La semaine dernière, après une représentation de la pièce «Conversations avec mon pénis», le directeur général du théâtre Premier Acte, Marc Gourdeau, a reçu la visite de deux inspectrices du ministère de la Santé, après qu’une plainte eut été déposée par un membre du public à cause d’une cigarette grillée sur scène.

Cette cigarette de sauge...

Lettre à Marc Gourdeau, directeur du théâtre Premier Acte

Monsieur Gourdeau, Franchement! Vos arguments ne sont vraiment pas crédibles! La cigarette de sauge n’est pas nocive pour la santé? Sur quelles études scientifiques vous basez-vous pour l’affirmer? Il est bien connu que l’émanation de toute combustion est nocive. Alors, pourquoi vouloir imposer à vos spectateurs, qui sont confinés dans un espace restreint, d’inhaler de la fumée de sauge ou de quoi que ce soit d’autre?

Et pour la liberté artistique, on repassera. Votre liberté artistique finit où le droit des spectateurs de protéger leur santé commence. Vos acteurs peuvent mimer le geste de fumer sans empester la salle et nous en mettre plein les narines, les bronches et les poumons. Vous pensez qu’un acteur campant René Lévesque perdrait en crédibilité en ne nous faisant pas avaler des nuages de fumée? Faites-nous confiance... on devrait quand même comprendre!

Vous méritez votre amende et le Trident aussi. Mis à part les fumeurs, qui nous empestent, personne ne va s’en plaindre. Et ne me parlez pas d’intolérance! On a enduré cette maudite fumée partout pendant des décennies!

Lu dans Le Soleil : «M. Gourdeau y voit une question de liberté artistique : les acteurs peuvent représenter sur scène d’autres actes illégaux, tels que le meurtre ou la consommation de drogue, mais fumer une cigarette à proprement parler — un acte tout à fait légal — n’est pas autorisé.»

Cet argument est particulièrement boiteux. Au même titre qu’un acteur fait semblant d’en tuer un autre, il peut aussi faire semblant de fumer, et cela n’est pas interdit par la loi.

Représentez ce que vous voulez sur scène, mais ne nous imposez pas de respirer un air vicié. L’interdiction de produire de la fumée sur scène n’a rien à voir avec la censure.

De plus, rassurez-vous : nul ne demande à l’art «de faire la promotion de l’antitabagisme», comme vous l’affirmez. On ne vous demande que de respecter la loi.

C’est une question de santé publique. Point à la ligne.

Gaëlle Gallant, Québec