Camille et sa mère Valérie Larouche

Camille, 13 ans, ira au CHSLD et nous serons tous perdants

Vous avez entendu le cri du cœur de cette mère de famille qui s’est vue refuser le droit au supplément pour enfant handicapé nécessitant des soins exceptionnels? La situation que subissent Valérie Larouche et sa fille Camille est une bien triste histoire. Comme vous avez pu le constater à la lecture des nombreux articles publiés ces derniers jours à ce sujet, Mme Larouche n’a pas droit à l’allocation de près de 1000 $ par mois offerte aux parents d’enfants lourdement handicapés. La raison? Camille ne répond pas aux critères exigés. Et pourtant, juste à voir la liste de ses nombreux handicaps, ça donne froid dans le dos. C’est à pleurer tellement cette histoire est inhumaine.

L’alternative pour Mme Larouche? Pour éviter l’épuisement et le découragement extrêmes, elle devra en toute logique se résoudre à placer sa fille en institution. Imaginez un seul instant la détresse de cette mère lorsque surviendra ce jour fatidique. Quant au sort de Camille, 13 ans, qui se retrouvera en CHSLD, privée de l’ultime soutien de sa mère, moi je n’ai pas la force de l’imaginer.

Le comble de l’absurde, c’est qu’il en coûtera 70 000 $ par année à l’État pour héberger Camille. C’est annuellement près de 60 000 $ de plus que le montant de l’allocation qui lui a été refusée. Et c’est la même chose pour les milliers de petites Camille qui ne répondent pas aux critères d’admissibilité du programme. Qui est gagnant là-dedans? Je ne vois personne. Nous sommes tous perdants, à la merci d’une structure extrêmement compliquée de règles administratives dont, de toute évidence, nous avons perdu le contrôle.

Dans ce contexte, assouplir des critères d’admissibilité, ajouter de nouveaux programmes ou améliorer ceux existants ne sont peut-être plus des solutions viables pour faire de nous tous des gagnants. La solution n’est pas de faire plus, mais de faire mieux. Et ça, c’est collectivement à notre portée, à la seule condition d’en avoir la ferme volonté. Qui parmi les gens qui nous dirigent aura le courage de briser la glace, de remettre en question nos façons de faire et d’initier une réflexion profonde sur notre gouvernance, son rôle, ses mécanismes et ses priorités?

Alain Drolet, directeur du Carrefour familial des personnes handicapées
Québec