L'Association des médecins psychiatres du Québec suggère une hausse de l'âge légal à 21 ans pour la consommation licite de cannabis.

Cannabis: pour une approche équilibrée

On peut comprendre la préoccupation légitime exprimée par l'Association des médecins psychiatres du Québec qui suggère une hausse de l'âge légal à 21 ans pour la consommation licite de cannabis. Ce sont eux qui traitent plusieurs jeunes souffrant de problèmes de santé mentale engendrés par une consommation précoce de fortes doses de cannabis. Ce sont ces jeunes mêmes qui sont les plus grandes victimes du marché noir actuel.
De son côté, l'Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) croit que le fait de repousser l'âge légal à 21 ans, un noble idéal en soi, garderait les jeunes en otages du marché noir, celui-là même que nous voulons éliminer, diminuant notre capacité de concentrer nos efforts sur la protection des plus jeunes. Or, c'est pour réduire les risques qu'ils encourent que nous favorisons l'harmonisation de l'âge légal à celui en cours pour l'alcool et le tabac. Nos chances de réduire le marché illégal s'en trouveront d'autant plus grandes, car le message restera clair et sans équivoque. Il sera d'autant plus facile à communiquer à la population. 
Disons-le d'entrée de jeu, la légalisation du cannabis n'est pas une science exacte. Il s'agit plutôt d'une opportunité de sortir du modèle prohibitif actuel qui, somme toute, cause davantage de problèmes qu'il n'offre de solution. 
De nombreux experts des milieux cliniques, de la santé publique, de la politique et de la sécurité publique contribuent au processus de réflexion qui doit prioriser les objectifs suivants :
• Freiner la consommation chez les jeunes
• Réduire les profits tirés du marché illicite
Au Canada, le cannabis rapporte 7 milliards $ au crime organisé. C'est la substance illicite la plus consommée au Québec, au Canada et dans le reste du monde.
Portrait de la consommation, au Québec, en 2015 : 
• 31 % chez les 15-17 : malgré la prohibition du cannabis, les jeunes le consomment
• 41.7 % chez les 18-24 ans
• 21 % chez les 25-44 ans
• 8 % chez les 45-64 ans
• 1.1 % chez les 65 ans et plus
L'alcool et le tabac sont deux substances légalisées que toute personne âgée de 18 ans et plus peut se procurer librement. Pourtant, lorsque nous comparons les effets de ces trois substances sur notre santé et celle de la société, celle qui a le plus faible niveau de risque est le cannabis, sauf pour les jeunes, surtout si la consommation commence avant 16 ans. En somme, le niveau de risque général est plus faible, mais une menace plus grande pour les plus jeunes persiste. Un âge légal de 21 ans ne présenterait vraisemblablement pas de grands avantages et risquerait d'affaiblir les effets de la légalisation en laissant une plus grande part de marché au commerce illégal. 
Objectif : réduction des méfaits
Plusieurs craignent une banalisation du cannabis une fois que celui-ci sera légalisé; mais rappelons que c'est davantage l'adoption d'une loi permissive et laxiste qui entraînerait cette banalisation. D'où l'importance de faire des choix éclairés basés entre autres sur l'expérience acquise en matière de légalisation de l'alcool et du tabac. 
La prohibition, tout comme un accès sans restriction aux différentes drogues, entraîne un niveau élevé de dommages sanitaires et sociaux. L'équilibre recherché se situe au niveau d'une réglementation légale sévère, rigoureusement appliquée et responsable.
Le débat autour de la question de l'âge légal est sain. Il s'agit d'une question complexe à multiples facettes qu'il faut mettre en lumière. 
Émilie Dansereau-Trahan, Association pour la santé publique du Québec (ASPQ)