Nicole Martin en spectacle à la salle Albert-Rousseau le 5 mars 2014.

Au revoir ma belle Nicole

POINT DE VUE / J'avais 11 ou 12 ans quand je suis tombé en amour pour la première fois. Avec la belle Nicole Martin.

Par un soir de printemps du début des années 70, mon ami Michel et moi avions décidé d'abandonner le match des Expos retransmis à la télé à la suggestion d'un voisin pour nous joindre à l'énorme foule qui avait déjà envahi la 9e Rue, à Limoilou, pour nous rendre à un balconville présenté par la station de radio CJRP, si je me souviens bien, et qui mettait en vedette une poignée de chanteurs et chanteuses alors en tête du palmarès québécois.

Refoulé dans la ruelle qui faisait le lien entre la 9e et la 10e Rue, je commençais déjà à regretter ma décision d'avoir abandonné les Expos après avoir entendu quelques chansons interprétées par des artistes que je connaissais à peine, contrairement aux joueurs de baseball, dont je collectionnais déjà les cartes.

Au moment où je m'apprêtais à quitter, l'animateur, dont j'ai oublié le nom, invitait Nicole Martin, une fille originaire de Québec avait-il pris soin de préciser, à chanter son plus récent succès sur le balcon situé au deuxième étage de la maison qui en comptait trois. 

Wow! Un véritable coup de foudre. Que cette jeune chanteuse était jolie et mignonne comme tout. Elle avait une très belle voix. Et les jeans qu'elle portait ce soir-là lui allaient à merveille!

Dès le lendemain, je me rendais au magasin Kresge situé dans le Mail Saint-Roch pour m'acheter un de mes premiers 45 tours («On est faits pour vivre ensemble») que la belle Nicole chantait à l'époque avec un certain Jimmy Bond. Au fil des ans, ma collection de 45 tours et de microsillons de ma chanteuse favorite augmentait sans cesse jusqu'à ce que Nicole ne décide d'elle-même de s'éclipser pendant une trop longue période.

Il aura fallu un party soulignant les 40 ans de l'humoriste Patrick Huard pour que Nicole remonte enfin sur scène à la grande joie de son public. Un retour qui a ensuite pris la forme d'une mini-tournée qui l'a amenée à se produire à la salle Albert-Rousseau le 5 mars 2014. Enfin, j'allais la voir et l'entendre en personne. Apres trois chansons, j'étais envahi par les émotions en réalisant que je me souvenais des paroles de toutes ses chansons et que sa voix était toujours aussi impressionnante. Une soirée magique!

Trois jours plus tard, je prenais la direction de Drummondville pour assister au spectacle suivant armé d'un appareil-photo et de la pochette d'un de ses nombreux albums, question de profiter pleinement des quelques précieuses minutes que j'espérais avoir l'occasion de passer en sa compagnie après le spectacle quand elle allait à la rencontre de son public. Mon souhait s'est alors transformé en réalité et c'est même son conjoint, Lee Abbott, qui a pris la photo de Nicole et moi. Le déplacement en avait valu la peine même, croyez-moi, même si certains de mes amis s'étaient alors joyeusement payés ma tête!

Alors que j'espérais l'annonce à court terme d'une dernière tournée de sa part, Nicole est décédée, sans faire de bruit le mois dernier, à 69 ans seulement. Même si elle nous a chanté à maintes reprises «Laisse-moi partir», une magnifique chanson composée spécialement pour elle par Pierre Létourneau, je suis convaincu que tous les fans de Nicole Martin pensent aujourd'hui la même chose après avoir appris avec stupéfaction la nouvelle de son départ, samedi.

Avec ton immense talent, ma belle, douce, élégante et raffinée, Nicole, tu nous a quittés beaucoup trop tôt...