Le dossier sur l’église baptiste de Beaupré écrit par Isabelle Mathieu et Mylène Moisan a ramené l'auteur de cette lettre d'opinion plusieurs années en arrière.

Au-delà de la correction physique «par amour»

En réaction au dossier sur l’église baptiste de Beaupré par Isabelle Mathieu et Mylène Moisan

J’ai lu votre dossier sur l’église baptiste fondamentaliste de la Côte-de-Beaupré avec grand intérêt.

J’ai grandi au sein d’une église évangéliste de la Mauricie qui est encore en activité aujourd’hui. Un peu comme mentionnée dans votre dossier, la correction physique «avec amour» est la méthode d’éducation encouragée.

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Toutefois, je remarque que le dossier porte principalement sur la correction physique alors qu’à mon humble avis, ce n’est rien à comparé à la peur de la fin du monde inculquée aux enfants dès leur tout jeune âge.

Lorsque j’étais en première année du primaire, ma mère me disait constamment que je n’aurais probablement pas le temps de terminer mon année scolaire, parce que l’enlèvement était imminent. 

Idem pour la 2e année, pour la 3e année, et ce jusqu’à la fin de mon secondaire.

Alors que je n’étais pas censé me rendre à l’âge adulte, je me suis retrouvé au cégep en ayant aucun plan pour l’avenir que je croyais inexistant. Bref, cette situation a été vécue par des dizaines d’enfants de ma génération. Des enfants qui pour beaucoup, sont devenus des adultes tourmentés sans aucun espoir pour l’avenir.

Des gens de l’église se réunissaient régulièrement pour tenter de deviner la date de la fin du monde à travers les écrits bibliques. Ils étaient alimentés dans leur obsession de la fin du monde par les paroles d’un prophète américain qui a prêché la bonne parole dans les années 50.

Je me suis souvent considéré chanceux de ne pas être une fille lorsque j’étais plus jeune. Parce que pour les filles, tout était pire. Elles n’ont pas le droit de porter des vêtements d’homme. Ce qui veut dire qu’en tout temps, elles doivent porter des robes/jupes. Elles n’ont pas le droit de porter du maquillage ou des boucles d’oreilles. Et je le répète, ceci en tout temps...

Je dis qu’elles n’ont pas le droit. Eux disent que c’est un choix personnel. Mais la pression de la communauté est tellement forte que je n’ai jamais vu une fille de l’église porter des pantalons ou du maquillage. 

Petite parenthèse, mon expérience à travers cette église et la pression de la communauté que j’ai pu observer m’amène à ne pas croire une femme musulmane qui dit porter le voile par choix. Mais bon, fin de la parenthèse. 

Cette église est encore aujourd’hui fréquentée par au moins 200 à 300 personnes de la Mauricie. J’ai quitté l’église depuis une vingtaine d’années. Je ne peux donc prétendre tout savoir ce qu’il s’y passe aujourd’hui. Par contre, mon petit frère et mes parents la fréquentent encore et si je me fie à leurs propos, les choses ne semblent pas avoir évolué grandement depuis mon époque...

Après plus de 20 ans de cheminement, je ne crains plus l’enfer et la fin du monde comme avant. Mais il m’arrive encore parfois de penser à des événements de l’actualité en fonction des «signes de la fin des temps» que j’ai entendus tout au long de ma jeunesse.

Voilà, en lisant votre dossier, ça m’a ramené plusieurs années en arrière et j’avais envie de vous partager mon humble expérience.

Peut-être cela apportera-t-il un éclairage supplémentaire.

Merci de votre attention.