Le gouvernement pourrait perdre des alliés pour protéger la baleine noire : les pêcheurs.

Au gouvernement fédéral de performer

Le gouvernement fédéral risque d’avoir besoin d’une solide aide de la nature pour garder le respect des pêcheurs commerciaux du Québec et des Maritimes à l’issue d’une prochaine saison qui pourrait encore être perturbée significativement par les mesures de protection de la baleine noire.

Le 7 février, les ministres fédéraux Jonathan Wilkinson, des Pêches et des Océans, et Marc Garneau, des Transports, ont tenté de démontrer une grande flexibilité à l’endroit des pêcheurs commerciaux du golfe Saint-Laurent en réduisant de 63 % la taille d’une zone de protection du mammifère menacé d’extinction.

Ils ont aussi instauré un troisième corridor de navigation dans lequel il est possible de circuler à une vitesse supérieure à 10 nœuds pour les navires de plus de 20 mètres.

Par zone de protection, on entend une zone de fermeture inconditionnelle, ou «zone statique». Si cette réduction de 63 % semble généreuse, elle est accompagnée de tellement de contraintes qu’il est permis de douter de la «générosité» d’Ottawa.

D’une part, la fermeture de la zone de 2400 kilomètres carrés entrera en vigueur le 28 avril, comme l’an passé, que des baleines noires soient rendues dans cette portion de golfe Saint-Laurent ou non. C’est particulier comme décret, d’autant plus que les instruments pour détecter la présence des mammifères existent.

D’autre part, comme l’an passé, l’observation d’une seule baleine noire à l’extérieur du quadrilatère protégé se traduira par la fermeture pendant 15 jours d’un quadrilatère supplémentaire qui pourrait être presque aussi étendu que 2400 kilomètres carrés, que la baleine y reste ou pas!

On n’ose imaginer l’étendue de cette surface de fermeture s’il fallait que deux ou trois des 411 baleines noires vivant le long des côtes atlantiques canadiennes et américaines se mettent à marauder, sans suivre leurs congénères dans les secteurs d’alimentation.

À cette rigidité de fermeture du 28 avril s’ajoutent les lacunes d’équipements de la Garde côtière.

En mars 2018, l’ex-ministre des Pêches et des Océans, Dominic LeBlanc s’était engagé à tout mettre en œuvre pour que les crabiers évoluant dans le sud du golfe puissent sortir en mer avant le 28 avril, afin de bénéficier de la zone statique avant sa fermeture.

Cet engagement a été compliqué par un printemps froid et par le manque flagrant d’équipement visant à assurer le déglaçage des ports de la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick. Cette situation découle du fait que Pêches et Océans Canada refuse d’ouvrir la capture aux Gaspésiens et aux Madelinots pour la pêche au crabe tant que les havres néo-brunswickois sont encombrés de glaces.

Si le printemps est froid cette année et si les deux aéroglisseurs de la Garde côtière couvrant le Québec et le Nouveau-Brunswick sont débordés par les rivières sur le point de débâcler, les pêcheurs passeront en dernier.

Pêches et Océans Canada se défend en disant que les crabiers ont pêché la quasi-totalité de leur quota en 2018. Soit, mais ils l’ont fait dans des conditions instables; nombre de crabiers ont dû recourir à des collègues pour capturer leur contingent individuel. Ils ont perdu au change.

Pour les homardiers gaspésiens, le contexte actuel est mieux aligné que celui de 2018. Au lieu de fermer des quadrilatères à coup de 540 milles marins de surface sans égard aux secteurs côtiers peu profonds, où les baleines noires sont invisibles, le ministère détermine un plan de retranchement graduel. Ainsi, l’apparition d’une baleine à proximité des côtes n’entraînera qu’un rétrécissement de la zone de capture, en fonction de la profondeur.

Pêches et Océans Canada a donc laissé un peu de place aux suggestions des homardiers, contrairement à 2018, où la fermeture à tout dialogue avait caractérisé l’attitude de Dominic LeBlanc. Le ministre cherchait alors à répondre aux pressions des Américains, secoués par la mort de 12 baleines noires en eaux canadiennes en 2017.

L’an passé, les pêcheurs ont payé pour la négligence d’Ottawa, qui n’avait pas cru urgent d’instituer sa stratégie de protection des baleines noires.

Nous nous sommes donc retrouvés avec un programme hybride, en partie imposé par les Américains et en partie concocté par un gouvernement canadien tentant maladroitement de «laver plus blanc» que ses voisins. Les mesures canadiennes sont donc souvent plus sévères. Aux États-Unis, on ferme la pêche quand on voit trois baleines, par une seule, comme ici!

Tout le monde veut protéger les baleines noires. L’État canadien tâtonne malheureusement encore pour garder la confiance de ceux qui pourraient être parmi ses meilleurs alliés dans cette démarche, les pêcheurs.