Les événements de Val-d'Or, où des femmes ont dénoncé avoir été victimes d'agressions de la part de policiers, ne sont que la pointe de l'iceberg, estime l'auteur.

Cessez de compromettre la sécurité des Premières Nations

Les Chefs des Premières Nations ont accepté de bonne foi de rencontrer le premier ministre Couillard la semaine dernière. Nous avons réitéré notre demande d'une enquête judiciaire indépendante provinciale sur les relations entre les services policiers et les Premières Nations au Québec et, à cette fin, nous avons déposé un mandat clair décrivant ce que devrait faire cette commission. Nous sommes toujours dans l'attente d'une réponse positive, même si le gouvernement Couillard a d'abord rejeté notre demande pour ensuite adopter une position ambiguë. Je m'interroge sérieusement.
À l'instar des leaders des Premières Nations, des dizaines de groupes et associations de la société civile du Québec et les deux partis de l'opposition appuient notre demande qui fait aussi l'objet d'une pétition à l'Assemblée nationale ayant recueilli à ce jour plus de 6 000 signatures. Pourtant, le gouvernement Couillard s'isole de plus en plus dans son manque de sensibilité et de responsabilité à l'égard de nos femmes et de nos populations.
Alors que les 12 femmes de Val d'Or qui ont osé dénoncer se sont retrouvées devant une fin de non-recevoir, vers qui se tournent-elles maintenant face à des services policiers en qui elles n'ont plus confiance ? Comment allons-nous faire en sorte que nos populations puissent se sentir en sécurité, comment rétablir cette confiance ?
Depuis des mois, le gouvernement tente de se défiler en proposant ses solutions à l'emporte-pièce comme des tables de discussion, l'utilisation de l'Enquête fédérale ou la création d'un poste de police mixte à Val d'Or. Si le gouvernent Couillard se dit ouvert et à l'écoute, la preuve démontre à ce jour le contraire.
Le recours à une enquête judiciaire indépendante s'impose par la nature même des faits dénoncés. Les événements de Val-d'Or, où des femmes ont dénoncé avoir été victimes d'agressions de la part de policiers, ne sont que la pointe de l'iceberg. Nous savons que beaucoup d'autres femmes n'osent pas briser le silence et dénoncer leurs agresseurs par peur de représailles ou par manque de confiance.
Les enjeux sont fondamentaux, il y va de la sécurité de nos femmes et de nos filles et de la confiance de nos populations envers les services policiers et le système judiciaire. Présidée par un juge, l'enquête indépendante que nous réclamons doit porter sur tous les aspects concernant les relations avec les services policiers, sur tous les aspects concernant l'administration de la justice auprès de la clientèle autochtone, ainsi que sur le racisme systémique guidant des pratiques d'intervention auprès de la clientèle autochtone.
Dans ces circonstances, le refus du gouvernement d'instituer l'enquête judiciaire indépendante ne peut s'expliquer que par une volonté de protéger ceux qui sont à l'origine de ces actes répréhensibles et inacceptables.
Par expérience, il y a longtemps que nous ne nous faisons plus d'illusions.
Ghislain Picard, Chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL)