Cessez de faire campagne sur le dos des immigrants

Je suis Québécoise d’origine chilienne. Ma famille et moi sommes arrivées à Montréal en novembre 1977, avant de nous installer à Chicoutimi quelques jours plus tard. Nous fuyions alors le régime répressif d’Argentine où nous nous étions réfugiés après le coup d’État sanglant de Pinochet, au Chili, en septembre 1973.

À notre arrivée au Québec, personne ne parlait français dans ma famille et nous n’avions qu’une connaissance très limitée de ce pays. Pourtant, mes trois jeunes frères et moi avons intégré l’école dès la reprise des classes en janvier, et mes parents ont joint un groupe de francisation.

À l’époque, il n’était pas question de charte des valeurs: l’intégration, c’était normal. Avant même notre départ, je me souviens que mon père disait : «Vous allez vous intégrer et respecter les valeurs de nos hôtes».

À la maison, à Chicoutimi, nous parlions français entre nous pour apprendre la langue plus rapidement, au point que le plus jeune de mes frères a dû réapprendre sa langue maternelle devenu jeune adulte. Mon père, qui était dans la vingtaine à notre arrivée, a commencé à travailler comme machiniste avant de parler français, terminant sa francisation sur le tas avec «les gars de la shop». Même situation pour ma mère qui a poursuivi son apprentissage du français tout en travaillant.

Nous avons aussi bénéficié de l’appui de Québécois pure laine qui nous ont accueillis et adoptés sans qu’il soit question de charte des valeurs, d’examens, ni d’intégration. Celle-ci se faisait naturellement et dans un respect mutuel.

Ce long préambule pour dire que tout le débat actuel me rend malade. On ne parle d’immigration que de façon négative, en la présentant soit comme une menace, soit comme un mal nécessaire face au déclin démographique et à la pénurie de main-d’œuvre.

Il est aussi paradoxal que cette vision de l’immigration existe aujourd’hui, alors qu’on nous affirme que le nationalisme québécois est mort. À notre arrivée, le Parti québécois était au pouvoir depuis un an tout juste, le référendum sur la souveraineté se préparait et l’Assemblée nationale adoptait la loi 101. On nous a pourtant accueillis à bras ouverts. Ce n’est que depuis quelques années que je sens de la suspicion et de la méfiance dans les regards.

Pour moi, cette situation découle directement de l’attitude de nos politiciens qui instrumentalisent l’immigration. Pourtant, les immigrants et particulièrement ceux qui fuient la guerre, la misère et l’oppression, n’ont pas besoin de tout ça. Ils n’ont besoin que d’un petit coup de pouce et surtout qu’on les laisse s’installer et devenir des citoyens à part entière, sans menaces ni condescendance.

Cecilia Ruiz, Saguenay