La révolution numérique se répercute en profondeur sur tout le secteur de l'emploi et de la formation. Son accélération se fait de plus en plus rapide.

Assurer l'actualisation des formations techniques

Lettre ouverte à Bernard Tremblay, pdg de la Fédération des cégeps du Québec
La quatrième révolution industrielle, et les technologies numériques qui l'accompagnent, nous projette en avant à une vitesse telle qu'il est maintenant impossible d'en suivre, voire d'en prédire les développements. 
Cette révolution numérique engendre une toute nouvelle économie. Elle se répercute en profondeur sur tout le secteur de l'emploi et de la formation. Son accélération se fait de plus en plus rapide. Nous n'avons pas encore les mécanismes qui nous permettent de demeurer dans la course en ce qui a trait à la formation.  
Nos gouvernements comprennent bien ce virage et y investissent massivement. Ils considèrent, à juste titre, que les soutiens financiers aux entreprises innovantes sont une nécessité pour faire face à cette révolution numérique et ainsi améliorer leur productivité et leur compétitivité. Depuis janvier, des milliards de dollars ont été annoncés par la ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation (goo.gl/yXNSYs).  
La formation serait-elle laissée pour compte?
Les efforts gouvernementaux actuels visent essentiellement les industries pour concrétiser les capacités du 4.0. Les investissements pour rendre nos formations qualifiantes actuelles alignées sur les technologies de pointe se font encore attendre. Nos diplômés sont-ils préparés à travailler sur un site minier automatisé où les opérateurs sont à distance? Les mécaniciens formés dans les cégeps peuvent-ils gérer et réparer des outils connectés? Les robots, les algorithmes et leur traitement par l'intelligence artificielle peuvent-ils être supervisés et entretenus par nos diplômés dans l'entreprise manufacturière? On parle de 50 milliards d'objets connectés d'ici 10 ans. Quels sont les nouveaux métiers qui leur seront reliés, comment préparons-nous la prochaine génération à occuper des emplois qui n'existent pas encore?
Jorge Lopez, v.-p. chez Gartner, en réponse à une question sur la formation des travailleurs dans les entreprises qui modernisaient leurs équipements, précisait que les entreprises visent une formation «juste à temps», «juste pour elles». Au Québec, cela se traduit par une offre accrue de formation continue menant aux attestations d'études collégiales (AEC). Mais, offre-t-on les outils nécessaires aux cégeps pour assurer leur pertinence en formation initiale? Au rythme où se déploient les formations imposées par les industries, le diplôme d'études collégiales (DEC) risque de devenir la partie congrue en formation technique (FT). Aujourd'hui encore, il peut prendre de trois à huit ans avant de livrer un nouveau programme en FT. Dans le contexte de la révolution industrielle, ces processus ne tiennent plus.
Il y va de la santé de notre économie.
De nouveaux mécanismes d'actualisation des programmes doivent être testés. Le ministère devrait décider d'en décentraliser une large partie en offrant aux milieux les moyens pour développer leurs capacités. Il faut plus d'agilité, de créativité et d'innovation. L'innovation tant célébrée pour l'industrie devrait avoir son équivalent en éducation. Il y va même de la survie des cégeps en FT et de leur pérennité en régions. 
Un appel à la mobilisation des troupes
Les directions des cégeps doivent regrouper leurs forces. L'avenir de notre société en dépend. Elles doivent se mobiliser afin de donner un coup de barre en formation. Les compétences anticipées doivent être identifiées. Divers chantiers pourraient être mis en place et regrouper les forces vives. Les centres collégiaux de transferts de technologies pourraient collaborer à la définition des nouvelles compétences des programmes de formation. La Fédération pourrait coordonner ces activités par des comités de travail multidisciplinaires y associant les syndicats. 
Il faut un réinvestissement massif en appui au virage pour la modernisation de la formation technique. 
Nous sentons une volonté ferme des ministères concernés à travailler en collaboration pour donner un vrai coup de barre en FT. Les grandes entreprises doivent considérer qu'il est de leur devoir social d'investir dans les équipements de pointe dans les établissements.
À l'aube des 50 ans des cégeps, il devient nécessaire d'accentuer la complémentarité plutôt que la concurrence. Il y va de votre devenir collectif. Les liens doivent être renforcés avec les universités, les centres de formation professionnelle et les entreprises. Et travailler en complémentarité pour le développement des régions. 
Les directions des cégeps doivent se positionner comme visionnaires sur l'avenir du travail dans notre société. L'avènement de la nouvelle économie du savoir exige une société centrée sur la progression du savoir et de l'innovation. Chaque établissement du réseau doit amener la force de réflexion et de travail qui entoure naturellement les cégeps à apporter leur contribution pour préparer les jeunes à affronter la révolution numérique qui force les murs.
La collaboration et la flexibilité, où syndicats/patrons/entreprises travaillent de concert, sont incontournables pour instaurer ce nouveau modèle de conception et de mise en oeuvre des programmes de formation.
Vincent Tanguay, ex-v.-p. Innovation et Transfert au CEFRIO et président du Conseil de la TÉLUQ
Ont lu et appuient cet article : Denis Hardy, pdg, CRIQ, Robert Marquis, pdg, INMQ et Jean-Yves Roy, pdg sortant, INO