Depuis qu’elle est entrée en fonction, Danielle McCann s’est livrée à toute une série de rencontres avec différents partenaires du réseau de la santé. Au lieu d’agir du haut vers le bas, la ministre semble favoriser une approche contraire et vouloir laisser davantage de place aux initiatives et aux points de vue locaux.

Ayez l’audace de décloisonner la pratique médicale

Dans son discours inaugural, le premier ministre François Legault a dénoncé l’effet «démoralisant» qu’ont eu sur le personnel du réseau de la santé et des services sociaux les réformes successives, l’instabilité budgétaire, la gestion trop rigide et la lourdeur administrative.

«On doit renverser cette tendance», a-t-il déclaré.

Il reviendra à Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux, de relever cet imposant défi. La tâche est considérable. Les mots du premier ministre supposent en effet un changement d’approche radical dans le réseau par rapport à ce que nous avons connu ces dernières années.

Depuis qu’elle est entrée en fonction, la ministre McCann s’est livrée à toute une série de rencontres avec différents partenaires du réseau. Elle s’est adressée à des regroupements d’usagers, à des ordres professionnels, à des médecins spécialistes, à des représentants syndicaux...

Au lieu d’agir du haut vers le bas, la ministre semble favoriser une approche contraire et vouloir laisser davantage de place aux initiatives et aux points de vue locaux. Pareille attitude laisse entrevoir un changement de gouvernance dont il faut espérer qu’il se poursuivra au moment de la mise en place des priorités gouvernementales.

Il faudra aussi qu’elle s’emploie à rétablir les ponts avec le personnel du réseau de la santé et des services sociaux. Outre les réformes successives et les multiples compressions budgétaires signalées par le premier ministre, l’absence d’écoute systématique a eu des effets dévastateurs sur les effectifs du réseau.

Surcharge de travail, épuisement, détresse psychologique, atteintes à leur autonomie professionnelle sont des phénomènes que nous avons maintes fois dénoncés et auxquels il faut remédier durablement. C’est un véritable non-sens que ceux et celles qui soignent les gens aient besoin à leur tour d’être soignés. 

Leur motivation et leur mobilisation sont indispensables pour garantir et améliorer la qualité des services à la population.

Une des façons d’y parvenir passera notamment par l’interdisciplinarité. Il faudra l’«audace» de décloisonner la pratique médicale et d’ouvrir la porte aux autres professionnels de la santé afin de maximiser l’utilisation de leurs compétences. L’augmentation constante des besoins ne nous laisse pas d’autres choix : il faut mobiliser le potentiel sous-utilisé de l’ensemble des professionnels du réseau.
le financement

On pourrait discourir encore longtemps sur les meilleurs moyens à prendre pour s’assurer d’un réseau plus accessible, plus efficace et davantage décentralisé, comme le propose ce nouveau gouvernement. Un élément demeure toutefois crucial : le financement, car c’est lui qui constitue le véritable nerf de la guerre.

Ce dont le réseau a cruellement besoin en ce moment, c’est qu’on jugule l’hémorragie des dernières années et qu’on y réinvestisse significativement. Nul doute que les Québécoises et les Québécois accueilleraient tout aussi favorablement en santé et services sociaux qu’en éducation cette idée de «bouclier budgétaire» proposée par le premier ministre.

À défaut d’un tel engagement, l’énoncé économique présenté lundi prochain — avec les surplus importants qu’il laisse présager — constituera l’occasion idéale de renverser la tendance, pour paraphraser les propos du premier ministre. Et de mesurer la volonté réelle de son gouvernement en ce domaine.

Carolle Dubé, présidente, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)