L’aéroglisseur Sipu Muin, de la Garde côtière canadienne, ne pouvait remplir seul tous les mandats incombant à Transports Canada en avril à Matapédia et dans la Péninsule acadienne.

Ballon politique ou plan sensé?

BILLET / Ainsi, le gouvernement fédéral promet d’ouvrir, dans le sens de déglacer, les havres de pêche du nord du Nouveau-Brunswick plus tôt le printemps prochain, afin de hâter le début de la capture du crabe des neiges et d’éviter les interactions entre les crabiers et les baleines noires.

Pour y parvenir, la Garde côtière canadienne, à qui incombe cette responsabilité de déglaçage, recourra au secteur privé. C’est toute une admission de cette division de Transports Canada travaillant de concert avec le ministère fédéral des Pêches et des Océans.

C’est d’abord une admission de faillite vis-à-vis un engagement non tenu depuis deux ans par Pêches et Océans Canada indiquant que tous les efforts seraient mis en œuvre pour déglacer aussi tôt que possible les ports du Nouveau-Brunswick le printemps.

Pourtant, en avril, cette même Garde côtière se félicitait pratiquement de sa «performance», qui consiste à prévenir les inondations et, accessoirement, à déglacer les ports de pêche. 

Cette performance était toutefois caractérisée par deux échecs assez retentissants. D’une part, la pêche au crabe dans le sud du golfe Saint-Laurent n’a débuté que le 3 mai et, d’autre part, le village de Matapédia a été frappé par une bien inutile et évitable inondation, les 20 et 21 avril.

Matapédia est situé à environ 200 kilomètres du principal port de pêche, Shippagan, au Nouveau-Brunswick, que la Garde côtière tentait de déglacer pour permettre aux crabiers de la Péninsule acadienne de partir en mer.  

Il faut comprendre ici que la pêche au crabe, une affaire de gros sous dans le sud du golfe Saint-Laurent, n’y démarre pas tant que les crabiers néo-brunswickois, plus nombreux que les Gaspésiens et les Madelinots à y évoluer, sont prisonniers des glaces.

Cette situation prévaut depuis des décennies, même si les havres gaspésiens et madelinots sont libres de glace trois à quatre semaines avant ceux du Nouveau-Brunswick, et que le quota global de crabe à capturer est divisé en quotas individuels. Une capture débutant plus tôt en Gaspésie et aux Îles ne pénaliserait pas les crabiers acadiens.

Lors des jours précédant cette inondation, la Garde côtière avait établi une «stratégie» qui reste encore un mystère pour tous ceux qui ont tenté de la suivre. Coincée entre deux feux, les doléances légitimes des citoyens de Matapédia voulant éviter une catastrophe comme celle de 1994, et des crabiers anxieux de prendre la mer afin de capturer une grande proportion de leur contingent avant l’arrivée des baleines noires à la mi-mai, la Garde côtière a valsé maladroitement entre ces deux missions, pour les échapper.

Depuis avril, les observateurs de la scène des pêches et les citoyens du village de Matapédia ont ensuite assisté à une lente séance d’effeuillage.

Le député libéral de la circonscription fédérale d’Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia, Rémi Massé, a d’abord encensé la Garde côtière pour ses interventions de fin d’avril, avant d’admettre depuis, lentement, que la Garde côtière était sous-équipée pour remplir ses mandats, une admission clairement exprimée, enfin, en juillet.

Sans doute chauffée par les nombreux crabiers habitant dans sa circonscription, la députée de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier, a constitué l’exception, admettant dès la fin d’avril que la Garde côtière était sous-équipée pour assurer ses responsabilités.

Le milieu maritime avait quant à lui frais à la mémoire le cafouillage de l’automne passé sur le fleuve et dans l’estuaire du Saint-Laurent, où la Garde côtière a omis de ramasser avant l’hiver 26 de ses bouées. Certaines de ces unités n’ont toujours pas été récupérées, 10 mois plus tard.

Cette année, après une année 2018 exempte de mortalités de baleines noires dans le golfe Saint-Laurent, huit de ces mammifères menacés d’extinction y ont été récupérés ou observés à la dérive. Ce n’est pas l’hécatombe des 16 carcasses retrouvées en eaux canadiennes en 2017, mais c’est tout de même trop.

En attendant les résultats des nécropsies pratiquées sur les carcasses en assez bon état pour être examinées en profondeur, les pêcheurs, dont les crabiers, en ont marre de se faire pointer du doigt comme étant les premiers coupables potentiels.

Leur mécontentement est justifié parce que depuis trois ans, les autorités, la Garde côtière de même que Pêches et Océans Canada, faillissent à la tâche de leur permettre un début de capture avant l’arrivée des baleines noires.

Ils ont eux-mêmes suggéré, en 2018 et en 2019, le recours à des navires et bateaux privés pour déglacer les ports du Nouveau-Brunswick. Les autorités n’ont pas bougé, probablement parce qu’un geste en ce sens serait revenu à reconnaître le sous-équipement de la Garde côtière.

Qui paie la facture? Les pêcheurs et les citoyens de Matapédia en premier lieu. Il restera à voir si les politiciens paieront aussi un prix pour l’inertie des dernières années.

Le recours à des unités de déglaçage privées ressemble à une annonce de précampagne. Le gouvernement canadien a été avare de commentaires sur la façon avec laquelle ces unités seront déployées. La campagne imminente constituera une excellente occasion de vérifier s’il s’agit strictement d’un ballon politique ou d’une planification sensée.