Jacques Hérisset a joué un rôle de premier plan dans l’essor du tennis au Québec et au Canada ces 50 dernières années.

Bonne retraite, Jack Hérisset

POINT DE VUE / Jack, pour ceux qui ne viennent pas de la planète canadienne du tennis, c’est Jacques Hérisset. Pour tous les autres, Jack… c’est seulement Jack. Coast-to-coast! Jack, ou le joueur-entraîneur-promoteur qui a joué un rôle de premier plan dans l’essor du tennis au Québec et au Canada ces 50 dernières années.

J’ai vu Jack pour la première fois alors qu’il était parmi les joueurs invités à l’Omnium du Québec présenté «sur ma rue», dans mon Granby natal. Il y avait là les Robert Bédard et François Godbout de chez nous mêlés à quelques Européens, Américains ou Sud-Américains. Un très haut niveau et un véritable rêve pour un gamin comme moi, «préposé aux terrains» de terre battue, qui passait alors la semaine littéralement accroché à la clôture. Je me souviens parfaitement comment, parmi tous ces joueurs, Jacques Hérisset m’avait frappé : cette élégance, cette classe, comme cela avait l’air facile!

Pour Jack, l’élégance et la classe sont devenues sa marque de commerce, aussi bien hors du court que sur le court. Notre Jean Béliveau du tennis en quelque sorte. Et nous sommes très chanceux qu’il ait choisi de consacrer toutes ces années à la promotion de notre sport.

Parce que ce n’était pas joué d’avance. Il m’a déjà raconté comment il avait un moment pensé poursuivre le métier de joaillier de son père. Fouillez-moi comment quelqu’un peut hésiter entre être bijoutier… ou coach de tennis au Canada à la fin des années 60. Et choisir de coacher. Oui, on a été chanceux.

Remarquez, il y a quand même un parallèle à faire entre les deux. Être entraîneur, n’est-ce pas prendre les aptitudes brutes de jeunes athlètes et les travailler, les ciseler, pour en faire de grands talents? Ses premiers petits bijoux, on les connaît, ce sont ses élèves Réjean Genois et Richard Legendre, deux joueurs qui ont aidé à faire basculer le tennis canadien dans l’ère moderne et à qui il aura inculqué, sinon autant d’élégance, à coup sûr toute sa classe.

Jack, c’est aussi le promoteur du tennis, celui qui a toujours cherché à mousser la popularité de ce sport en amenant des compétitions de haut niveau à Québec, des championnats juniors provinciaux, nationaux ou internationaux, mais aussi du tennis professionnel. Souvenons-nous de cette compétition originale des samedis soirs qui voyait se confronter tout l’hiver les Bob Greene, Bud Schultz et autres Leif Shiras face à nos meilleurs joueurs canadiens. Et c’est bien sûr Jack qui a porté à bout de bras pendant plus de 25 ans le Challenge Bell, devenu la Coupe Banque Nationale, un championnat professionnel féminin de la WTA qui a servi de tremplin à des joueuses comme Serena et Venus Williams, Anna Kournikova, Maria Sharapova, ou plus près de nous Eugenie Bouchard et Bianca Andreescu. Son charme légendaire, Jack en a évidemment fait la démonstration en tant que directeur de tournoi dans ses relations avec les athlètes et avec le Circuit de la WTA. Comme cette fois où, dans une réunion de tous les directeurs de tournois du monde à laquelle j’assistais à New York, il demande la parole, se lève, vante son tournoi de Québec, invite tout le monde à y venir… et remet à tous une bouteille de sirop d’érable!

Cela dit, j’ai toujours eu le sentiment que, pour Jack, le zénith du bonheur en tennis était de se retrouver en shoeclack sur un court à enseigner aux jeunes. Pour notre plus grand privilège, c’est ce qu’il a fait pendant toute sa carrière. Grâce à l’Académie Hérisset-Bordeleau, fondée avec Jacques Bordeleau (le deuxième gars le plus gentil de Québec), il aura amené des milliers de jeunes à adopter un sport qu’ils pratiqueront toute leur vie avec talent. Avec beaucoup de talent même, pour certains d’entre eux. Le dernier bijou de l’orfèvre Hérisset aura été le plus étincelant : à 19 ans seulement, Félix Auger-Aliassime est déjà une vedette internationale du tennis, attendu et acclamé partout dans le monde.

La boucle est bouclée et Jack a remis les clés de son école à papa Aliassime. Elle est entre bonnes mains… d’après ce qu’on entend déjà des kids qui tapent dans la balle avec vigueur au Club Avantage.

À l’annonce de cette retraite de mon ami Jack, je demeure sceptique. Je suis assez certain qu’on le verra encore aux abords des courts pour continuer d’aider. Et pourquoi pas même sur le court. Ce sera toujours un bonheur de le voir frapper ce revers le long de la ligne. Avec élégance.

Merci Jack!