Il «faut reconnaître le travail inlassable» de l'ancien premier ministre Jean Charest dans l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne, selon l'auteur. 

Canada-Union européenne: il n'y aurait pas eu d'accord sans Jean Charest

Dire que l'Accord économique et commercial global (AECG/CETA) entre le Canada et l'Union européenne n'existerait pas aujourd'hui si ce n'était du premier ministre Jean Charest. C'est le 9 novembre 2006, à la demande de gens d'affaires que M. Charest a accepté de prendre le dossier d'une nouvelle entente économique et commerciale entre le Canada et l'Europe. Mais, le premier ministre avait un plus grand projet en tête. Il envisageait une entente de nouvelle génération, certes une entente économique, mais élargie à la mobilité de la main-d'oeuvre, la promotion de la diversité culturelle et la protection de l'environnement.
Signal donné, le plan est arrêté. Première étape, le forum économique mondial de Davos en janvier 2007. Des rencontres sont organisées: Peter Mandelson (commissaire aux affaires commerciales de l'Europe), car il faut bien que l'Europe accepte de vouloir négocier; Michael Gloss, ministre fédéral allemand de l'Économie, qui a le grand avantage d'être Bavarois, et qui accepte de convaincre la Chancelière allemande, car le sujet doit être mis à l'agenda du prochain sommet Canada-Europe en juin.
David Emerson, ministre canadien du Commerce extérieur est informé, tandis que le ministre Raymond Bachand doit convaincre les gens d'affaires québécois.
Paris, février 2007. Le premier ministre est invité à participer à une conférence sur l'environnement organisée par le Président français, Jacques Chirac. C'est le moment d'interpeller les politiques français. La première rencontre est avec Nicolas Sarkozy en février 2007 alors qu'il est accompagné par les anciens premiers ministres Raffarin et Juppé. La rencontre avec le Président Chirac se déroule bien et surprend ses propres conseillers. Il offre des conseils et se propose de téléphoner à Angela Merkel et à M. Baroso afin que le sujet soit bien à l'agenda du Sommet européen.
D'ailleurs, nous avons pu compter sur l'appui actif de la France qui nous passait des conseils à l'intention d'Ottawa, afin de s'assurer que la négociation soit lancée en 2008 au Canada, lorsque la France serait à la présidence de l'Union européenne.
C'est à ce moment qu'un journal montréalais demandait au premier ministre Charest « d'arrêter de nous faire perdre notre temps avec cette idée ». Un ex-ambassadeur américain au Canada me disait que c'était impossible que le Canada signe une entente avec l'Europe avant les États-Unis.
Peu importe, le plan est en marche, l'objectif est clair. La ministre Gagnon-Tremblay et son ministère avec la diplomatie québécoise en Europe se sont mis à l'oeuvre. Le ministère du Développement économique travaillait avec la coalition des gens d'affaires au Canada et en Europe, le CERT, et avec son directeur Jason Langrish en particulier. L'appui de la diplomatie canadienne qui était en contact direct avec M. Charest nous permettait de renforcer le soutien du gouvernement fédéral.
La nomination du premier ministre Pierre-Marc Johnson comme négociateur du Québec assurait que les intérêts du Québec seraient défendus à la table de négociation. Son leadership personnel a été, selon le premier ministre Harper, déterminant.
Je tiens à souligner le travail accompli par l'équipe du SAIC. Car le premier ministre Charest devait aussi convaincre ses collègues du Conseil de la Fédération, ce qui ne fut pas toujours facile. Pour la première fois de l'histoire, les Provinces, sous le leadership du Québec, participaient directement à des négociations de libre-échange. Une avancée spectaculaire pour le Québec. C'était aussi une demande des Européens qui comprenaient bien le partage des pouvoirs dans notre système fédéral.
Il serait trop long ici d'énumérer tous les gestes, les rencontres et tous ceux qui ont contribué au succès que nous célébrons aujourd'hui.
Mais il faut reconnaître le travail inlassable de M. Charest. Car soyons clairs, sans la vision, les convictions et le leadership du premier ministre Charest, sans le travail du gouvernement du Québec, de ses fonctionnaires et de ses diplomates, incluant M. Johnson, ainsi que de ses alliés européens, il n'y aurait pas d'accord aujourd'hui.
Mario Lavoie, conseiller aux affaires canadiennes et aux affaires internationales du premier ministre du Québec (2003-2012), Cantley, Québec