Chercher à mieux mourir

En réaction au texte «Chercher à bien vivre sa mort» du journaliste Didier Fessou
En réaction au texte «Chercher à bien vivre sa mort» du journaliste Didier Fessou
À M. Louis-André Richard, coauteur de «Plaidoyer pour une mort digne»
Par sa Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, le Québec cherche présentement à améliorer la qualité de la fin de vie en la rendant plus personnalisée, plus digne, plus sereine et plus libre. Contrairement à vous, je crois que les médecins du Québec sont majoritairement, et probablement très majoritairement, favorables à une aide médicale active à mourir, si nécessaire et si demandée librement par le finissant de la vie, respectant un cadre préétabli. L'euthanasie sous conditions, comme en Belgique. Dans ce pays, l'euthanasie n'est pas légale, c'est la demande d'euthanasie qui l'est. Il est rassurant de constater que la grande majorité des demandes sont refusées.
Sondage après sondage, année après année, depuis plus d'un quinzaine d'années, la population du Québec est grandement favorable à la possibilité de cette aide médicale exceptionnelle pour terminer sa vie. Ayez la décence de ne pas dire que la population ne sait pas à quoi elle répond, lors des sondages sur le sujet.
Qu'un philosophe de votre envergure, catholique pratiquant, utilise le mot «tuer» pour parler de cette aide médicale à mourir, faisant ainsi des médecins belges et hollandais des tueurs, est inapproprié et inquiétant. C'est comme si votre religion diminuait votre capacité de nuancer, élément si nécessaire en philosophie. C'est comme si votre religion faisait amoindrir, chez le philosophe, la qualité de sa vision sur le réel. C'est comme si votre pensée vous amènait, par bien des détours, à affirmer que la personne autonome en fin de vie doit se soumettre à la loi, à la norme et à l'autorité. Nous sommes loin d'un mourir subjectif, personnalisé et libre. C'est comme si on disait «autonome toute votre vie, sauf à la fin de votre vie»: faible en argument philosophique, fort en autorité de domination.
Il est urgent que vous alliez rencontrer le médecin jésuite belge Marc Desmet. Ce dernier est venu faire conférence à Québec à l'automne 2010, une merveilleuse conférence. Jamais il n'utiliserait le mot «tuer», dans le contexte des soins palliatifs belges, incluant parfois l'euthanasie sous conditions.
J'ai comme amis des médecins français, hollandais et belges, papas et grands-papas souvent, parfois musiciens, et toujours de grands humanistes. Ils font d'excellents soins palliatifs, incluant parfois l'euthanasie sous conditions. Ils n'ont rien de tueurs. Les faire passer pour des tueurs est sûrement un manquement à l'éthique la plus élémentaire.
Je vous invite à relire le troisième mémoire du Collectif Mourir digne et libre, remis à la Commission spéciale, soit en mars dernier: http://www.collectifmourirdigneetlibre.org/documents/CMDL-21-2-2011.pdf
Avec mes salutations respectueuses,
Yvon Bureau, consultant bénévole pour Un mourir digne et libre
Québec