Budget 2019 à Lévis: le développement accéléré est non rentable et non durable

Après des hausses consécutives de taxes au-dessus de l’inflation dans les années 2017 et 2018, voilà que le budget de la Ville de Lévis vient d’atteindre un sommet avec une augmentation moyenne de 3,5 % pour tous les secteurs

On nous affirme que c’est nécessaire «pour faire face au défi de la croissance» qui encoure des dépenses de plus de 6 % pour la prochaine année. Cela ne suffira pas; il faudra donc combler l’écart par les habituels emprunts. Sous les règnes de madame Roy Marinelli et de monsieur Lehouillier, l’endettement de la Ville est passé de 140 millions $ à près de 500 millions $ entre décembre 2005 et décembre 2018. Le remboursement annuel de ces emprunts cumulatifs ampute présentement près de 20 % du budget annuel. Imaginez quels seront les impacts sur les finances municipales s’il y a une augmentation significative des taux d’intérêt au cours des prochaines années?

La situation financière est devenue très préoccupante, face à celle de Québec qui, depuis deux ans, a gelé le compte de taxes et, pour 2019, fait croître sa taxation en dessous de l’inflation (2,1 %) à 1,2 %, tout en diminuant son endettement. Le maire Lehouillier affirme qu’à Québec, la taxe foncière générale s’élève à 0,84 $ du 100 $ d’évaluation, alors qu’à Lévis, elle s’élève à 0,75 $, mais on s’entend que pour la différence de contribution, les citoyens de la Ville de Québec se voient offrir une panoplie beaucoup plus grande de services, à commencer par des transports collectifs mieux structurés et mieux financés.

Depuis 10 ans, Lévis récolte des taxes supplémentaires découlant de l’émission de permis de construction oscillant entre 350 et 400 millions $. Mais ce développement immobilier, bien souvent axé sur des aménagements résidentiels de faible densité, entraîne des déboursés significatifs en infrastructures et en services de toutes sortes (entretien hivernal, collecte des déchets, réfection des rues anciennes ou nouvelles dans le futur, etc. Selon les données du maire, la Ville aurait pris à sa charge 56 kilomètres de rues au cours de la dernière décennie. Comment pourra-t-on instaurer un transport en commun viable lorsque la population résidente s’éparpille ainsi? Probablement qu’on compte sur le troisième lien pour régler les problèmes de congestion qui se manifestent avec une acuité de plus en plus grande dans la «ville de l’automobile». Mais tous les experts prétendent qu’avec cette infrastructure projetée, le règlement des problèmes de circulation sera de courte durée et favorisera immédiatement le modèle actuel d’étalement urbain. À l’heure du pacte de la transition énergétique et de l’objectif gouvernemental de réduire la consommation de pétrole de 40 % d’ici 2030, cette solution n’est aucunement cohérente.

Vouloir absolument le développement, en se plaisant à satisfaire les 300 promoteurs qui rôdent autour des instances municipales, n’est pas une vision acceptable pour le présent et pour l’avenir. En fait, ce type de développement urbain, basé sur l’éloignement des lieux de travail et sur les déplacements individuels, accentue la congestion et affecte gravement la qualité de la vie et de l’environnement. Qui plus est, il génère des augmentations de taxes assez époustouflantes, de surcroît, dans un contexte de faible inflation et où les revenus des ménages progressent très lentement ou pas pour de nombreux retraités.

Lévis doit absolument revoir sa vision du développement et ses choix d’aménagement. Son modèle ne doit pas être celui de la ville champignon de Terrebonne, mais s’inscrire dans une approche d’agglomération de Québec où la circulation travail-loisir doit être intégrée, notamment par des moyens de transports collectifs et actifs interrives.

Gaston Cadrin

Géographe-environnementaliste