stature exceptionnelle. J’ai eu l’immense plaisir et surtout le privilège de l’accompagner au cours des six dernières années de sa présidence, soit de 1994 à 2000. Il était et demeurera toujours un grand coopérateur et un grand humaniste, véritable propagandiste de la philosophie coopérative, dont il savait vanter les vertus sur toutes les tribunes.

Claude Béland voyait en Desjardins un agent de changement, d’où son affection particulière pour le terme «Mouvement». Pour lui, Desjardins était plus qu’une institution financière, c’était surtout un outil de développement et de changement social et il en était le grand promoteur.

Il se gavait de littérature, particulièrement de philosophie, de sociologie ou d’économie, desquelles il tirait divers enseignements qu’il reprenait régulièrement dans ses discours ou dans ses livres. C’était d’ailleurs un rédacteur très prolifique. Par exemple, lorsque venait le temps des assemblées annuelles de Desjardins, il rédigeait lui-même son allocution, une véritable «adresse à la nation», d’une durée minimale d’une heure!

Présider une organisation comme Desjardins requiert beaucoup de salive, se plaisait-il à dire et il en fallait effectivement pour convaincre les diverses instances du Mouvement Desjardins du bien-fondé d’une position, surtout de l’accepter et de la mettre en œuvre. Il disait souvent que Desjardins ce n’est pas un gros bateau, mais une flottille de petites embarcations qui doivent toutes voguer dans la même direction… Heureusement, les choses ont changé depuis.

Claude Béland était aussi un fin politicien et un habile stratège. Sa réélection pour un dernier mandat, en 1997, n’a pas été le fruit du hasard. La partie n’était pas gagnée d’avance, d’autant plus qu’il avait été stigmatisé par sa participation à la Commission Bélanger-Campeau et surtout par ses déclarations sur la souveraineté du Québec, qu’il endossait pleinement.

C’était aussi un grand démocrate et il était conscient de l’importance du rôle de l’information dans notre société. Cet extrait de son livre Inquiétude et espoir[1] en témoigne: «Dans une démocratie véritable, où tous sont conviés à participer à la décision, le devoir d’une information intègre s’impose. Toute tentative de désinformation est un véritable crime contre la démocratie : elle rend informe le jugement des citoyens et des citoyennes. Un citoyen mal informé ne peut prendre des décisions éclairées. Au contraire, mal informé, il perd une part de son autonomie et se soumet plutôt à ses passions, à ses intérêts personnels, à ses visions à court terme : il cesse d’être un «être social» et se campe aveuglément dans son individualisme.» J’ajouterais même, en cette période un peu fo-folle que nous vivons avec les fake news et les légendes urbaines qui circulent dans les médias sociaux, qu’il était aussi un visionnaire.

Il aura été président du Mouvement Desjardins pendant 13 ans. Malgré le prestige associé à cette importante fonction, il est toujours demeuré un homme affable et humble.

Claude Béland a indéniablement marqué l’imaginaire de beaucoup de Québécois et le Québec tout entier lui doit beaucoup. Certes, au cours des dernières années, il ne partageait pas toujours les orientations que prenait «son Mouvement» et il n’hésitait pas à le faire savoir mais, comme le dit le proverbe, peut-on empêcher un cœur d’aimer? Au revoir et merci Monsieur le président.

[1] Inquiétude et espoir: valeurs et pièges du nouveau pouvoir économique. Éditions Québec Amérique