Les zones inondables à Québec

Ces fameuses cartes des zones inondables

POINT DE VUE / On en parle à l’occasion, surtout au printemps, mais pas longtemps parce que lorsque vient le beau temps, on préfère les oublier. Pas à jour, qu’on dit quand elles ne nous y montrent pas dans une zone inondable et qu’on est inondé. Veux pas les voir, qu’on dit quand on y est et que notre propriété perd de la valeur à cause de ce qu’elle démontre. Pas précises, qu’on dit quand on est une municipalité et qu’on est bien tenté de donner des permis de construction ou de rénovation pour des propriétés situées en bordure d’une rivière.

Elles sont pourtant là, depuis des décennies pour la plupart, qui attendent qu’on s’intéresse à elles et qu’on y prête attention. En format papier depuis le programme de cartographie des risques d’inondations, sur lequel j’avais été embauché par le ministère des Terres et Forêts en 1979, qui a duré une bonne dizaine d’années et était financé par les deux paliers de gouvernement.

Ce ministère a eu le temps de changer de nom plusieurs fois, pendant et après mon départ. Les municipalités ont changé d’administration, des quartiers complets sont apparus, qui n’y figuraient pas. Une seule chose n’a pas changé, ce sont ces fameuses courbes de niveau, qui y dessinent avec précision le niveau du sol. On en choisit une et on la suit avec un crayon rouge, ça va dessiner sur la carte où l’eau va se rendre si un jour elle monte jusqu’à la hauteur représentée par la cote d’altitude qui lui correspond. Les experts ne font ensuite qu’y indiquer jusqu’à quelle cote le niveau de l’eau pourrait monter, à partir de statistiques sur les comportements passés des rivières. On sait tous maintenant qu’il faut rehausser ces niveaux et se donner plus de marges de sécurité. Ça a certainement contribué à dire qu’elles n’étaient pas précises et à les discréditer, mais il faut tout de même avouer que le terrain n’a pas monté ni descendu, c’est juste l’eau qui est montée plus haut que ce qu’on aurait espéré. Et ça, ce n’est pas à mon avis un manque de précision, mais plutôt une erreur d’interprétation sur l’ampleur des catastrophes pour lesquelles elles étaient pourtant destinées à nous prémunir.

Jusqu’à tout récemment, une grande partie de celles-ci ont accumulé la poussière dans le sous-sol de plusieurs municipalités, victimes de ce syndrome «cachez cette carte que je ne saurais voir». Bon, on les a mises à jour, les nouvelles constructions y figurent, les zones inondables ont été étendues à des niveaux qui tiennent compte des historiques récents et, surtout, on les a rendues accessibles en ligne (geoinondations.gouv.qc.ca). Plus question de les cacher et au diable si ça nuit aux développements domiciliaires, à la transformation de vieux chalets riverains en résidences permanentes avec sous-sols et à l’évaluation des propriétés. Les Québécois sont tannés de payer pour cet aveuglement volontaire collectif qui nous a coûté si cher dans le passé et qui se poursuit presque d’année en année avec les changements climatiques.