Selon le collectif Debout pour l’école!, il y a des avantages à baisser les ratios au préscolaire, au primaire et au premier cycle du secondaire.

Baisser le ratio élèves-enseignant: une question d’équité

Contrairement à ce qui est souvent affirmé au Québec, entre autres par l’actuel ministre de l’Éducation, et comme on a pu le lire dans Le Journal de Québec, la taille des classes a un impact sur les apprentissages, voire sur la réussite scolaire, deux termes à ne pas confondre.

En effet, selon l’étude menée par des chercheurs de Debout pour l’école! (ecole.ca.edu), un consensus se dégage de recherches tant américaines, anglaises et australiennes que françaises.

1- Moins d’élèves par classe favorise les apprentissages scolaires chez les élèves du préscolaire à la moitié du secondaire;

2- Une augmentation du nombre d’élèves par classe nuit non seulement aux résultats immédiats de l’élève, mais également à sa formation à long terme; 

3- Les enfants qui fréquentent de petites classes au début de leur scolarité continuent d’en bénéficier pendant toute leur scolarité; 

4- Les élèves qui ont des difficultés d’apprentissage progressent plus rapidement dans des classes à effectif réduit. La plus grande disponibilité de l’enseignant·e en classe et, par conséquent, sa plus grande attention à chaque élève y sont certainement pour beaucoup. Aussi n’est-il pas étonnant par ailleurs que le gain que procure la réduction des effectifs soit plus grand pour les enfants issus de milieux socioéconomiquement défavorisés ou minoritaires, autre aspect souligné par de nombreuses recherches.

Donc, dans les conditions actuelles, il y a des avantages à baisser les ratios au préscolaire, au primaire et au premier cycle du secondaire. Si cela ne garantissait pas des résultats scolaires plus élevés (d’ailleurs, est-ce la finalité de l’éducation?) pour tous, mais assurait au moins de meilleures chances d’y parvenir. Il en irait de même dans les classes regroupant bon nombre d’élèves en difficulté car, même dans les cas où s’ajoutent des ressources professionnelles, le ratio trop élevé compromet le rattrapage scolaire et la possibilité d’un parcours scolaire positif.

Système à trois vitesses

Quelle leçon peut-on tirer de ces résultats de recherches quand on vise, comme le collectif citoyen Debout pour l’école!, une éducation équitable pour tous? À l’heure actuelle, les classes dites régulières regroupent surtout des élèves faibles ou en difficulté et ce sont celles qui offrent l’environnent le moins propice à des apprentissages réussis, car les élèves plus performants et issus de milieux socioéconomiquement plus favorisés les ont délaissées au profit de l’école privée ou, s’ils sont dans le système public, se sont inscrits à des programmes particuliers (en sport, en arts, en sciences, en informatique, etc.) conçus pour retenir dans les écoles du réseau public des élèves de niveau moyen à très bon. Ce tri scolaire et social engendre un système à trois vitesses : le privé, le public enrichi et le public ordinaire. Cette structuration des parcours scolaires a des répercussions sur l’expérience scolaire des élèves ainsi que sur les conditions d’enseignement et d’apprentissage; des élèves faibles et en difficulté en grand nombre dans les classes ordinaires sont moins tirés vers le haut par des pairs plus performants; des enseignant·e·s sont démunis et démotivés par des groupes faibles ou très faibles; le cursus de base s’appauvrit. Il pourrait en être autrement.

En effet, des études européennes montrent qu’une augmentation de la diversité scolaire dans toutes les classes produit des effets généralement positifs sur la performance moyenne des élèves. Le bénéfice que retirent les élèves moins favorisés d’un accroissement de la mixité scolaire (coexistence dans une même classe d’élèves de profils scolaires différents) semble plus élevé que le désavantage que peuvent subir les élèves plus favorisés, comme le soulignait d’ailleurs le Conseil supérieur de l’éducation dans son rapport de 2016. En outre, en coexistant au sein d’un même espace, les populations en viendraient à mieux se comprendre, car l’hétérogénéité sociale est nettement favorable au vivre ensemble. Alors, pourquoi donc s’entête-t-on à maintenir des ratios élèves/enseignant·e trop élevés, ce qui revient à renforcir la ségrégation scolaire et sociale? On attend la réponse du ministre à cette question...

Marie-Christine Paret, retraitée de l’enseignement et membre de Debout pour l’école!

Stéphanie Demers, professeure à l’UQO, membre de Debout pour l’école!