Rappelons que depuis février 2016, l'entreprise a annoncé la suppression 14 500 emplois, et ce, malgré le fait que le gouvernement du Québec ait injecté 1,3  milliard $ dans la CSeries.

Bombardier: gare aux risques de réputation

Aujourd'hui, les entreprises ne sont plus uniquement évaluées sur la qualité de leurs produits et services, mais aussi sur leur capacité de gestion. Au tribunal de l'opinion publique, les sentences sont lourdes de sanctions pour la réputation d'une entreprise. Le récent exemple de Bombardier martèle l'importance que les dirigeants doivent plus que jamais prendre conscience de ce risque, le prévenir pour mieux le protéger.
«Il faut 20 ans pour bâtir une réputation et cinq minutes pour la détruire. Si vous y pensez bien, vous ferez les choses différemment.»
- Warren Buffet, homme d'affaires et investisseur américain
Les deux tiers des consommateurs canadiens considèrent que la réputation d'une entreprise constitue leur plus important critère d'achat, selon une étude réalisée par le Cirano en 2012. Par ailleurs, la crise récente vécue par Bombardier scie les dents à ceux qui doutent de son importance. Avec l'injection massive de fonds publics, Bombardier a appris à la dure qu'elle est dorénavant sous le radar des contribuables. Des contribuables qui exigent la transparence et une saine reddition de compte. 
La gestion du risque de réputation est une responsabilité corporative où l'ensemble des contributeurs sont concernés. Ultimement, le responsable du risque de réputation est le PDG qui doit rendre compte de sa gestion au conseil d'administration. Le conseil d'administration est responsable en dernier ressort de la gestion du risque de réputation. Il doit jouer un rôle proactif ou dans la surveillance de ce risque. Dans le cas de Bombardier, tant le PDG que le conseil d'administration ont failli à la tâche. 
Des citoyens se sont mobilisés - autant de la gauche que de la droite - pour manifester contre les hausses salariales significatives votées par les dirigeants de Bombardier. Au début des contestations, les dirigeants de Bombardier ont cru erronément que la tempête s'apaiserait d'elle-même. Silence radio. Face à la vigueur des vents de protestations, le président du conseil d'administration a renoncé à sa rémunération. En outre, le président comité des ressources humaines et de la rémunération, M. Monty, a tenté vainement de justifier, par écrit, les hausses salariales en invoquant qu'il fallait offrir des salaires attrayants pour attirer et retenir des gestionnaires de haut calibre. 
Il a aussi mentionné que les hauts dirigeants de Bombardier avaient atteint leurs objectifs individuels en contribuant à l'amélioration de la performance de l'entreprise. Par la suite, le PDG de Bombardier est finalement sorti de la tanière de son mutisme en tentant, maladroitement, de justifier les hausses salariales sur la base de la performance. Comment peut-on parler de performance - individuelle ou collective - dans un contexte où l'entreprise a été sauvée du gouffre de la faillite en recevant l'aide publique? Comment peut-on sérieusement parler de performance lorsque Bombardier licencie massivement des travailleurs et délocalise sa production au Mexique? 
Bombardier a creusé un trou béant dans la confiance des contribuables. Nous avions solidairement décidé de soutenir financièrement le «navire amiral de l'industrie aéronautique canadienne» pour qu'il puisse se remettre à flot et naviguer dans les eaux tumultueuses de son marché ultra-compétitif. La réputation du navire amiral a pris l'eau. 
Un proverbe arménien compare la bonne réputation à un collier de perles. Un collier de perles qui tire souvent sa valeur dans l'appréciation d'autrui. Pour préserver sa valeur, il doit être protégé de manière proactive tant par la direction générale que par le conseil d'administration. Les entreprises doivent instaurer une culture de prévention intégrée aux processus décisionnels et opérationnels afin de mieux prévenir, détecter et gérer le risque de réputation. Le collier de perles de Bombardier est actuellement terni. Saura-t-elle lui redonner sa blancheur d'autrefois? 
Joanne Desjardins, Québec