Deux des signataires de la lettre, Gabriel Nadeau-Dubois et Sol Zanetti

Ce que nous devons aux gens de la Davie

À quelques jours du Nouvel An, les 400 travailleuses et travailleurs de la Davie et les centaines d’autres personnes qui dépendent du chantier naval de Lévis pourraient se retrouver sur le carreau, largués par Ottawa. Même l’intervention du premier ministre Philippe Couillard, marchant aux côtés des syndicalistes pour une rare sortie dans le Québec du vrai monde, n’aura su faire fléchir son homologue fédéral.

L’exception ne fait pas la règle : chez les libéraux du Québec, le provincialisme est érigé en art de vivre. Même quand ils peuvent légiférer, la réticence de nos voisins canadiens sert souvent à justifier l’inaction, comme dans le dossier des «clauses orphelin». N’empêche, les échéances électorales sont ce qu’elles sont, et les troupes de Philippe Couillard doivent se manifester à l’occasion.

Ils vont donc tonitruer dans le vent froid de Lévis ou tendre un rameau d’olivier au reste du Canada. Sans succès. Les tenants de «l’affirmation du Québec» au sein d’un Canada uni, en premier lieu François Legault, devraient réfléchir longuement à l’échec de la relance du débat constitutionnel plus tôt cette année, accueillie par le désintérêt le plus total du premier ministre canadien et des provinces canadiennes. Si M. Trudeau se permet de balayer du revers de la main les propositions les plus complaisantes du gouvernement québécois, qu’en est-il des points de discorde?

Bien entendu, les troupes de Philippe Couillard se défilent quand vient le temps d’arrêter la vente de blindés à l’Arabie saoudite, ou de mettre un frein aux projets énergétiques de l’industrie pétrolière albertaine, grassement subventionnée par les transferts fiscaux du Québec malgré les accusations de favoritisme des politiciens de l’ouest du pays et leur portrait tronqué de la péréquation. Mais tout indique qu’un gouvernement moins peureux n’obtiendrait guère plus qu’un haussement d’épaules, selfie à l’appui.

Chez nous, pas une seule personnalité issue du fédéral, à l’exception de Justin Trudeau, n’arrive à se hisser dans les 20 premières positions du palmarès des politiciens les plus médiatisés. Dans le Canada du XXIe siècle, on célèbre les 150 ans de la fédération canadienne en excluant les points de vue québécois et autochtones. Canada, A Story of Us, produit par la CBC pour l’occasion, consacre les deux solitudes alors même que la question constitutionnelle ne soulève guère plus les passions d’un bord et de l’autre de la frontière.

La solution ne réside pas dans la belle campagne de promotion du Québec d’un océan à l’autre promise par Jean-Marc Fournier ni du côté du duo Legault-Lisée, qui a fait de la confrontation avec le fédéral «leur façon d’être Canadien». Non, cette comédie provincialiste a fait son temps : il faut penser l’avenir du Québec à l’extérieur du rapport inégal et illégitime qui nous lie au Canada.

C’est ce que nous devons aux gens de la Davie, aux petites fermes flouées par les accords de libre-échange, aux artistes qui font vivre la culture québécoise face au bulldozer des distributeurs étrangers, aux Premières Nations habitant le territoire du Québec : elles méritent plus que de plates excuses. C’est ce que nous devons aux centaines de milliers d’électrices et d’électeurs qui votent dans le vide de notre système électoral antédiluvien. C’est le pari que fait Québec solidaire.

Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec solidaire

Sol Zanetti, ancien chef d’Option nationale

Viviane Martinova-Croteau, ancienne directrice générale d’Option nationale