Doués ou pas, les enfants présentant un trouble sur le spectre de l’autisme ont de moins en moins de place dans les classes régulières, écrit l'auteure de cette lettre.

Autistes et doués: les enjeux de l’intégration à l’école

Parmi les enfants autistes, il y a ceux qui présentent un potentiel adéquat voire un haut potentiel. C’est ce que les auteurs appellent les doués doublements exceptionnels ou à double étiquette puisqu’il s’agit d’enfants qui présentent un haut potentiel ou une douance, associés à un trouble sur le spectre de l’autisme.

Ceux-là sont rapidement repérés à l’école, mais sont, comble de l’ironie, souvent perçus uniquement à travers leur autisme. Certains d’entre eux risquent parfois de se retrouver dans des classes adaptées, telles que des classes pour difficultés comportementales ou des classes d’autisme. Le haut potentiel est ignoré et négligé au profit du handicap. Les milieux ne semblent retenir que le diagnostic de trouble autistique qui fait ombrage sur tout le potentiel dont disposent ces enfants.

Doués ou pas, les enfants présentant un trouble sur le spectre de l’autisme ont de moins en moins de place dans les classes régulières. Certains ont des besoins particuliers en termes affectifs, sociaux, d’adaptation et de stimulation qui rendent leur intégration problématique. Et ce n’est pas la faute aux enseignantes. Ces dernières ne peuvent faire face à la charge que représente une classe en plus d’apporter le soutien nécessaire aux enfants ayant des besoins si particuliers.

La quasi-absence de services psychologiques dans les écoles ne fait que rendre le milieu plus démuni encore. Le travail de compréhension et d’accompagnement auprès de ces enfants «si particuliers» et si fragiles, mais dont le potentiel est tout simplement enivrant est sacrifié.

Plus les services de psychologie sont évacués des écoles, plus ces enfants se trouvent marginalisés. Ils font donc les frais, comme ceux qui sont en difficulté d’apprentissage, d’un système qui a la flemme. À se demander si le système au Québec n’a d’yeux de plus en plus que pour des enfants qui réussissent par eux-mêmes?

Depuis des années, un processus de «sevrage» des parents est mis en marche pour les préparer à se tourner vers le privé pour les services psychologiques. Certaines directions d’école se trouvent dans l’obligation d’en faire la demande directement aux parents. Les rares fois où le service est présent, les gestionnaires dans le milieu de l’éducation trouvent que ce n’est pas du ressort de l’école de prendre en charge les enjeux affectifs et d’adaptation de ces enfants. Les possibilités qu’ils demeurent dans les classes régulières se trouvent compromises.

Or, expérience à l’appui, le secteur privé ne peut répondre à ce mandat. Ceci n’a aucun lien avec le niveau de compétence. Il s’agit de ce que le cadre peut favoriser ou non en termes de processus psychothérapeutique. La notion de setting prend tout son sens. On ne peut travailler sur l’adaptation d’un enfant dans un autre milieu que celui dans lequel s’exprime cette désadaptation.

Dre Salha Saida, Ph.D, Psychologue