Cessons de banaliser la pornographie

POINT DE VUE / En réaction à l’article «Une audition controversée» écrit par le journaliste Marc Allard, paru dans Le Soleil le 4 juillet.

À Québec, le 24 août, auront lieu des auditions inquiétantes pour la dignité et la sécurité des femmes. Par respect pour les femmes, des auditions de films 3X, nous n’en voulons pas à Québec, ni ailleurs.

Malheureusement, cette soirée d’audition risque de s’ajouter à toutes celles où on banalise l’industrie du sexe, une industrie axée sur la violence et indissociable de la culture du viol.

La pornographie est une industrie qui fait son argent sur le dos de femmes qui manquent de revenu, d’estime de soi et de choix. Une industrie basée sur les inégalités sociales, dont la pauvreté. L’argent n’achète pas le consentement et constitue une relation de domination de celui qui paie pour obtenir une relation sexuelle d’une personne qui a besoin de cet argent pour vivre.

Rappelons que l’industrie du sexe vend de la soumission et des stéréotypes et que la pornographie est une forme d’exploitation sexuelle nuisible aux femmes et à la société. Rien de moins!

Soyons claires et lucides: 80% des femmes souhaitent sortir de cette industrie qui les humilie et les torture. Rien de glamour! Les survivantes décrivent le milieu comme étant des viols filmés. Si elles s’en sortent, elles sont brisées physiquement et psychologiquement, complètement traumatisées. Le long parcours de la reconstruction est très souvent pénible.

La soirée d’audition sera payante à 20$. Payer pour passer une entrevue? Combien de fellation une femme devra-t-elle faire pendant toute une soirée? Non, ce n’est pas un métier comme un autre! Ne soyons pas complices. Ne fermons pas les yeux. Ne baissons pas les bras.

Selon de plus en plus de sexologues et de professionnels de la santé, la pornographie affecte négativement non seulement les femmes, mais aussi la sexualité des gens qui en consomment.

Nous croyons en la prévention comme solution. La prévention, tant du recrutement que de l’achat d’actes sexuels, est une solution réaliste qui a fait ses preuves. Plutôt que de voir la pornographie comme une banalité, il importe de faire évoluer les mentalités comme nous l’avons fait avec le viol et la violence conjugale.

En somme, tous les groupes qui interviennent auprès de ces femmes brisées, quelle que soit leur position sur la prostitution*, de même que les juges de la Cour Suprême du Canada, reconnaissent que la prostitution est dangereuse pour les femmes. La violence est partie intégrante de la prostitution et on ne devrait pas se contenter de la diminuer, mais bien de refuser complètement cette pratique.

L’achat de services sexuels est un crime depuis 2014. Interdire quelque chose par une loi contribue à imposer une norme sociale forte. Interdire l’achat de services sexuels envoie un message clair que le corps humain et la sexualité ne sont pas des biens marchands. Agir en ce sens contribue à la réalisation d’une société réellement égalitaire. Mais encore faut-il se donner les moyens d’appliquer cette loi.

*Prostitution: elle survient dans différents contextes, tels la rue, la danse nue, les massages érotiques, les services d’escortes, la pornographie, etc.

À LIRE AUSSI: Audition XXX à Québec: la Ville «préoccupée»