Philippe Falardeau a participé au Festival de Berlin en 2019.
Philippe Falardeau a participé au Festival de Berlin en 2019.

Cinéma québécois: les amours imaginaires

Orian Dorais
Étudiant au Baccalauréat en Histoire de l’art et études cinématographiques
POINT DE VUE / Dans le monde du cinéma d’auteur, le mois d’août représente toujours un moment excitant, puisqu’il annonce le début de la saison des grands festivals cinématographiques mondiaux (Locarno, San Sébastian, Venise, Busan, Namur) qui s’étend jusqu’à la fin octobre. Le cinéma québécois est toujours bien représenté durant cette saison des festivals, le talent de nos cinéastes sachant toujours impressionner les organisateurs des grands évènements filmiques. Cependant, force est de constater que le public québécois est assez peu au courant de la réputation enviable que le septième art québécois a autour du globe.

Il semble qu’à notre époque, la seule chose qui soit susceptible d’intéresser le public et certains médias aux films d’auteurs québécois est la possibilité d’une présence aux Oscars américains. Le processus de sélection des films choisis pour la cérémonie est ainsi abondamment suivi et commenté. Cette situation est compréhensible, l’Oscar demeure une récompense majeure, il est toutefois triste de voir toute l’attention médiatique réservée à ce seul prix, qui témoigne de notre américanisation mentale, considérant que les auteurs du Québec accomplissent chaque année des faits d’armes au moins aussi respectables qu’une nomination aux Oscars.

Le manque d’intérêt pour le cinéma québécois, en dehors de la saison des Oscars, est en partie dû au fait de la perception stéréotypée voulant qu’il soit composé uniquement de films nichés déprimants. Des chroniqueurs n’hésiteront pas à renforcer cette vision en présentant les artisans du cinéma québécois comme des parvenus vivant de subvention. Le mythe de «l’artiste riche qui vit su’ nos taxes» trouve toujours une place privilégiée au sein de tout bon discours anti-intellectuel, et ce même si l’industrie cinématographique - comme le reste du secteur artistique - fasse vivre des milliers de contribuables de classe moyenne et aide au rayonnement de cette culture québécoise que les médias si prompts à détester les cinéastes prétendent vouloir protéger. Il est triste que le cinéma québécois soit perçu avec un tel mépris, compte tenu de toute la considération qu’il reçoit à l’international.

Les Québécois sont par exemple souvent des invités de marque au Festival de Berlin - le festival cinématographique le plus important après Cannes - qui dans les dernières années a vu défiler des cinéastes comme Robert Morin, Chloé Leriche, Bernard Émond, Philippe Falardeau, Pascal Plante, Stéphane Lafleur, Philippe Lesage et François Delisle, pour ne nommer qu’eux. Des cinéastes comme Kim Nguyen et Denis Côté - qui est la coqueluche d’à peu près tous les festivals où il va, mais demeure peu connu au Québec - ont même été en compétition pour obtenir l’Ours d’Or, un prix aussi convoité que n’importe quel Oscar.

Des auteurs québécois comme Jean-Marc Vallée, Chloé Robichaud et Xavier Dolan - bien entendu - sont aussi des habitués de Cannes et de la Mostra de Venise, assurant ainsi une présence québécoise dans des festivals qui attirent des dizaines de milliers de touristes et des centaines de journalistes. Et c’est sans compter la popularité des œuvres québécoises dans d’autres rassemblements comme Sundance, Rotterdam, Locarno, Karlovy Vary, Busan, Namur ou Annecy - dédié au cinéma d’animation. Notons qu’à chacun de ces festivals, des Québécois ont remporté des prix qui font rêver les cinéastes de par le monde. Des comédies québécoises comme La grande séduction, De père en flic et Starbuck, sont quant à elles refaites en France et aux États-Unis, tandis que des thrilleurs comme Les affamés ou Jusqu’au déclin cartonnent sur la plateforme Netflix.

Le succès du cinéma québécois ne défraie pourtant que rarement la chronique et nos cinéastes sont loin de recevoir l’attention qu’ils méritent. Les cinéastes contemporains ne sont pas les seuls à souffrir de l’indifférence massive face à notre septième art. Qui se rappelle aujourd’hui que des cinéastes incontournables comme Stanley Kubrick et Jean Rouch s’inspiraient des cinéastes de l’ONF comme Jutra, Perreault ou Lipsett, des auteurs qui ont marqué l’histoire du cinéma. Que le Québec a été - et demeure - l’un des centres les plus importants en ce qui a trait au cinéma d’animation, aux côtés du Japon et de la France. Que des cinéastes comme Brault, Baudin, Mankiewicz et Arcand ont remporté des prix d’envergure à Cannes. En cinéma, comme dans les autres arts d’ailleurs, nous, Québécois, avons la fâcheuse habitude d’ignorer l’importance que nos créateurs occupent sur la scène mondiale.

Un effort de la part du public et de la presse s’impose donc pour redécouvrir un septième art national qui passionne tant de gens autour du monde. Au Québec, l’automne est riche en festivals de cinéma, il s’agit là de l’occasion idéale pour rencontrer des professionnels de l’industrie et découvrir leurs œuvres.

Orian Dorais est aussi critique pour la revue Ciné-Bulles