Claude Béland

Claude Béland: «M. Démocratie»

POINT DE VUE / Le Québec vient de perdre un géant. Les médias ont beaucoup parlé de lui en particulier naturellement sous l’angle de «monsieur coopératisme». Mais il y avait une troisième grande dimension chez lui, souvent négligée. Claude Béland portait aussi fièrement le titre de «monsieur démocratie».

En 2002-2003, à titre de président du Comté directeur de la Réforme des institutions démocratiques, Claude Béland et les huit autres membres du Comité, ont mené une consultation terrain sur la qualité de notre démocratie. Ce fut la consultation populaire la plus vaste, la plus profonde et la plus percutante de notre histoire.

Le Comité a tenu 27 assemblées publiques dans 29 villes et 16 régions, rencontré directement plus de 2050 personnes, reçu des centaines de mémoires et des milliers de réponses à un questionnaire. En février 2003, mille citoyennes et citoyens, venus de toutes les régions, ont été réunis à Québec pour dresser l’agenda populaire de réforme de nos institutions politiques.

Le rapport, intitulé La participation citoyenne au cœur des institutions démocratiques québécoises, constitue l’analyse la plus complète, la plus fouillée qui n’ait jamais été faite sur la qualité de notre vie démocratique. Un mois plus tard, un nouveau gouvernement a été élu à Québec, un gouvernement demeuré froid devant le rapport.

Conséquence : Claude Béland a fondé le Mouvement démocratie et citoyenneté du Québec (MDCQ) dont il a toujours été le président. L’objectif du MDCQ a été de maintenir en vie les décisions prises par les délégués aux États généraux : 80 % étaient en faveur d’une constitution pour le Québec, 90 % en faveur d’une réforme du mode de scrutin, 80 % en faveur de l’initiative populaire, 82 % en faveur d’élections à date fixe.

Le MDCQ a organisé à Québec en 2006 la première expérience d’une assemblée constituante de notre histoire.

Depuis la tenue des États généraux, bien des militants pour la réforme ont déploré que les gouvernements ont été fermés ou peu sensibles aux réformes, il reste qu’aujourd’hui, on doit largement à Claude Béland l’apparition dans le débat public d’une constitution propre au Québec, l’assemblée constituante citoyenne, le rappel des élus, les élections à date fixe, la décentralisation des pouvoirs vers les régions.

Sans la détermination de Claude Béland, quelle place auraient ces notions fondamentales dans le débat public aujourd’hui? Merci «monsieur démocratie» !