«C’est le temps où jamais pour la Ville d’adopter des politiques concrètes pour mieux protéger ses citoyens et citoyennes locataires», écrivent les auteurs de cette lettre d'opinion.

Arrivée du tramway et développement immobilier

POINT DE VUE / Alors que le taux d’inoccupation des logements locatifs à Québec a diminué de façon importante dans la dernière année, et qu’il est passé sous le seuil dit d’équilibre de 3 % dans les quartiers centraux de la Haute-ville et de la Basse-ville, c’est le temps où jamais pour la Ville d’adopter des politiques concrètes pour mieux protéger ses citoyens et citoyennes locataires, qui représentent près de la moitié de la population (46,6 %).

Non seulement ceux et celles-ci sont affectés par Airbnb qui gruge le parc de logements locatifs encore abordable et la cherté des loyers, mais les développements actuels et à venir menacent de chasser les plus vulnérables de leurs milieux de vie.

Résultat des années de pénurie dans la décennie 2000, Québec est aujourd’hui la région métropolitaine où le loyer moyen est le plus cher au Québec, suivie de près par Montréal et Gatineau. Même si la situation économique, favorable pour plusieurs, a contribué à faire diminuer le nombre de ménages locataires en difficulté, plus du tiers des locataires de la ville consacrent aujourd’hui plus de la norme de 30 % de leur revenu pour se loger. 14 895 sont dans la situation difficile où ils et elles doivent y consacrer 50 %, voire 80 % pour 6705 d’entre eux et elles, ce qui se fait évidemment au détriment d’autres besoins essentiels comme la nourriture, le transport, les médicaments, l’hydroélectricité.

Alors que les logements qui correspondent à leur capacité de payer sont déjà rares, les locataires de certains quartiers, notamment le Vieux-Québec, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Sauveur et, dans une moindre mesure, Saint-Roch et Limoilou, font actuellement face aux conséquences désastreuses de la croissance rapide de l’hébergement touristique en ligne de type Airbnb. Quelques projets de logements sociaux voient le jour, mais leur nombre est carrément insuffisant, ce qui laisse des centaines de locataires sans alternatives à un marché privé trop cher.

Pour que la ville soit réellement inclusive

Si on veut éviter que les développements en cours ne soient des vecteurs de spéculation, notamment le tramway projeté qui accélérera la gentrification des quartiers qu’il traversera, il faut dès maintenant prévoir des mesures fortes pour protéger les locataires à faibles et modestes revenus.

Il faut également cesser de penser que la densification préconisée actuellement contribue au développement durable, car un développement urbain qui entraîne l’appauvrissement ou l’exclusion des personnes moins nanties n’est pas durable. Or, en l’absence d’un règlement obligatoire d’inclusion de logements sociaux, c’est exactement ce que font les projets actuels, comme le Phare et les tours de condos construites dans les dernières années à Sainte-Foy.

Depuis plusieurs années, nous demandons à la Ville d’adopter des mesures structurantes pour assurer une ville qui soit inclusive et abordable. Certaines de celles-ci ont maintenant été mises en branle ou sont sur le point de l’être par Montréal : création d’une réserve de terrains dédiés au logement social, règlement obligatoire d’inclusion pour les projets privés de développement. Ces deux mesures permettraient d’assurer la réalisation de logements coopératifs et sans but lucratif répondant à une diversité de besoin et de freiner la gentrification en assurant aux locataires à modeste revenu la possibilité de demeurer dans leurs quartiers.

La rareté des terrains situés à proximité de services est une préoccupation récurrente pour les groupes qui tentent de développer des projets de logements sociaux. C’est pourquoi il est indispensable que la Ville utilise les terrains qui nous appartiennent collectivement et qui sont destinés au développement résidentiel, exclusivement à des fins de développement de logement social plutôt que les vendre à des promoteurs privés. De tels sites se faisant rares, la Ville doit également acheter des terrains et des bâtiments, comme le fait actuellement Montréal, avant que leur coût ne grimpe en flèche et les rendent inabordables pour les projets de logements sociaux. Ces derniers pourraient être mis en réserve pour un développement ultérieur de logements sociaux, au fur et à mesure que les investissements des gouvernements supérieurs le permettront. Cela est absolument nécessaire pour contrer la spéculation entraînée notamment par l’arrivée du projet de tramway.

Pour sa part, l’inclusion de logements sociaux dans les nouveaux développements privés ne peut se réaliser si on compte uniquement sur la bonne volonté des promoteurs immobiliers. L’explosion de la valeur foncière et la frénésie immobilière rendent très difficile la construction de logements sociaux. Pour faire bref, les rares terrains disponibles coûtent trop cher et il se trouve presque toujours un promoteur privé pour offrir plus. La Ville doit se doter d’une politique claire en ce qui concerne le développement immobilier sur son territoire : tous les projets privés devraient inclure obligatoirement un pourcentage significatif de logements sociaux ou, à défaut, contribuer à un fonds dédié au développement de tels logements aux alentours.

D’autres avenues doivent être adoptées par la Ville pour permettre le respect du droit au logement à Québec. Par exemple, nous pourrions nous inspirer du projet-pilote d’achat de logements locatifs pour les transformer en logements sociaux instauré à Montréal. Nous pourrions aussi mieux protéger le parc de logements locatifs en interdisant la transformation de logements locatifs en copropriétés, divises ou indivises, et en donnant plus de dents à la réglementation en matière de salubrité pour obliger les propriétaires à maintenir leurs logements en bon état. Un tel règlement pourrait aussi permettre à la Ville de saisir des immeubles mal entretenus ou laissés à l’abandon par leurs propriétaires négligents et récidivistes. Ces immeubles devraient pouvoir être transformés par la suite en coopératives ou en organismes à but non-lucratif (OBNL) d’habitation.

Bref, ce ne sont pas les mesures concrètes qui manquent pour améliorer les conditions de logement des locataires de Québec qui n’ont pas les moyens d’accéder à la propriété. Si on veut éviter que l’innovation chère à l’administration Labeaume n’entraîne l’isolement et l’affaiblissement du tissu social de plusieurs quartiers, il faut nous assurer de tenir compte des conséquences négatives des développements sur la population et d’avoir en main les politiques nécessaires pour les contrer.

Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU 

Marie-Ève Duchesne, Comité populaire Saint-Jean-Baptiste,

Dominique Sacy, Comité des citoyennes et citoyens du quartier Saint-Sauveur

Cheryl Ann Dagenais, Comité logement d’aide aux locataires du secteur Ouest

Point de vue

Des négos de bonne foi, SVP!

POINT DE VUE / Dans une récente sortie pour le moins inhabituelle, sinon carrément mal venue alors que les négociations avec le secteur public ne sont même pas officiellement entamées, le premier ministre François Legault a pris à partie les syndicats, leur prêtant l’intention de vouloir faire main basse sur les surplus dans leurs propres intérêts et au détriment de l’ensemble des Québécois·es. Son intention à lui? Utiliser les surplus pour réaliser les promesses électorales de la CAQ.

De tels propos nous poussent à réagir vigoureusement. Nos deux organisations ont décidé de former une alliance en vue de ces négociations, qui commenceront d’ici quelques semaines. Nous serons d’emblée très claires. Quoi qu’en dise M. Legault, l’APTS et la FIQ ne représentent pas leurs propres intérêts dans ces négociations, mais celui de 131 000 professionnel·le·s en soins ainsi que professionnel·le·s et technicien·ne·s qui travaillent dans le réseau de la santé et des services sociaux.

Ces 131 000 Québécois·es — dont près de 90 % sont des femmes — portent le réseau à bout de bras depuis des années pour offrir des soins et des services de qualité à l’ensemble de leurs concitoyen·ne·s. Des soins et des services que la population apprécie; une population qui sait reconnaître la valeur et le mérite de leur travail. D’ailleurs, si le réseau s’attire encore autant de confiance, c’est en grande partie à elles et à eux qu’on le doit.

Ces 131 000 travailleur·euse·s ont payé très cher — de leur niveau de vie, de leurs conditions de travail et même de leur santé — les mesures d’austérité que les gouvernements successifs leur ont enfoncées dans la gorge ces dernières années. L’austérité, c’est sur leur dos qu’elle s’est faite : compressions budgétaires, surcharge de travail, temps supplémentaire obligatoire, pénurie de personnel, etc. Le thème qu’ils et elles ont choisi pour ces négociations est d’ailleurs évocateur à cet égard : «Travailler à se rendre malade, c’est terminé!»

Ce que nous réclamons aujourd’hui en leur nom, c’est une juste reconnaissance du rôle essentiel qu’ils et elles jouent dans le réseau. Et cette lutte que nous menons pour l’obtention de meilleures conditions salariales et de travail vise également à s’assurer de fournir à nos membres les moyens nécessaires pour offrir des soins de qualité, sécuritaires et accessibles, à la population.

Faut-il rappeler que le premier ministre reconnaissait dans son discours du trône, l’automne dernier, que les employé·e·s du réseau avaient été «durement éprouvé·e·s» et que son nouveau gouvernement comptait avancer avec eux·elles «un pas à la fois, main dans la main» pour «améliorer concrètement la situation». Avec sa récente sortie, on en est loin. On est surtout loin d’une dynamique de négociation constructive.

Ce que nos gens souhaitent, ce n’est pas le beurre et l’argent du beurre. Ils demandent à négocier en bonne et due forme, comme le prévoient les règles et les pratiques d’usage. Ils demandent que l’exercice se fasse sous le signe de la bonne foi et non sous la forme d’un itinéraire tracé d’avance et dont la destination est déjà fixée : «Chers passagers, serrez-vous la ceinture, l’atterrissage se fera au même endroit : l’austérité».

On invite donc le premier ministre à une plus grande retenue et à ne pas court-circuiter le jeu de la négociation. Par respect pour les Québécois·es qui travaillent dans le réseau et qui veulent non seulement améliorer leur sort, mais aussi contribuer à un meilleur système de santé et de services sociaux.

Point de vue

Un mode de scrutin proportionnel pour ligoter le gouvernement

POINT DE VUE / De façon bien irréfléchie, le gouvernement Legault a ouvert la porte à une réforme de notre mode de scrutin. Il a financé le Mouvement Démocratie Nouvelle à hauteur de 250 000 $ pour mousser son option et doit présenter sous peu un projet de loi portant sur une proportionnelle mixte avec compensation régionale.

Un système proportionnel produit des gouvernements fragiles qui doivent former des coalitions avec les autres partis pour se maintenir au pouvoir. Menottés, donc, quand vient le temps de faire des réformes.

Il implique la création de deux classes de députés. Les traditionnels (environ 80) élus dans leur comté et des «de liste» (environ 45) désignés par les partis politiques qui pourront y placer leurs candidats qui seraient élus de façon indirecte.

Le vote proportionnel affaiblirait le seul parlement de langue française en Amérique (Cf le livre de Christian Dufour).

Claudette Carbonneau, ex-présidente de la CSN, milite activement pour modifier notre façon de voter. Dans un texte d’opinion publié par La Presse, elle apporte un argument qui me fait frémir. Somme toute, argumente-t-elle, la proportionnelle aurait permis de bloquer la réduction des dépenses de l’État de Lucien Bouchard (1995-1998) et celle de Philippe Couillard (2014 et suivantes).

Le système actuel, a-t-elle écrit, «autorise, comme on l’a vu sous le gouvernement Couillard, de saccager nos réseaux de santé et d’éducation à partir d’une majorité artificielle, déconnectée du vote populaire». Artificielle... pardon. Les Libéraux et la Coalition avenir Québec ont récolté près de 65 % du vote lors de cette élection et avaient des programmes similaires. Claudette Carbonneau préfère additionner le vote du PQ et de QS (38 %) pour démontrer son point.

On comprend donc que le but de la proportionnelle serait de permettre à des lobbies, connectés sur des tiers-partis, de perpétuer un douillet statu quo en ligotant tout gouvernement.

Il est plutôt ironique que le MDM rejette l’idée de soumettre le mode de scrutin proportionnel à un référendum sous prétexte que ce serait «anti-démocratique»? Ils proposent plutôt de consulter le peuple... après l’avoir mis en place? C’est le principe de la cage à homards. Le sujet est trop complexe, arguent-ils, pour laisser les électeurs décider.

Notre mode de scrutin de type britannique a bien servi le Québec et produit des gouvernements stables capables de réaliser leurs engagements. Il suffirait de rajouter une question sur le mode de scrutin sur le bulletin de vote lors des prochaines élections générales pour refermer cette porte que d’autres provinces et le Canada ont refermée.

Point de vue

Un ministre dans la rue?

POINT DE VUE / Les manifestations de cette semaine font suite à l’appel international «Earth Strike» à manifester partout sur la Terre «pour le climat». C’est un appel à toute la population à dire à leurs élu.e.s, à leurs gouvernements, qu’ils n’en font pas assez «pour le climat», qu’ils sont très loin de l’urgence d’agir par rapport aux crises climatiques qui nous affectent déjà et qui vont augmenter en nombre et en intensité.

Cet appel répond aussi au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui demandait à la société civile d’exiger des comptes de ses élu.e.s parce que, disait-il, plus la situation climatique s’aggrave, plus les politicien.ne.s semblent reculer sur le terrain.

Dans ce contexte, comment le ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Québec, M Charette, un élu, explique-t-il sa volonté de marcher avec les manifestant.e.s.? Réclame-t-il des comptes à lui-même et à son propre gouvernement?

Si le ministre veut répondre présent à l’appel international,

• qu’il déclare solennellement l’état d’urgence climatique;

• qu’il soumette le projet Gazoduc / GNL, et tous les projets industriels, à une évaluation climatique rigoureuse reposant sur des bases scientifiques, incluant le calcul des GES en amont et en aval des projets, et l’impact de ces projets sur la crise climatique comme critère premier de décision; et

• que son gouvernement mette en place les mesures de transition urgente que l’état d’urgence nécessite, comme le prescrivent les Chantiers de la DUC, les C-DUC.

Nous comprenons la réaction du collectif «La Planète s’invite au parlement» : on ne veut pas que le ministre prenne des bains de foule et marche, on veut que lui et son gouvernement se mettent en marche par rapport à l’urgence climatique.

Jacques Benoit, Michel Jetté, Louise Sabourin, Normand Beaudet

Ainsi que toute l’équipe de GMob / Déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique — DUC

Point de vue

Pourquoi nous serons en grève le 27 septembre

POINT DE VUE / Les impacts de la crise climatique et environnementale sur la santé publique commencent à être bien documentés: augmentation des maladies pulmonaires, de celles transmissibles par les insectes et tiques, de la mortalité due à la pollution et à la hausse des événements météorologiques extrêmes (ouragans, canicules et feux de forêt, pour ne nommer que ceux-ci), etc.

Mais plus encore: ici comme ailleurs, les personnes les plus vulnérables sur les plans économiques et de la santé sont, et de loin, les premières victimes. La canicule de 2018, qui a causé plus d’une centaine de décès au Québec, en est une douloureuse illustration. Selon le bilan fait par la Direction de la santé publique de Montréal, les victimes furent des personnes âgées de 65 ans et plus (au deux tiers), vivant seules; aux prises avec une maladie chronique (66% des victimes); des personnes vivant avec un trouble de santé mentale (notamment de schizophrénie: 18% des victimes); ou encore avec des problèmes liés à la consommation d’alcool et de drogues. Et la grande majorité résidait dans des milieux défavorisés, où l’on trouve l’essentiel des îlots de chaleur en zone urbaine. Il en fut de même pour les victimes dans les autres villes du Québec, telles Sherbrooke et Trois-Rivières. Rappelons que le même constat avait été fait lors de la canicule de l’été 2010, qui occasionna près de 300 décès et 3400 admissions aux urgences au Québec !

Essentiellement donc, on parle de personnes vulnérables, sans soutien ni aide suffisante, en bonne partie en raison de la dégradation du système public de santé et services sociaux. Les coupures drastiques dans les budgets et les désorganisations du réseau, par les réformes ayant accompagné les plans d’austérité, ont accru l’isolement et la vulnérabilité de nombreuses personnes et les ont privés de soins et de soutien. Les choix budgétaires ont ainsi accru la sévérité des impacts de la crise climatique. Et les impacts disproportionnés sur certains groupes, comme les femmes, ne sont pas à oublier. Entre autres, car elles sont majoritaires comme travailleuses du réseau de la santé et des services sociaux, et comme proche aidantes.

Ces dégâts, les groupes communautaires autonomes en santé et services sociaux les constatent tous les jours, et dans toutes les régions du Québec. Véritable laboratoire de participation citoyenne où se développe les approches d’intervention les plus innovantes, les groupes communautaires en santé et services sociaux travaillent avec et viennent en aide aux personnes malades et vulnérables. Ils ne peuvent rester inactifs devant les défis que posent les bouleversements climatiques et environnementaux.

C’est cependant la responsabilité du gouvernement d’agir pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, et réinvestir massivement dans les soins de santé et programmes sociaux accessibles, publics, universels, gratuits et adaptés aux bouleversements climatiques et environnementaux et soutenir financièrement les groupes communautaires. Dans un contexte de surplus budgétaires faramineux, l’État peut et doit agir vigoureusement.

C’est pour transmettre ces messages que l’équipe de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles, appuyée par son conseil d’administration, sera en grève et participera aux manifestations le 27 septembre prochain! La Table invite ses 44 regroupements membres, et les 3000 groupes communautaires qu’ils rassemblent, à faire de même en se joignant à cette action historique.

Point de vue

Ce patrimoine qui dérange

POINT DE VUE / Lettre à Régis Labeaume, maire de Québec

La vague de démolitions de bâtiments historiques qui sévit au Québec depuis plus d’un an commande, d’urgence, une véritable prise de conscience de la part de nos élus, tant locaux que nationaux. On a fait grand cas du permis de démolition de la maison ancestrale des Pasquier du secteur Neuchâtel, émis dans la plus parfaite candeur administrative par les officiers du Service d’urbanisme de la Ville de Québec. Encore une fois, un bâtiment du Régime français va disparaitre. Pour le ministère de la Culture et l’administration de la Ville, cette maison du début des années 1700 était donc sans grande valeur. Donc bye, adieu la cabane, place aux condos-cubes.

Le peuple québécois est né à la campagne. Ici, pas de résidences princières ou de châteaux médiévaux. Pour une bonne part, notre patrimoine d’immeubles historiques c’est celui des défricheurs, des «ouvreurs de pays», construits avec les moyens du bord, en corvée familiale ou de voisinage, en l’absence de toute exploitation d’autrui. Il est par nature rural et très souvent d’allure plutôt modeste. Le patrimoine du peuple, celui dans lequel se reconnaissent les gens, celui qui loge dans leur cœur. Parce qu’il n’intéresse pas suffisamment les «spécialistes» du ministère de la Culture et du Service d’urbanisme, allons-nous l’offrir en pâture aux spéculateurs immobiliers ? Pour ne pas déranger, faudra-t-il désormais se cantonner dans la conservation d’un patrimoine inoffensif, le «patrimoine immatériel» ?

Monsieur le maire, la ville que vous avez l’honneur et le privilège de diriger n’est pas une ville ordinaire, elle est à la source, aux origines du peuple du Québec. Pour cette raison, même d’allure modeste, le patrimoine rural qu’elle recèle encore est incontestablement de valeur nationale, pas seulement locale. Vous avez le devoir de dire cette réalité à votre Service d’urbanisme et aussi, de la rappeler à la ministre de la Culture. En 2008, vous avez utilisé les tribunes du 400e pour faire savoir à la grandeur de la planète que Québec est une ville aux profondes racines historiques. Il est à espérer que ces envolées ne se soient pas évaporées au son du spectacle de fermeture des activités de commémoration. Vous êtes investi de grandes responsabilités en matière de conservation historique, les Québécois et les Québécoises sont en attente de gestes concrets de votre part.

Point de vue

S’arranger pour que ce soient les autres qui polluent à notre place

POINT DE VUE / Être citadin, pour d’aucuns, c’est la quintessence d’une empreinte écologique responsable et soucieuse de l’environnement. Faire son épicerie à pied, se rendre au travail à pied ou en vélo, utiliser les transports en commun, voilà pour bien des gens la voie de l’avenir en termes de responsabilité environnementale. Avec l’appui de la science, bien sûr, qui conclut que routes et ponts ne font qu’exacerber les problématiques de congestion routière sans changer nos comportements.

Ce qu’on ne voit pas, ou qu’on préfère peut-être ne pas voir, ce sont toutes les énergies que nos sociétés consacrent afin d’alimenter les bêtes qui sont les vraies responsables du réchauffement climatique : les villes!

Pour la petite baguette de pain que l’on rapporte sous son bras à pied et le coeur léger de l’épicerie du quartier, il y a des camionneurs et des livreurs qui ont transporté à notre place les marchandises nécessaires à sa fabrication. Il y a en fait toute une infrastructure de distribution de biens et de denrées qui a été mise en place pour répondre à nos besoins et c’est à partir de gigantesques entrepôts que ça se fait, entrepôts qu’on a vite fait d’expulser à la périphérie de notre cocon urbain, là où il y a bien sûr ces autoroutes qu’on aime tant démoniser.

Pour mettre à notre disposition de beaux tramways tout neufs qui vont bien sûr fonctionner à l’électricité, on devra éventrer nos rues pendant des années avec de la machinerie lourde qui fonctionne au diesel afin d’y réaménager des infrastructures pourtant fonctionnelles. Quand on entendra «bip-bip» à longueur de jour durant les prochaines années, on pourra se dire qu’il y a émission de calibre industriel de gaz à effet de serre afin d’éviter aux citoyens de Québec d’en produire eux-mêmes. En passant, où se sont installées toutes ces entreprises de construction et leur machinerie encombrante? En périphérie : on ne veut pas les voir en ville et elles devront déguerpir quand elles auront terminé leur travail!

Alors que plus les villes sont populeuses, plus elles imposent des contraintes à leurs périphéries, il est trop facile pour les bénéficiaires de ces infrastructures coûteuses et complexes de faire la leçon aux autres en brandissant fièrement comment, eux, comme individus, ne produisent finalement que quelques grammes de gaz à effet de serre par année.

Je veux bien croire que le bilan au final quant à l’empreinte environnementale par individu est plus bas pour un citoyen urbain que pour celui de la banlieue, mais la réalité est plus subtile. Aucune ville ne pourrait exister s’il n’y avait pas de banlieues à son service dans sa périphérie, qu’elle pourra ensuite allègrement blâmer pour tous les maux qu’elle a elle-même engendrés.

Point de vue

Nouvelles élections en Israël

POINT DE VUE / À nouveau, les élections en Israël n’ont pas été suffisamment concluantes pour permettre de former une coalition gouvernementale qui soit clairement majoritaire. Les deux principales factions politiques (droite du Likoud dirigée par Bibi Netanyahou) et centre droit Bleu-blanc dirigé par Benny Gantz) ont obtenu un nombre quasi équivalent de sièges. Toutes deux dépendent des alliances avec des petits partis pour former une coalition qui réunisse plus de 60 des 120 sièges du parlement israélien, la Knessset.

Les résultats

Le parti du Likoud a obtenu 31 sièges. Ses alliés traditionnels sont les partis religieux : d’une part les ultra-orthodoxes Chass (9) et Yahdouth Hatorah (8) et d’autre part les petits partis de la droite religieuse Yémina (7) unis par la très dynamique Ayélet Shaked qui est elle-même laïque.

Le parti Bleu-blanc (33) se veut plus inclusif et n’exclut pas une coalition qui comprenne le parti arabe Hareshima Hamésoutéfét (13) qui est une coalition de quatre partis unis essentiellement pour présenter une liste unique. Le parti Bleu-blanc est critique des partis religieux qui monnayent leur appui au Likoud par des concessions qui affectent l’ensemble de la société israélienne.

Le parti de gauche Avodah dirigé par Amir Perets a obtenu 7 sièges et la gauche dure de l’Union démocratique (anciennement Mérets) à laquelle s’est joint l’ancien premier ministre Éhud Barak a obtenu 6 sièges.

Israel Beiténou (9) est un parti de droite formé originellement par les ressortissants de l’ancienne Union soviétique. Son leader Avigdor Liberman a été très critique de Bibi pour n’avoir pas eu recours à des méthodes plus radicales pour éliminer les tirs de roquettes à partir de Gaza. Qui plus est, il est farouchement opposé à la dispensation de service militaire octroyée aux religieux orthodoxes tout comme à leur système de scolarité autonome qui se concentre sur des textes religieux et refuse d’enseigner des matières essentielles comme les mathématiques et l’anglais! Ce parti détient la balance du pouvoir et son leader Liberman se prononce pour un gouvernement d’union nationale et exige l’intégration des ultra-orthodoxes dans le système éducatif et le service militaire. Il refuse une coalition comprenant les partis arabes dont les porte-paroles se sont radicalisés au cours des dernières années. Il pourrait obliger le Likoud et le parti Bleu-blanc à se coaliser, ce qui mettrait fin à la participation des partis religieux au gouvernement selon leurs conditions. Une autre possibilité consisterait à déclencher de nouvelles élections et cette perspective n’est guère populaire.

Les grands problèmes de l’heure

Quels sont les grands problèmes de l’heure? L’économie se porte bien et le premier ministre Bibi a tissé des liens personnels étroits avec les leaders des grandes puissances Trump (États-Unis), Poutine (Russie), Modi (Inde). Xi Jinping (Chine) et bien d’autres encore. Le parti du Likoud s’est prononcé sur l’annexation de la vallée du Jourdain qui de toute façon est acceptée par la majorité des partis comme frontière de sécurité du territoire exigu d’Israël — la distance qui sépare la Méditerranée du Jourdain équivaut à la longueur de la rue Sherbrooke à Montréal. Le dialogue avec l’Autorité palestinienne — qui est à couteaux tirés avec le Hamas à Gaza — n’évolue pas; traditionnellement, l’Autorité palestinienne a refusé des accords (dont ceux de Taba en 2001) qui comprenaient des concessions israéliennes très poussées, y compris sur Jérusalem. La préoccupation principale est celle du danger iranien.

L’avenir

Ces élections qui se sont déroulées dans la plus grande sérénité mettent en exergue deux réalités particulières : celle de la minorité arabe et celle des partis religieux ultra-orthodoxes.

Les Arabes d’Israël ont tous les droits démocratiques. Leur niveau économique s’est substantiellement amélioré et cela s’est accompagné par une baisse de natalité. Ils s’intègrent beaucoup mieux à la réalité socio-économique du pays. Le service militaire est optionnel et n’est guère populaire actuellement. Il y a eu un courant de palestinisation chez les Arabes israéliens ces dernières années beaucoup souhaitent une accélération de la solution de deux États; toutefois, les sondages montrent que dans leur écrasante majorité, ils tiennent à leur citoyenneté israélienne.

Les ultra-orthodoxes se dispensent du service militaire. Leur système d’éducation est exclusivement centré sur l’étude des textes religieux. Des dizaines de milliers ne travaillent pas, se consacrent aux études religieuses et ne contribuent pas à l’essor économique du pays. Ils sont convaincus qu’à leur façon ils défendent le pays, ce qui enrage la majorité de la société israélienne. Leur taux de natalité est encore élevé (7,1 enfants par femme) par rapport à la moyenne nationale (3,1 enfants par femme), mais est en régression.

Il y a actuellement 1,8 million d’écoliers (une augmentation de 37% depuis 2001) et il est prévu une augmentation de 9,4% d’ici 2024. Dans les 5 prochaines années, la proportion des élèves enregistrés dans des écoles laïques va passer à 43,8% (diminution de 15%); celle des écoles religieuses croîtra de 13,2%; celle des écoles ultra-orthodoxes augmentera de 16,6% (augmentation de 60% par rapport à l’an 2001) si le système religieux orthodoxe ne se réforme pas.

Israël est une nation économiquement développée et le taux de chômage est bas (3,7%). Le secteur des femmes arabes est sous-employé, mais la tendance est à la hausse. Par contre, le secteur ultra-orthodoxe est définitivement sous-employé chez les populations masculines. Quelques signes montrent qu’une petite minorité d’ultra-orthodoxes commence à s’engager dans des études universitaires ou même à l’armée. Mais la grande majorité d’entre eux constitue une puissance intellectuelle qui n’est pas intégrée dans les rouages économiques en raison de son éducation hiératique.

Rappel à la réalité 

Au cours de ce nouveau tour électoral, Bibi Netanyahou a subi un revers, mais il n’a pas dit son dernier mot. Il est certain que si une coalition gouvernementale venait à se former, les ultra-orthodoxes perdraient beaucoup de leur influence; ils se devront d’assurer une meilleure éducation séculière et remplir leur devoir civique (le service militaire), ce sans quoi l’État d’Israël ne pourra assumer la réalité de leur importance démographique.

Point de vue

La place de la culture dans l’école: clé de voûte de l’avenir du Québec

POINT DE VUE / Nourris par l’effervescence de la rentrée et par l’enthousiasme des enseignants pour les activités du volet scolaire des Journées de la culture, nous prenons la balle au bond pour livrer le fruit de nos réflexions sur la place que devraient occuper, au quotidien, les arts et la culture dans les écoles primaires et secondaires du Québec.

Les études scientifiques le confirment : la pratique artistique et les compétences culturelles contribuent au développement de tous les apprentissages. Comme le cours Éthique et culture religieuse, qui inculque aux jeunes les valeurs de savoir-être, de respect de soi et d’acceptation de l’autre, les arts et la culture ont aussi un rôle fondamental à jouer dans la construction de la personne.

Toutefois, on remarque encore que les arts et la culture sont inégalement et souvent mal intégrés à la mission éducative de l’école québécoise. Bien que l’on observe des efforts louables — voire des initiatives héroïques! — de la part de nombreux enseignants, on continue trop souvent à considérer les arts et la culture comme un divertissement, une activité secondaire qui passera «après le reste», si on en a le temps et les moyens, deux denrées rares. Le rôle de «Passeur culturel» figure pourtant au premier plan dans le Référentiel de compétences professionnelles de la profession enseignante.

Heureusement, et pour la première fois dans l’histoire du Québec, les écoles ont désormais l’obligation d’offrir deux sorties culturelles gratuites à tous leurs élèves. C’est un pas immense, qu’il faut applaudir, tout en rappelant que l’intégration de la dimension culturelle à l’école doit aller encore plus loin! La culture doit trouver sa place au cœur des enseignements à tous les niveaux, dans toutes les matières et tous les aspects de la vie scolaire.

C’est ce que l’organisme Culture pour tous expérimente depuis trois ans, en partenariat avec 16 écoles primaires et secondaires de sept régions du Québec et avec l’appui du ministère de la Culture et des Communications. Actuellement en phase pilote, le réseau d’écoles culturelles Hémisphères est fondé sur l’intégration transversale de la culture dans le cursus scolaire, où elle ajoute pour l’ensemble des clientèles touchées une forte plus-value : développement de la créativité, motivation des élèves, impacts positifs sur les apprentissages et cohésion augmentée au sein des équipes-écoles, qui y voient une façon de renforcer et d’améliorer leur travail pour, ultimement, favoriser le plein épanouissement des jeunes.

Les sorties culturelles, les rencontres avec les artistes ou les mobilisations populaires sont autant d’occasions de constater la juste place que peuvent occuper les arts et la culture comme fondation des apprentissages. Lorsqu’ils apprennent à apprécier une œuvre, à entrer en relation avec elle, les élèves développent aussi l’empathie, l’ouverture à l’autre, conditions fondamentales du «vivre ensemble». Les œuvres artistiques sont des réservoirs de savoirs dont la fréquentation assidue favorise la capacité d’être présent au monde.

C’est au Québec, en 1961, qu’a été créé le tout premier ministère de la culture en Amérique. Quelques années plus tard, à l’époque du rapport Parent sur l’éducation (1964) et du rapport Rioux sur l’enseignement des arts (1968), le Québec a vécu une période effervescente de son développement. Aujourd’hui, nous sommes à une étape tout aussi cruciale de notre évolution. On s’apprête à vivre — et on vit déjà — des transformations radicales, notamment avec l’intelligence artificielle qui se déploie à vive allure. D’ici 2030, le milieu du travail sera complètement redéfini. Les compétences cognitives et socio-émotionnelles comme la curiosité, la créativité, l’imagination ou le leadership, sont et seront hautement recherchées.

En cette ère de mondialisation, la frontière est bien mince entre la richesse des contenus, auxquels les nouveaux canaux de diffusion donnent accès, et une cacophonie certaine qui peut, au contraire, rendre les jeunes encore plus vulnérables et entraîner une perte de repères.

La solution réside selon nous dans l’intégration pleine et entière de la dimension culturelle à l’école, permettant de guider les jeunes vers leur plein épanouissement. Il nous semble plus qu’urgent que la formation initiale (formation des maîtres) et l’offre de développement professionnel aillent en ce sens afin que les enseignants d’aujourd’hui et de demain possèdent et maîtrisent tous les outils et ressources nécessaires pour jouer pleinement leur rôle de passeurs culturels.

Point de vue

Compensations pour les citoyens touchés par des travaux d’envergure

POINT DE VUE / L’intervention du maire Régis Labeaume au sujet de compensations possibles pour les commerçants touchés par des travaux majeurs démontre une certaine sensibilisation aux problèmes vécus ou à vivre par les citoyens et je salue cette intervention.

Chaque situation étant différente, l’intention politique annoncée pourra aider certains types de commerces à traverser les périodes de travaux publics et leur permettre d’y survivre. Cependant, les commerces ayant plus de personnel, plus d’inventaires ou étant incapables de supporter de fréquentes périodes de coupures d’eau ou d’électricité ne pourront survivre malgré les compensations proposées.

Tous les citoyens doivent être conscients des impacts qu’auront à supporter les personnes directement affectées par les travaux majeurs dont il est question, car tous peuvent y être confrontés un jour ou l’autre.

L’empathie de nos élus devrait se manifester tout d’abord par des rencontres pour discuter des problèmes spécifiques et prévisibles avec les citoyens directement touchés. Jusqu’à maintenant, dans les dossiers de la route de L’Église et du transport structurant ce n’est pas ce qui se produit. Malheureusement, les décisions sont prises et les personnes impliquées doivent jouer des coudes pour tenter sans succès de rencontrer des responsables. Quelles seront les compensations réelles, qui seront affectées par les expropriations, comment les clients ou les résidents pourront se rendre à leur résidence pendant et après les travaux sur la 1ere  Avenue ?

Dans tous les cas de travaux majeurs, tous les citoyens devraient se partager la facture des impacts vécus par les riverains, cela devrait faire partie du budget initial d’un projet sérieux. Si la Ville n’a pas les moyens de compenser les pertes de valeur des édifices ou de chiffres d’affaires, comment les propriétaires affectés peuvent-ils les assumer ? Ils n’ont aucun moyen ni de se défendre ni de payer.

M. Labeaume doit expliquer comment ces propriétaires peuvent s’en sortir sans trop de dommages. Et oui chaque cas est particulier, il n’y a pas de règle générale applicable, car les impacts peuvent différer selon les projets. Cependant, la transparence et la communication permettent de trouver des solutions viables qui serviront dans les projets futurs.

Point de vue

Et si la solution aux chiens dangereux se trouvait ailleurs ?

POINT DE VUE / Le 15 mai 2019, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, présentait un projet de règlement concernant la Loi visant à favoriser la protection des personnes par la mise en place d’un encadrement concernant les chiens.

Un projet de règlement salué par tous, dont le RQIEC, puisque la sécurité publique est un enjeu prioritaire pour les membres de notre association. Toutefois, considérant que le gouvernement adoptera prochainement son nouveau règlement en raison de la fin de la période de consultations, il nous apparaît primordial de réitérer notre avis professionnel à l’effet que le projet de règlement ne solutionne pas de manière totalement adéquate le problème des morsures de chiens.

La prévention : un outil puissant et sous-estimé

Un propriétaire de chien qui sait reconnaître les signaux que son animal émet lors de situations de stress aura les connaissances pour éviter les accidents. Les parents qui savent qu’on ne laisse jamais un enfant s’approcher d’un chien inconnu sauront éviter les situations risquées. Les enfants que l’on sensibilise tôt au fait que plusieurs chiens n’aiment pas les câlins éviteront les gestes hasardeux pouvant pousser le chien à mordre. Enfin, un chien que l’on éduque, socialise et encadre adéquatement dès son jeune âge a plus de chance de devenir un bon citoyen canin. Or, l’ensemble de ces comportements visant à prévenir les morsures ne sont pas innés ni chez l’humain ni chez le chien; ils découlent d’apprentissages et de connaissances qui s’acquièrent avec le temps et les enseignements d’un bon intervenant en éducation canine.

Sachant cela, est-il toujours opportun de croire que la sécurité du public repose à elle seule sur l’adoption d’un règlement et de mesures punitives? Évidemment que non! En tant que société, si nous visons à réduire les morsures, il faut travailler en amont et favoriser l’éducation, la sensibilisation et la transmission d’informations. Il est également important d’encourager les saines habitudes d’éducation et d’encadrement des chiens, notamment en promouvant les cours avec des experts en éducation canine reconnus et en interdisant l’utilisation d’outils aversifs, incluant certains colliers provoquant de la douleur aux chiens. De tels équipements peuvent, dans bien des cas, occasionner d’autres problèmes comportementaux beaucoup plus graves comme les comportements reliés à de la peur, de l’évitement et même de l’agressivité.

L’importance de méthodes éthiques

En ce sens, il est primordial de revoir l’encadrement prévu actuellement afin qu’il favorise les méthodes d’éducation éthiques. Nous souhaiterions également que ce dernier ne relègue pas le travail des intervenants en éducation canine au second plan puisque les éducateurs qui sont à jour dans leurs connaissances sont les mieux placés afin d’éduquer les propriétaires et leurs chiens ainsi que renseigner le public sur la façon d’interagir avec nos compagnons à quatre pattes.

Les chiens font partie de manière intégrante de notre société depuis des millénaires et, pourtant, beaucoup de travail d’éducation reste encore à faire afin que la cohabitation soit harmonieuse et sécuritaire. Les membres du RQIEC possèdent les compétences et l’expertise dont la société a besoin afin que soit mis en place un environnement sécuritaire. Leur accorder le temps et les ressources nécessaires est essentiel à ce projet. Une fois cela en main, les éducateurs pourront réellement travailler à réduire le nombre de morsures au Québec. Ultimement, nous pourrons espérer que les mesures coercitives n’auront plus leur place en matière d’éducation canine.

Point de vue

Il faut faire confiance aux intervenants scolaires pour prévenir les dépendances

POINT DE VUE / J’apprécie l’annonce du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, de l’investissement de 7,5 millions $ pour le déploiement d’interventions en milieu scolaire, mais je m’interroge sur l’approche adoptée pour ce dossier.

Je reconnais qu’il vaut mieux agir de façon préventive pour éviter que survienne un problème et qu’il faut confier un travail de prévention à des techniciennes et techniciens en travail social ou à des techniciennes et techniciens en éducation spécialisée, selon les besoins des milieux et des ressources disponibles.

Par contre, je ne comprends pas pourquoi la coordination de ce projet a été confiée à une association, plutôt qu’à des gens du ministère. Je considère que c’est un peu particulier de faire appel à un organisme externe, plutôt que de faire confiance à des gens qui connaissent déjà le milieu.

De plus, je déplore que l’association mandatée souhaite rejoindre des organismes communautaires, alors que l’on peut déjà compter sur des ressources précieuses sur le terrain qui sont en mesure de répondre aux besoins. Il y a certes une pénurie de personnel dans certains secteurs, mais en offrant de meilleures opportunités, il serait certainement possible d’attirer du personnel en offrant des postes plus attrayants.

Je reconnais toutefois qu’il faut agir rapidement pour s’assurer que les jeunes ne se retrouvent pas en situation de dépendance, car cela nuit considérablement à leur développement.

Ratio de 1 pour 1000

D’autre part, je suis d’avis que le ratio d’une intervenante ou d’un intervenant en dépendance pour 1000 élèves est un bon début. Cependant, je souhaite qu’on améliore ces ratios pour répondre plus adéquatement à la demande, car il y a d’autres problèmes qui surviennent souvent lors de ces interventions.

Il ne faudrait pas que pour des raisons de restrictions budgétaires, on limite les interventions auprès des jeunes ayant des besoins. De plus, il faudra faire preuve de souplesse envers les établissements comptant moins de 1000 élèves et qui se retrouveront avec des personnes ressources disposant de moins d’heures d’intervention. Il ne faudrait pas imposer plus d’insécurité à des gens qui occupent déjà un emploi précaire.

Finalement, je considère qu’il y a encore trop d’inconnu et d’improvisation autour de l’annonce qui vient d’être faite. Une fois encore, le personnel de soutien scolaire n’a pas été consulté. C’est regrettable. Le ministre de l’Éducation devrait comprendre qu’il aurait intérêt à faire confiance au personnel de soutien scolaire travaillant dans les commissions scolaires pour l’aider à répondre aux besoins du milieu scolaire.

Point de vue

Robert Lepage: «Le Soleil, c'est patrimonial» [VIDÉO]

Malgré l'effervescence entourant l'ouverture du Diamant, Robert Lepage a tenu à prendre quelques minutes de son temps pour partager l'importance que représente à ses yeux Le Soleil, et sa crainte qu'il disparaisse du paysage de la capitale. «On perdrait un joueur majeur», dit le créateur, qui évoque son passé de camelot mais surtout la capacité du journalisme à saisir l'esprit de son temps.

Points de vue

L’intelligence artificielle et la fonction publique

POINT DE VUE / Le Québec est devenu un leader mondial dans l’industrie de l’intelligence artificielle (IA). Or, tandis que le développement de cette technologie s’intensifie dans le secteur privé, le gouvernement du Québec est bien discret sur le rôle qu’il entend faire jouer à l’IA dans ses propres services publics. Souhaite-t-il offrir des services publics supportés par celle-ci? Si oui, est-ce que des règles éthiques en encadreront l’utilisation? Autant de questions pour lesquelles les élus au pouvoir ne semblent pas avoir de réponse.

Actuellement, le gouvernement applique une vigoureuse politique de subvention destinée à l’IA : des centaines de millions de dollars ont été octroyés à des entreprises et des organismes du secteur, surtout concentrés à Montréal, pour favoriser leur croissance. À l’opposé, l’État québécois peine à développer une expertise en intelligence artificielle au sein de sa fonction publique. D’ici quelques années, si cette situation perdure, l’État se retrouvera inévitablement dépendant du secteur privé, tout comme il l’est déjà dans le domaine du développement de logiciels. D’ailleurs, de nombreuses firmes privées lorgnent les lucratifs contrats gouvernementaux qui seront associés à l’intelligence artificielle.

Déjà, l’IA contribue au tri des nombreuses demandes de visa reçues par le gouvernement fédéral pour des voyageurs provenant d’Inde et de Chine. Le ministère de l’Immigration du Québec pourrait faire de même avec les demandes d’immigration qu’il gère. De son côté, le ministère des Transports du Québec envisage d’utiliser l’IA pour détecter en temps réel les conditions météo difficiles, comme la poudrerie, sur les routes les plus dangereuses.

L’État détient un immense volume de renseignements privilégiés concernant la vie de ses citoyens, ce qui en fait un acteur tout désigné pour utiliser cette nouvelle technologie. En se servant de l’intelligence artificielle pour analyser ces données, les éléments utiles qui en ressortent permettraient ultimement de faire des choix plus judicieux.

Cependant, l’IA doit être bien maîtrisée par le gouvernement du Québec qui devra se doter d’un cadre éthique réfléchi pour son intégration. L’utilisation de l’intelligence artificielle n’est pas un processus neutre. Les nombreux événements récents devraient nous conscientiser : il faut être extrêmement rigoureux dans la gestion des renseignements possédés par l’État.

Il est urgent de créer, à l’intérieur de la fonction publique, un Observatoire sur l’intégration de l’IA dans les services publics. Une réflexion s’impose quant aux orientations à adopter et aux changements à effectuer dans la fonction publique afin qu’elle soit un outil d’amélioration de l’État québécois. Constitué de représentants des employés et des dirigeants informatiques du gouvernement, de même que d’universitaires, ce groupe serait chargé de conseiller le gouvernement sur les actions à poser pour définir les règles éthiques devant encadrer l’intelligence artificielle dans les rangs de la fonction publique. Cette technologie doit être au service du citoyen, non l’inverse.

Point de vue

Vers l’adoption forcée du Projet de loi 17?

POINTS DE VUE / Le projet pilote d’Uber se termine le 14 octobre prochain, comme plusieurs le savent, et cela fait craindre aux chauffeurs de taxi un coup d’éclat du ministre des Transports pour forcer l’adoption du projet de loi 17, loi concernant le transport rémunéré de personnes par automobile d’ici là. Seulement 18 articles adoptés sur 275 en date du 17 septembre. Des moyens de pression plus musclés ont été annoncés de la part de certains chauffeurs. Un grand désespoir se profile dans l’industrie.

Les propos du cabinet du ministre des Transports rapportés dernièrement ont tenté de faire croire que le MTQ ne laissera tomber personne, «ni dans l’industrie du taxi traditionnel ni dans les autres modèles». Le ministre des Transports n’a-t-il pas déjà abandonné délibérément l’industrie du taxi qui était en train de se moderniser en abolissant leur permis et toute la règlementation qui leur permettait d’assurer la sécurité de leur clientèle et une juste répartition des revenus par la gestion de l’offre règlementée? Une industrie prête à abolir certaines agglomérations pour assurer une meilleure desserte pour tous. Une industrie qu’on veut «exproprier» sans tenir compte des lois actuelles en ce domaine. Une industrie qui assure près des deux tiers des services de transport adapté au Québec, règlementée et formée pour bien desservir les personnes handicapées.

Dans le milieu de ces personnes handicapées «oubliées», qu’on s’en souvienne, lors du dépôt du projet de loi 17 le 20 mars dernier, plusieurs commencent à perdre de plus en plus confiance dans ce ministère et son ministre responsable, face à cette dérèglementation sauvage et aux inquiétudes suscitées. L’accessibilité des transports pour les personnes handicapées sera-t-elle sacrifiée aux lois du marché?

Attend-on des évènements tragiques irréversibles dans le milieu des gens touchés par ce projet de loi?

Point de vue

Gare aux sirènes du fétichisme écologique!

POINT DE VUE / Tant qu’à être dans la surenchère médiatique et la quasi-hystérie collective, essayons d’imaginer la scène : Greta va-t-elle se mettre à léviter, le 27 septembre prochain, à Montréal, durant la méga-manif pour le climat? Et l’oracle Manon, cette humaine privilégiée qui interprète pour nous les mystères du Cosmos, concevra-t-elle en direct grâce aux bonnes œuvres du Saint-Esprit? Quant à GND, cet autre lumineux prophète qsiste et grand-prêtre lui aussi de la climatologie occidentale, réussira-t-il à changer les eaux usées du Port de Montréal en vin? Nous fera-t-il un «remake» de la multiplication des pains sur le Mont-Royal?

QS et la vertu compissée

Sérieux, là! Certes, la planète tremblote et brule de fièvre, et il lui faut d’urgence un remède de cheval. Soit! Mais par-delà les incontournables manifestations prévues, avons-nous vraiment besoin de tout ce grand-guignolesque qui entoure le reste? Avons-nous besoin de ces fanfares, flonflons, simagrées et salamalecs pour souligner l’arrivée de la jeune Greta Thunberg — et de son staff — au Québec? Que voilà donc une atmosphère de cirque plutôt contreproductive, et doublement alourdie par les consternantes tentatives de Québec solidaire de récupérer tous les bénéfices possibles du phénomène Greta. Ça, et le fait pour cette formation d’essayer puérilement de mettre la CAQ (et les autres partis) au pied du mur, avec ses rodomontades et ses déclarations intempestives sur la meilleure façon de contrer la question du réchauffement climatique. Sur ce d’ailleurs, on ne peut que donner raison à Pascal Bérubé du PQ, qui a vertement dénoncé l’instrumentalisation qsiste de l’égérie suédoise, et partant, les manœuvres populistes des élus-es solidaires qui ne visent qu’à «remplumer» leur improbable stratégie politique de l’ultimatum amorcée le printemps dernier.

N’empêche, il faut reconnaitre que les projets de la CAQ sont anémiques sur la question de la transition énergétique. Mais si, pour Québec Solidaire, faire de la politique autrement en pareille matière, c’est de jouer comme d’habitude à «Ma vertu est plus grosse que la tienne, et je te la compisse en pleine face!», eh bien, moi, je préfère de beaucoup le silence parlant des gens qui doutent… mais qui savent écouter de bonne foi.

L’autisme de Greta, un parfait bouclier

Cela dit, Greta Thunberg, la populaire icône planétaire de 16 ans, a beau incarner de façon étonnante, émouvante et même (avouons-le!) très courageuse, le message de la science, elle et son staff ont leurs limites, leurs trous noirs et probablement aussi leurs péchés non avouables. Et malheureusement, ces zones d’ombres là sont très difficilement questionnables, étant donné, comme le dénonçait récemment l’écrivain Pascal Bruckner, «qu’en révélant qu’elle était atteinte du syndrome Asperger, ses parents en ont fait un bouclier inattaquable». Et comme le clamait si bien Danielle Langloys, d’Autisme-France, «les personnes qui ne connaissent rien à l’autisme n’ont qu’à se taire.»

Ouille!

Manipulation et greenwashing

Autrement, pendant que nous, écolos, journalistes, spécialistes et humbles citoyens-nes du Québec et monde entier, nous nous questionnons et nous entredéchirons sur les compétences et la crédibilité de la jeune messagère du GIEC, et aussi sur les effets possibles et néfastes de l’écoblanchiment (greenwashing), sur la finance verte, sur l’instrumentalisation (ou pas) de Greta par son écrivaine de mère, son père acteur, et enfin sur Ingmar Rentzhog, le «génial» conseiller marketing et aussi cofondateur du réseau We don’t have time, le grand capital mondial, lui, a beau jeu et n’arrête jamais d’engranger. Et de continuer, ici et là, à grappiller les ressources.

Gare aux icônes

Une dure et froide réalité s’il en est, qui amenait récemment le philosophe français Michel Onfray à cette critique: «L’enfant est fait pour être dépassé par plus que lui, non pas être célébré comme une fétichisation, une icône. Le monde gouverné par l’argent, avance-t-il, a détruit la raison, la conscience, la réflexion, la méditation, l’analyse, la logique, afin de mieux gouverner les humains par les sentiments, les émotions et les affects. Greta et son staff viennent s’ajouter au 1984 d’Orwell». Sévère le gars, mais au ras du sol!

Chose certaine, en équilibre entre la catatonie désespérante et un hyper-catastrophisme paralysant la raison, nous attendons de l’actuel gouvernement qu’il mène des actions courageuses, nouvelles et audacieuses, et surtout qu’il établisse clairement une politique générale qui tienne compte des changements climatiques et de la réduction des GES sur le long terme!

Pour donner un minimum d’espoir et de sérénité à toutes les générations du Québec, pour la suite du monde et du pays.

Point de vue

Une fiscalité concurrentielle et des finances publiques saines

POINT DE VUE / En prévision des élections fédérales qui se tiendront le 21 octobre, le Conseil du patronat du Québec partage ses priorités et ses réflexions sur divers enjeux dans une série de lettres ouvertes.

D’importants enjeux de finances publiques et de fiscalité ne semblent pas faire partie des priorités des partis politiques actuellement en élections. Pourtant, il s’agit d’un élément fondamental pour la vitalité et la compétitivité de notre économie et il devient de plus en plus urgent d’avoir une saine gestion de nos finances publiques afin d’assurer la résilience de l’économie canadienne advenant une récession.

C’est lorsque l’économie se porte bien qu’il faut mettre de l’argent de côté afin de faire face aux imprévus. Or, malgré la croissance du Canada des dernières années, favorisée par une conjoncture économique positive, la culture de déficit budgétaire qui s’est installée à Ottawa réduit considérablement la marge de manœuvre que nous avions, et elle est défavorable aux générations futures et à la qualité des conditions d’affaires au Canada. Il est indispensable que le désendettement public devienne un principe directeur pour un développement responsable.

Il va sans dire que l’impact de la réforme fiscale américaine n’a pas été complètement annulé malgré les efforts du gouvernement. Même si les mesures fiscales implémentées dès la mise à jour économique de l’automne 2018 ont permis d’amoindrir l’écart, il n’en demeure pas moins que l’avantage qu’avait le Canada sur les États-Unis en termes de taux d’imposition effectifs marginaux des entreprises canadiennes a été considérablement réduit. Il est important de rétablir cet avantage pour nos entreprises, surtout celles qui exportent et qui innovent.

Commerce électronique

Le commerce électronique fait maintenant partie intégrante de la vie de tous et nécessite un meilleur encadrement. Sur ce dossier, le gouvernement sortant a pris la décision de ne pas imposer la TPS aux fournisseurs de produits ou services non-résidents du Canada privant l’État d’une grande source de revenus.

Rappelons que le Québec, comme plusieurs autres États dans le monde, a déjà mis en place un système pour percevoir une taxe de vente sur le commerce en ligne. L’ensemble des partis à Ottawa devrait s’engager à faire la même chose au palier fédéral. Il ne faut pas oublier que les géants du Web ne sont pas soumis aux taxes de nature environnementale pour les produits vendus en ligne.

Transfert d’entreprise

Avec le vieillissement de la population, plusieurs entreprises familiales passent le flambeau à des repreneurs. Afin de préserver l’entrepreneuriat familial et le savoir-faire de ces compagnies, le prochain gouvernement doit revoir la Loi d’impôt sur le revenu pour que la fiscalité soit plus équitable si l’entreprise est transférée à un membre de la famille.

Les entreprises canadiennes ont besoin de conditions favorables face à des défis de plus en plus complexes et dans un marché ouvert sur le monde. La rigueur budgétaire et la saine gestion des finances publiques doivent aller de pair avec une fiscalité concurrentielle, propice au développement des entreprises canadiennes et à la prospérité du pays.

Point de vue

Le scrutin proportionnel pour 2022

POINT DE VUE / En démontrant qu’il ne remplirait sa promesse électorale face à l’application d’un nouveau mode de scrutin en 2022, le premier ministre François Legault vient malheureusement d’accroître la perte de confiance de la population envers la démocratie.

Alors qu’il s’était formellement engagé à ce que l’élection de 2022 se tienne selon un mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire, il utilise le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) pour se défiler.

Il suffit de lire la lettre transmise le 3 avril par ce dernier à la ministre Sonia Lebel pour s’en convaincre. Dans cette lettre de trois pages, le DGEQ ne mentionne qu’une fois le délai de 42 mois, le plaçant comme un idéal. Il expose cependant en détail la manière de réaliser toutes les étapes en 30 mois, pour une application aux élections d’octobre 2022. Il est surprenant d’entendre la femme de droit qu’est la ministre responsable du dossier, Madame Sonia LeBel, mettre l’accent sur ses discussions avec le DGEQ, plutôt que sur une lettre officielle de cette nature.

Par ce paravent, le gouvernement tente bien maladroitement de cacher le vrai problème : les réticences au sein de son caucus.

On peut dire que l’histoire se répète, puisqu’à chaque fois que le Québec a été sur le point de remplacer le mode de scrutin majoritaire, les réticences du caucus du parti gouvernemental ont balayé le consensus exprimé par la population. Mais cela signifie aussi qu’il était possible de prévenir cette situation. L’écueil étant bien connu du premier ministre, celui-ci pouvait le contrer en allant chercher l’adhésion de son caucus à l’engagement du parti. Dans l’état actuel des choses, on peut même s’interroger sur la motivation des députées et députés de la CAQ envers l’adoption du projet de loi que leur propre gouvernement déposera.

Quant au processus d’adoption du nouveau système électoral, rien ne justifie que la loi électorale soit modifiée par un processus différent des autres lois. Tenir un référendum pour changer le système électoral n’est pas le geste démocratique qu’on tente de présenter. Choisir un système électoral est déjà une question suffisamment importante pour ne pas la noyer dans des considérations supplémentaires. La Loi sur la consultation populaire québécoise n’est pas adaptée à la situation actuelle, ni à un référendum se tenant en même temps qu’une élection. Aller dans cette voie signifie forcer la population à signer un chèque en blanc, ce qui est très loin d’une pratique démocratique.

De plus, soumettre au référendum le futur projet de loi, après adoption, signifie faire abstraction de deux processus parlementaires sur le même sujet : celui qui analysera le projet de loi caquiste et celui mené en 2005-2006 et où des corrections avaient été consensuellement réclamées à l’avant-projet de loi libéral d’alors. La démocratie n’est pas en santé lorsque la participation de la population et le travail parlementaire sont à ce point dénigrés. Plutôt que de justifier ses échappatoires et de déplacer le débat sur son mode d’adoption, le gouvernement devrait déployer de l’énergie à intéresser la population au système électoral proportionnel mixte compensatoire et donner au DGEQ les moyens nécessaires pour assurer la mise en place du nouveau système électoral à temps pour les élections générales de 2022.

* Des élections à réinventer, 2019, Montréal, Éditions Somme Toute

Point de vue

Le quémandeur

POINT DE VUE / Voici venu le temps des grandes séductions! François Legault qui quémande. Les candidats transfuges opportunistes. Les mamours et autres câlins des partis fédéraux aux Québécois.

Eh oui! Combien encore de ces manigances nauséabondes pour s’arracher le petit «X» que vous tracerez dans la boîte de scrutin. Un refrain déjà connu, me direz-vous dans la belle province. Trêve de cynisme, le premier ministre François Legault a eu le courage de ses convictions en affichant ses quatre demandes aux partis engagés dans la lutte, qui vont dans le sens d’une plus grande autonomie pour le Québec. 

Cependant, on peut s’attendre à ce que celles-ci restent lettre morte passée la tourmente électorale. Cela assurément si Justin Trudeau obtient son deuxième mandat! Bien qu’ils appuient le concept du rapport d’impôt unique administré par Québec, les conservateurs d’Andrew Scheer, au pouvoir, refuseraient sans doute de se laisser prendre un doigt dans cet engrenage qui impliquerait des pertes d’emplois dans la fonction publique à défaut de réaffectations. 

Quant au NPD de Jagmeet Singh, il peut bien faire sienne l’idée de reconnaître la spécificité du Québec dans la constitution canadienne, mais à quoi bon? Cette formation trop à gauche est à des années-lumière du pouvoir! Bref, on peut supposer que le Québec n’y gagnera rien au fil d’arrivée.

En ressort une nette impression que les partis fédéraux tentent d’amadouer le vote d’une frange d’électeurs québécois nationalistes d’âge mûr. Pour les jeunes de la génération des milléniaux, on constate malheureusement que ces débats, pourtant si cruciaux, les laissent totalement indifférents. Il ne faut pas leur en vouloir! Quand vous croyez, comme plusieurs d’entre eux, que l’humanité est aux portes de l’extinction en raison de l’emballement climatique, vous vous contrefichez éperdument de l’avenir du français. Dommage. Car il s’agit bien d’une menace qui planera toujours sur nos têtes. Qu’importe. Encore un long mois à digérer cette bouillabaisse électorale. Ce flirt à la belle et incomprise muse québécoise.

Et après ce 21 octobre? Après? «Que reste-t-il de nos amours?», pourrait fredonner à juste titre le grand Charles Trenet. Niet! Rien, que je vous dis, cher électeur.

Point de vue

Les profs du privé aussi sont sous pression

POINT DE VUE / Il a beaucoup été question ces derniers jours de la rentrée scolaire et collégiale dans le réseau public et des défis qui attendent le personnel. Cependant, on a bien peu parlé de l’autre rentrée, celle qui se déroule dans le réseau des écoles et collèges privés. Pourtant, là aussi, l’année risque d’être exigeante pour le personnel.

Parce que l’idée que ça irait mieux au privé qu’au public est certainement un mythe en ce qui concerne le personnel. Vues de l’intérieur, les conditions de travail des enseignantes et enseignants, du personnel professionnel comme du personnel de soutien sont aussi très exigeantes.

Des maux malheureusement partagés

Travailler dans un établissement privé ne vous met malheureusement pas à l’abri des maux qui accablent trop de collègues du secteur public. La pénurie de personnel, la surcharge de travail, la détresse vécue au quotidien, les emplois précaires, le manque de valorisation et de reconnaissance sont également le lot d’une bonne part de celles et ceux qui œuvrent dans le secteur privé.

Les travailleuses et travailleurs du privé subissent même une pression supplémentaire en raison de la concurrence à laquelle ils doivent faire face. La clientèle étudiante d’un établissement privé n’est jamais assurée. Les enseignantes et enseignants sont constamment incités à être plus performants et innovants puisque l’on fait retomber sur leurs épaules une partie du fardeau de l’attractivité de l’institution.

Le dilemme des travailleuses et travailleurs du privé est d’autant plus difficile qu’ils doivent subir en silence le poids de leurs conditions de travail, de peur de nuire à la réputation de l’établissement, et donc à leur gagne-pain. Malgré ces exigences importantes, ces enseignantes et enseignants, ces professionnelles et professionnels, ainsi que ces membres du personnel de soutien assument avec compétence et loyauté leurs tâches parce qu’ils ont à cœur la réussite des élèves.

Comme leurs collègues du secteur public, ces acteurs de l’éducation du privé méritent grandement, eux aussi, notre respect et notre appui. Ils font la différence dans la vie de milliers d’élèves et d’étudiantes et étudiants.

Souhaitons-leur une bonne année professionnelle!

Point de vue

Croisières à Québec: une industrie en évolution, une destination qui s’adapte

En réaction à la chronique «Croisières : des moteurs de bateaux qui tournent 24 heures sur 24» du journaliste François Bourque, parue le 16 septembre

L’industrie des croisières assure un rayonnement exceptionnel à notre ville et se traduit par des retombées économiques majeures pour la région. Un passager en escale et un passager en destination représentent des revenus moyens respectifs de 111 $ et 329 $ pour les commerçants et hôteliers. Selon une étude réalisée en avril 2017 par la firme Business Research and Economic Advisors (BREA), les retombées de l’industrie sont évaluées à 221 millions $ pour la province et à 106 millions $ pour la ville de Québec.

La croissance importante de cette industrie n’est pas le fruit d’une improvisation ou des seules décisions du Port de Québec. C’est une volonté concertée. C’est à la suite du forum sur les croisières internationales tenu en février 2014 que la communauté de Québec a exprimé l’objectif de poursuivre la croissance de ce secteur, dans le but d’atteindre 400 000 passagers d’ici 2025. Rappelons que ce forum réunit plus d’une centaine d’intervenants provenant du milieu touristique, du secteur maritime et de la communauté de Québec. Ayant accueilli plus de 200 000 visiteurs par bateaux de croisière en 2018, le forum sur les croisières 2019 a réitéré sa volonté de conserver son objectif phare d’accueillir le double de visiteurs dans quelques années.

La gestion de cet achalandage est menée en étroite collaboration avec tous les acteurs du milieu. Le Port et ses partenaires sont proactifs dans la gestion des journées à fort achalandage, et ce, depuis longtemps. Nous travaillons consciencieusement à atténuer au maximum les impacts négatifs et à multiplier les impacts positifs issus de cette industrie tant pour les citoyens que pour les croisiéristes qui nous visitent. C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous avons établi un seuil maximal de visiteurs par jour et un protocole pour tenter de modifier les horaires à l’avance. Nous travaillons aussi conjointement avec le Centre de coordination des événements spéciaux de la ville de Québec pour la gestion de la circulation lors des journées de pointe. Allonger la saison de croisières est aussi un moyen envisagé pour assurer une saine cohabitation.

C’est également pour bien gérer cette croissance que le Port construit un nouveau terminal de croisière au quai 30, dans le secteur de l’Estuaire. Et en dépit de ce que peut en penser M. Bourque, le processus environnemental de participation citoyenne qui entoure la réalisation du projet en est un rigoureux et crédible.

Tous les commentaires des citoyens sur le sujet seront considérés et répondus conformément à l’obligation que nous avons comme promoteur de ce projet. Comme nous l’avions mentionné à M. Bourque, les travaux actuellement en cours sont strictement des travaux de préparation du terrain en vue de la construction du terminal et non pas des travaux pour ériger la structure du futur bâtiment. Qui plus est, les plans du bâtiment sont encore en cours de réalisation.

En aucun temps le Port ne se serait permis de mettre à risque la crédibilité de son processus de consultation qui a d’ailleurs fait ses preuves et démontré son efficacité dans plusieurs projets jusqu’à maintenant, dont la bonification de projets comme le terminal d’exportation de grains de Sollio Agriculture ou encore celui de la construction du Strom Spa Nordique au bassin Brown.

Est-ce que la situation est toujours parfaite? Malheureusement non, mais nous travaillons pour l’améliorer en continu.

C’est le cas aussi pour la gestion des émissions des navires à quai.

L’amélioration constante de nos pratiques passe par une vigie constante de notre industrie. Sur le dossier particulier de l’alimentation électrique à quai, nous avons longuement étudié l’industrie avant de statuer. Dans sa prise de décision en 2015, le Port a obtenu l’avis d’experts dans le domaine, dont un dirigeant d’une des plus importantes lignes de croisières. Ceux-ci nous recommandaient de ne pas investir dans l’alimentation électrique à quai parce que l’industrie n’avait pas encore statué sur ses choix technologiques à ce moment. Comme M. Bourque a omis de mentionner ce fait, il nous apparaissait important de le souligner pour rappeler la démarche sérieuse du Port qui a mené à notre décision de ne pas investir il y a quatre ans.

Par ailleurs, nous devons rétablir certains faits : sur 56 navires en construction, 17 seront équipés de la technologie d’alimentation électrique à quai, donc 29 % des navires. Il s’agit du même nombre qui ont choisi d’installer la technologie de GNL pour la propulsion des navires. Vous pouvez donc constater qu’une tendance claire ne semble pas s’en dégager. Lorsque M. Bourque affirme que 89 % des navires pourront accueillir la technologie d’alimentation à quai, il faut faire la nuance. Le navire a été construit en laissant l’espace suffisant pour accueillir la technologie si l’armateur décide éventuellement de l’installer; il ne s’agit donc pas d’un engagement. Clairement, l’industrie n’a pas fait un choix clair sur la question. Il faut aussi rappeler que seulement 15 % de la flotte mondiale navigue sur le Saint-Laurent. En toute logique, une fraction de ces nouveaux navires est susceptible de venir à Québec.

Une alimentation à quai, il ne faut pas l’oublier, est considérée propre au Québec en raison de notre hydroélectricité, mais lorsque le tout est alimenté par le charbon comme c’est le cas dans la plupart des pays européens, le bénéfice environnemental est questionnable. C’est pourquoi l’industrie n’a pas penché massivement vers cette technologie et a fait le choix d’investir dans les filtres de type scrubbers pour le moment afin de réduire les émissions.

Évidemment, le Port de Québec continue de surveiller attentivement ce dossier et s’est engagé à revoir sa décision si l’industrie prend une tangente claire en faveur de l’alimentation à quai.

Pour une troisième année consécutive, Québec a remporté en 2018 le prix de la meilleure destination croisières — États-Unis et Canada de Cruise Critic Cruisers’ Choice Destination Award. Cela ne peut être le fruit d’une gestion «au gré des humeurs du moment de l’industrie maritime». C’est plutôt le résultat d’une analyse et d’une planification concertée. 

Point de vue

Le Port de Québec est-il vraiment de bonne foi?

POINT DE VUE / Je suis une citoyenne ordinaire qui a suivi de loin le dossier des poussières rouges provenant du Port de Québec.

Un premier recours collectif sur le sujet d’un incident survenu en 2012 a été mis sur pied par deux citoyens engagés, Véronique Lalande et Louis Duchesne, militant au sein du groupe citoyen Initiative citoyenne de vigilance du Port de Québec. Ce recours collectif a été gagné par les citoyens des quartiers environnants du Port qui ont droit à une compensation financière.

Un second recours collectif a été entrepris pour toutes les autres émissions de poussière de toutes natures, un problème récurrent qui affecte les quartiers environnants du Port. Les audiences sur le sujet ont commencé en septembre.

Dans l’article paru dans Le Soleil du 16 septembre, intitulé «Poussières dans Limoilou : Arrimage Québec et le Port de Québec pointent le transport routier», si on prend en considération le point de vue du Port et d’Arrimage Québec expliqué dans cet article, peut-on en déduire que le Port et Arrimage Québec estiment qu’ils n’ont pas de responsabilité à l’égard des problèmes environnementaux vécus dans Limoilou? Ce qui paraît pour le moins contradictoire par rapport au résultat du premier recours collectif.

De plus, cette position semble pour le moins étrange quand on pense au projet d’agrandissement du Port qui, d’après ce qu’il a été possible de lire dans les médias, devrait amener un accroissement très important du transport routier. D’où la question posée : le Port et Arrimage Québec sont-ils de bonne foi dans leurs relations avec la société civile, sont-ils vraiment de bonne foi, tant pour le recours collectif que pour le projet d’agrandissement? J’éprouve une grande difficulté à le penser.

Point de vue

Droit à l’avortement: une victoire toujours fragile

POINT DE VUE / Trente ans après que les neuf juges de la Cour suprême du Canada eurent donné raison à Chantale Daigle qui souhaitait, à l’été 1989, avoir recours à l’avortement malgré une injonction de la Cour supérieure du Québec lui interdisant de le faire, il reste encore du travail pour faire reconnaître pleinement le droit fondamental et inconditionnel des femmes de pouvoir disposer librement de leur corps.

La résurgence récente du débat sur l’avortement dans les rangs du Parti conservateur du Canada, ainsi que les affirmations aberrantes de Maxime Bernier qui se dit prêt à restreindre le droit des femmes de se faire avorter en fin de grossesse, en témoignent indéniablement. Il faudra donc demeurer vigilants tout au long de la présente campagne électorale, alors que des groupes anti-choix n’hésitent pas, à l’heure actuelle, à s’afficher publiquement aux côtés de candidats conservateurs.

Les dangers de la droite conservatrice

Ce n’est pas nouveau de voir cette polémique refaire surface à l’approche des élections fédérales. Quelques mois avant l’élection de 2008, un député d’Edmonton déposait le projet de loi privé C-484 qui visait à reconnaître un crime commis contre une femme enceinte comme une double infraction, ce qui ouvrait la voie à la reconnaissance de droits au fœtus. Fort heureusement, ce projet de loi est mort au feuilleton à la dissolution du parlement en septembre 2008. Mais ce type de projet de loi pernicieux et ces soubresauts ponctuels et récurrents nous rappellent que, chaque fois où la droite conservatrice s’approche du pouvoir ou s’en empare, les droits des femmes s’en trouvent menacés. Les difficultés qu’éprouve le chef conservateur, Andrew Scheer, à répondre si, oui ou non, il permettrait à ses député-es d’arrière-ban de présenter des projets de loi pour en limiter l’accès, témoignent de la fragilité de ce droit acquis de haute lutte par les femmes.

Cette tendance est particulièrement vraie aux États-Unis. On constate depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche que les projets de loi contre l’avortement se multiplient dans des États républicains comme l’Ohio, la Georgie et l’Alabama, où la droite religieuse est particulièrement active pour influencer la population.

Même sur le plan culturel, on assiste à des dérives inquiétantes, comme en témoigne la sortie en salle, en juillet dernier, du très controversé film Unplanned, produit et réalisé par des groupes chrétiens américains. Ce film, qui présente l’avortement comme un acte de cruauté, sous-tend que les droits du fœtus doivent primer sur ceux de la femme qui le porte. Il s’agit là d’une autre stratégie pour diffuser la position anti-choix, mais cette fois par le biais de la fiction.

Soirée de commémoration le 19 septembre prochain

Même si le droit à l’avortement fait généralement consensus au Québec, il n’en demeure pas moins qu’il existe encore des problèmes d’accessibilité pour exercer ce droit partout sur le territoire. Dans un tel contexte, il importe de rappeler la victoire de Chantale Daigle et de poursuivre la lutte pour défendre le respect de nos droits les plus fondamentaux, dont celui de pouvoir disposer de notre corps en toute liberté et en toutes circonstances, et ce, indépendamment de la conjoncture politique.

Le droit à l’avortement incarne un profond respect pour les choix déchirants que les femmes doivent parfois faire.

Une soirée de commémoration est d’ailleurs organisée par la Fédération du Québec pour le planning des naissances le jeudi 19 septembre prochain au Lion d’Or, à Montréal, pour célébrer les 30 ans de la victoire de Chantale Daigle pour le respect des droits reproductifs. Cet événement, qui se tiendra à un mois de l’élection fédérale, sera aussi un exercice de pédagogie envers nos concitoyennes, notamment les plus jeunes, pour rappeler que ni État, ni pape, ni juge, ni médecin, ni conjoint ne doit avoir le contrôle sur le corps des femmes!

Point de vue

M. Trudeau et le je-m’en-foutisme éthique

POINT DE VUE / L’époque actuelle semble dévouée tous azimuts à l’éthique. Éthique de l’environnement, éthique animale, bioéthique par-ci, éthique des affaires par-là, quel organisme n’a pas son code d’éthique? Il y a même dans les parlements des commissaires à l’éthique.

Mais la fibre éthique est-elle si vivante qu’on le croit, avons-nous vraiment le souci éthique d’une vie bonne avec les autres ou choisissons-nous d’avancer dans «le grand élan vers le pire» (Cioran)? L’exemple désolant d’un chevalier blanc, d’un chantre urbi et orbi des valeurs morales, semble malheureusement illustrer un mouvement de je-m’en-foutisme éthique. Je parle du chef du Parti libéral, Justin Trudeau.

Interrogé au premier jour de sa campagne électorale sur la révélation du Globe and Mail qui titre que le bureau du PM a bloqué la GRC dans ses efforts pour faire la lumière sur l’affaire SNC-Lavalin et les entraves à la justice, le chef Trudeau a répondu qu’il se soumettait à l’autorité du greffier comme gardien du secret du Conseil privé. Or, contrairement à la prétention du chef libéral, le greffier agit sous la recommandation du premier ministre. Celui-ci peut donc lever le secret du cabinet en sa totalité. Au chef libéral qui se trompe d’époque et agite encore le spectre Harper dans ses rassemblements, nous pourrions nous aussi rappeler le passé et évoquer le scandale des commandites, où les procureurs avaient entendu tous les témoins et avaient eu un accès très large aux documents du cabinet. M. Trudeau pratique-t-il la restriction mentale ou a-t-il peur de connaître le sort de Paul Martin?

Mais, à charge pour le chef libéral, il y a plus que la restriction mentale en cause. D’après le rapport accablant du commissaire à l’éthique Mario Dion, M. Trudeau aurait, par des «manœuvres troublantes», contrevenu à l’article 9 de la loi sur les conflits d’intérêts dans cette affaire (HuffingtonPost). Les éléments de preuve du commissaire l’amènent à conclure que les gestes posés par le bureau de M. Trudeau étaient «irréguliers» et auraient favorisé les intérêts économiques de SNC-Lavalin. M. Trudeau se serait servi de sa position d’autorité pour tenter d’influencer l’ex-ministre de la Justice et procureure générale du Canada, qu’il discréditait et instrumentalisait par le fait même.

Le pire, c’est que sur le fond, Justin Trudeau se justifie au nom de l’intérêt général et de la sauvegarde des emplois. Sur le plan de l’éthique, on ne peut justifier une violation de la loi et de la primauté du droit par le souci de la préservation d’emplois : une noble fin ne peut jamais justifier des moyens condamnables. 

Selon l’éthique kantienne, il est immoral d’utiliser une autre personne comme simple moyen pour une fin, et autrui doit, en toutes circonstances, être considéré avec respect comme une fin en soi. Et qu’on ne vienne pas plaider à la défense de M. Trudeau l’utilitarisme ambiant, le pur calcul coût-bénéfice en vue de l’intérêt général qui réduit la personne humaine à un simple support d’utilités. Le critère de l’utilité ne peut être accepté comme éthique publique d’une démocratie (John Rawls). Signe que le je-m’en-foutisme éthique se généralise, moult chroniqueurs politiques croient même que l’affaire SNC-Lavalin sera vite oubliée par les électeurs québécois. Étonnant, alors que la désinvolture de Trudeau a déjà été l’objet d’un blâme sévère par un autre commissaire à l’éthique en 2017 (les vacances des Fêtes 2016 qu’il a passées à l’île privée de son vieil ami milliardaire, l’Aga Khan, dont la fondation a reçu 310 millions du gouvernement fédéral depuis 2004). Devant des journalistes, le vacancier avait alors balbutié qu’à l’époque, ce n’était pas un problème. La répétition d’un conflit d’intérêts avant la «première», plus récente, d’un affligeant théâtre.

Sidérant! Et dire que le Québec pourrait même donner une majorité au chef libéral. Choisir d’avancer, vraiment?

Point de vue

Le 18 septembre, je lis la science!

POINT DE VUE / À quelques jours de la venue de l’inspirante Greta Thunberg, sous le slogan «Unite behind the science», et de la grève pour le climat, la troisième Journée nationale Je lis la science, ce mercredi 18 septembre, est plus pertinente que jamais.

Ce jour-là, les enseignants du primaire et du secondaire sont invités à consacrer une période à des lectures en science : livre documentaire, magazine, roman de science-fiction, biographie, BD. Les jeunes et les adultes peuvent aussi y participer individuellement : jelislascience.com.

Pourquoi lire la science? Pour mieux saisir tous les enjeux liés à la crise climatique et aux décisions collectives et individuelles que nous devons prendre pour tenter d’en limiter les dégâts. Pour être mieux informés afin de faire des choix éclairés en transport, nourriture, loisirs, énergie… et lors des élections! Pour contrer la désinformation et les fake news, et conserver la démocratie en santé.

Lire la science, c’est aussi pour découvrir la nature et s’étonner de la complexité et de la beauté du monde. C’est pour redevenir des enfants «curieux de nature», pour reprendre le slogan du magazine jeunesse Les Explorateurs.

Le 18 septembre et après, lisons la science dans les nombreux livres, magazines, journaux et sites web de qualité pour devenir, comme nous le répète depuis 40 ans le grand vulgarisateur scientifique et écologiste canadien David Suzuki, des citoyennes et citoyens «scientifiquement lettrés».

Je lis la science est appuyée par de nombreux partenaires du monde de la science, de l’éducation, de la culture et des médias. L’an dernier, 37 000 personnes (dont 1100 classes) ont participé à la Journée et à son concours. Y serez-vous cette année?

Point de vue

Défi sans auto: la ville qui fait peur

POINT DE VUE / J’ai répondu à l’appel. Je participerai au Défi sans auto solo cette semaine. En fait, ce défi, je le relève déjà tous les jours pour aller travailler. Je marche environ 45 minutes l’aller, 45 minutes le retour. Et c’est effectivement tout un défi !

C’est que, je le constate et je l’expérimente tous les jours, c’est très risqué à Québec de marcher pour aller travailler. À chacun de mes trajets, je suis habité par la peur : celle d’y laisser ma peau. Et cette peur est loin d’être irréelle. Encore récemment, deux femmes sont mortes, happées par des véhicules, alors qu’elles…marchaient (!). L’une sur le chemin Sainte-Foy, l’autre sur la rue Dalhousie. Triste, épouvantable, mais surtout révoltant. Ce n’est rien pour calmer ma peur en tant que piéton, bien au contraire. J’ai peur, donc. En fait, la Ville de Québec me fait peur. Pourquoi ? Eh bien d’abord parce que les aménagements, pour le transport actif, font franchement défaut sinon ils sont inexistants. 

Ensuite, parce qu’il y a de la violence. Oui, oui. N’ayons pas peur des mots. Il y a, à Québec, de la violence automobile et de la violence automobiliste. La violence automobile, c’est celle structurelle. Celle d’un aménagement du tout-à-l’automobile. Celle d’un aménagement qui, encore, permet à des camions de type « poids lourd » de longer un trottoir voire d’y embarquer. La violence automobiliste, elle, c’est celle qui est individuelle. Celle de certains citoyens qui lorsqu’ils sont au volant ont des comportements dangereux, entre autres parce qu’ils se perçoivent «roi et maître» (clin d’œil aux propos du maire de Lévis). Faut voir ces violences comme étant liées. 

Le tout-à-l’automobile, qui relève d’un choix politique rappelons-le, ouvre la voie – excusez-le ! – à des dérives, à des comportements dangereux. L’individu-automobiliste, on le sait, est une cible de choix pour les partis politiques. Eh bien, c’est ce qui fait que dans l’aménagement de la Ville, on priorise alors certains groupes (les automobilistes) aux dépens d’autres (les piétons). 

La Ville qui fait peur, c’est la Ville du statu quo. Celle qui n’est pas prête à mettre en œuvre les transformations qui s’imposent, qui sont nécessaires à la sécurité des plus vulnérables de la route. La Ville qui fait peur, c’est son maire qui fait ce commentaire à la suite de la mort d’une piétonne : «Quand un camion comme ça embarque sur le trottoir, il n’y a pas de plan d’action, il n’y a pas de politiques qui peuvent empêcher ça. Les erreurs humaines on [ne] peut rien y faire ». Avec toute cette violence, c’est donc dire combien la Ville me fait peur. 

Mais, oui je relèverai quand même le Défi sans auto solo cette semaine, un défi que je relève d’ailleurs tous les jours. Toutefois, rappelons-le, c’est un défi qui met ma vie en danger. Je continuerai quand même de marcher, d’être hyper-vigilant (pas le choix!), de « bien regarder des deux côtés de la rue avant de traverser » (entendez la critique et le sarcasme), d’espérer les transformations nécessaires, etc. Bref, je ferai tout cela, en espérant que ce ne soit pas mon tour, la prochaine fois, d’être victime de cette « erreur humaine » – celle de qui exactement ? – dont parle le maire de cette Ville qui me fait peur.

Point de vue

La valeur publicitaire des médias

POINT DE VUE / J’étais là quand ça s’est produit. C’était comme un virus. Un truc incompréhensible qui se répandait à une vitesse ahurissante et s’abattait sur la presse écrite.

De 2002 à 2012, j’occupais le poste de rédacteur en chef de l’hebdo culturel Voir à Québec. Pendant les premières années, nous connaissions encore de la croissance, puis la stabilité. Mais à partir de 2008, les choses se sont mises à changer de manière radicale.

Subitement, les agences de placement publicitaire nationales ont cessé de recommander à leurs clients d’annoncer chez nous. Notre tirage était pourtant inchangé (il était vérifié par une agence indépendante). Et nous avions opéré le virage numérique très tôt, proposant aux annonceurs des espaces en ligne, où se trouvaient également nos contenus : ils y étaient aussi gratuits que sur le papier. Le réseau de Voir comprenait 6 hebdos francophones, 2 anglophones. En l’espace de deux ans, l’édition de Québec avait été réduite de moitié, passant d’une moyenne d’environ 44 pages à 28. Montréal et les autres régions subissaient un sort analogue.

En 2012, on supprimait tous les postes de rédacteurs en chef pour ne conserver que celui de Montréal. Je devenais chômeur.

Mais ce n’est pas mon récit personnel qui importe ici. Ni même, à la limite, le sort des journalistes. Ce qui m’effraie, c’est la fin d’un discours d’ici sur ce qui se trame chez nous. L’argent n’est plus là pour payer celles et ceux qui nous expliquent le monde et traquent les filous, coquins et bonimenteurs. Il est dans les AdWords, sur Facebook, dans la gestion de communautés.

Et j’y participe. Nous produisons, à La Flèche, des contenus destinés au domaine du numérique et nous aidons des entreprises à trouver leur voix pour mieux s’extraire du bruit blanc qu’est devenu le monde des communications. Mais nous croyons aussi qu’un sain plan de diffusion devrait inclure les médias traditionnels. Pas par pitié. Pas seulement pour sauver les voix d’ici. Mais parce qu’on y trouve des lecteurs et des lectrices.

Combien votre compagnie investit-elle dans la création et le maintien de communautés en ligne? Le risque est pourtant immense de voir les plateformes où vous les construisez restreindre l’accès à tous ces gens et anéantir vos investissements, ou de vous forcer, comme le fait Facebook, à sans cesse augmenter les sommes à débourser pour rejoindre votre public. Pendant ce temps, des communautés de lecteurs déjà formées existent et n’attendent que d’être sollicitées. Elles sont dans les médias.

Alors, pourquoi ne pas les réinvestir ?

Non, les journaux ne promettent pas de mesurer l’impact de chaque geste publicitaire de manière aussi scrupuleuse. C’est vrai. Mais il ne faut pas non plus se laisser leurrer par l’effarante quantité de données des géants du Web, qui sont parfois trompeuses, voire carrément inutiles.

Les quotidiens ont plus de lecteurs qu’avant. Oui, plusieurs médias sont sans doute en partie responsables du sort qu’ils connaissent; les structures rigides de certaines organisations, le manque de créativité publicitaire et la réticence à investir dans les outils du numérique pour mieux cibler les lecteurs n’ont pas aidé.

Mais parmi nos clients, nous comptons quelques-uns de ces médias traditionnels qui ont su prendre le virage. Ils proposent une crédibilité, un environnement, du trafic. Et ils disposent aussi d’outils pour jauger la performance des campagnes qui y sont faites. Nous les aidons à créer des contenus sur mesure, qui ont de la valeur aux yeux de leurs auditoires. Et ça marche.

Résumons. Au-delà du danger que la disparition de la presse locale fait planer sur la santé de nos démocraties, ou de notre devoir de citoyen corporatif de mieux soutenir les médias, bouder ces plateformes est une erreur stratégique qui prive une entreprise d’un public de qualité.

NOTE : Ce texte a été publié dans l’Infolettre de La Flèche. Les journaux du Groupe Capitales Médias ne sont pas des clients de La Flèche. 

Point de vue

Le vrai visage du maire Lehouillier

POINT DE VUE / Courroucé par les multiples oppositions au projet de troisième lien dans l’est, le maire Lehouillier a récemment déclaré à propos de celui-ci : «Les automobiles sont roi et maître.» Sous d’autres cieux, on réclamerait sa démission pour une déclaration aussi irresponsable. Mais déjà, depuis son rejet fracassant de l’ancien projet de trambus du maire Labeaume, on se doutait bien que le maire de Lévis ne voyait pas le transport en commun comme une solution à la congestion.

Maintenant, le chat est sorti du sac: le projet de troisième lien à l’est, dont il se fait le porte-étendard, n’a pas pour but de régler l’engorgement des ponts, mais bien de plaire à la majorité de ses citoyens qui n’ont pas à les emprunter quotidiennement. Comment pouvait-il en être autrement, puisque les études du ministère des Transports révèlent que la vaste majorité de la circulation de transit sur les ponts provient de travailleurs résidant dans l’ouest des deux rives ?

Le maire Lehouillier a d’ailleurs pris soin de préciser que le troisième lien constituait un «enjeu national», question de bien faire comprendre à ses citoyens qu’ils n’auraient pas un seul sou à débourser. Mais le plus navrant dans cette histoire, c’est que le gouvernement se prête au jeu du maire Lehouillier, quitte à investir des milliards de dollars dans un projet qui ne règlerait qu’à la marge la congestion sur les ponts. Pire encore, on déferait d’une main ce que l’autre main est en train de bâtir à coup de milliards de dollars. 

En effet, le futur réseau de transport de la Capitale, qui a été élaboré par des ingénieurs et des experts en urbanisme, repose sur le constat que le transport collectif est la solution pour une mobilité durable. Or, de l’avis de ces experts, un troisième lien à la pointe de l’Île d’Orléans servirait essentiellement à la circulation automobile et ne ferait qu’accroître l’étalement urbain. Et l’on ose nous présenter des croquis de ce troisième lien doté d’un tramway, alors que celui-ci ne desservira même pas le secteur de Beauport! 

En ces temps de crise environnementale planétaire, on est en droit de douter fortement de la légitimité d’un tel projet; un projet autrement plus sensé et cohérent serait un tramway sous-fluvial qui relierait le centre et l’ouest de Lévis au réseau de transport de la Capitale. L’intérêt public exige que l’on fasse fi du discours démagogique du maire Lehouillier.

Point de vue

Les services de garde en milieu scolaire lourdement affectés par la pénurie de main-d’œuvre

POINT DE VUE / La pénurie de main-d’œuvre qui touche le personnel enseignant fut sans contredit le sujet de cette rentrée scolaire. Y aura-t-il un enseignant dans la classe? Voilà la question bien angoissante que plusieurs se sont posée. Or, il faut savoir que les services de garde en milieu scolaire sont aux prises avec la même situation.

Il convient de tirer la sonnette d’alarme, car la pénurie de personnel menace de façon bien particulière la qualité et l’accessibilité à ces services essentiels pour plus de 60% des élèves québécois.

Des horaires peu attrayants

D’abord, la source du problème. Outre le manque flagrant de valorisation de cette profession dans la société, les horaires proposés rendent les postes en garde scolaire bien peu attrayants. Qui souhaite travailler sur des horaires brisés, à raison de deux ou trois heures par jour, s’échelonnant du matin au soir? Ces conditions rendent déjà le recrutement difficile en temps «normal». Dans le contexte actuel de pénurie, cela devient carrément impossible pour plusieurs milieux.

Un encadrement règlementaire désuet

Par ailleurs, il y a l’encadrement légal du fonctionnement des services de garde qui est à repenser. Rappelons que la règlementation actuellement en vigueur n’a pas été revue depuis 1998 et ne reflète plus la réalité d’aujourd’hui.

En effet, en plus de ne pas préciser clairement le rôle éducatif de la garde scolaire, il reste muet sur l’obligation d’offrir le service à tous les parents qui en font la demande. Au mieux, la Loi sur l’instruction publique indique que la commission scolaire doit mettre en place un service de garde si les parents en font la demande, mais rien n’indique que l’élève a droit au service de garde comme c’est le cas pour les services d’enseignement.

Cette règlementation est de toute évidence insuffisante pour garantir l’accès à un service de qualité à tous les élèves. Actuellement, plusieurs services de garde scolaire peinent à rencontrer le ratio (pourtant prescrit dans le règlement) d’une éducatrice ou d’un éducateur pour vingt élèves en raison du manque de personnel. Certains ont même dû refuser des inscriptions, faute de pouvoir assurer la présence de personnel éducateur en nombre suffisant et d’assurer la sécurité des élèves. Doit-on craindre le retour de la clé au cou?

Repenser la garde scolaire

Une grande partie des difficultés que connait la garde scolaire actuellement tient au fait que le rôle qu’elle joue aujourd’hui est à des années lumières de celui pour lequel elle a été créée, il y a une trentaine d’années. Ce qui était à la base essentiellement un outil de conciliation famille-travail est devenu un rouage important du continuum de services qui accompagne les élèves dans leur réussite, au même titre que les CPE, l’école, les organismes communautaires famille, les organisations de loisir municipales, etc. Bien plus que de la simple «garde», les services offerts visent divers objectifs liés au développement global des enfants: socialisation, habiletés cognitives et motrices, stratégies d’apprentissage par le jeu, etc. La garde scolaire est fréquentée par plus de 60% des élèves, qui y passent souvent un nombre d’heure presque équivalent à celui passé en classe.

Il est important d’ajouter que le personnel œuvrant en service de garde scolaire détient une formation spécifique à la profession. Il développe des liens privilégiés avec l’élève en raison de la constance de sa relation avec lui tout au long du parcours scolaire, ce qui facilite les transitions et l’adaptation. Il est également un point de contact quotidien avec les parents. Il travaille en étroite collaboration avec les autres services de l’école.

Le milieu scolaire est actuellement en période de transformation. Il faut absolument saisir cette opportunité pour repenser la garde scolaire non plus comme un lieu de transition où les élèves sont en attente que les parents viennent les chercher, mais bien comme un service de l’école à part entière, qui contribue pleinement au projet éducatif et à la réussite des élèves. Cette transformation reste la voie à suivre pour revaloriser cette profession, rendre les carrières en garde scolaire attrayantes, soutenir le recrutement du personnel et assurer l’accès à un service de qualité à tous les élèves qui en ont besoin.

Réjeanne Brodeur est présidente et Diane Miron est directrice générale de l’Association québécoise de la garde scolaire

Point de vue

Vivre et mourir dans la dignité, un droit fondamental pour tous

POINT DE VUE / La juge Christine Baudoin vient élargir l’accès à l’aide médicale à mourir (par le biais de l’assistance d’une autre personne) en déclarant invalides les critères d’admissibilité des lois fédérale et provinciale jugés trop restrictifs et discriminatoires. Et pour cause. Jusqu’à ce jour, pour obtenir le droit à cette aide médicale, le patient doit faire la preuve de sa «mort imminente, et naturelle» ou qu’il est «en fin de vie». Selon la juge, ces exigences portent atteinte aux droits fondamentaux des personnes. Et chapeau bas aux Québécois Nicole Gladu et Jean Truchon, atteints de maladies dégénératives incurables qui se sont battus pour que soit respecté leur droit, au grand bénéfice de toute la société.

Mais encore! Tel que déjà présenté par Michel Lévesque, alors étudiant en droit, dans une des Revues juridiques de l’Université Laval, la notion d’aide médicale à mourir est intimement liée à celles du suicide assisté, de l’euthanasie et du meurtre par compassion, lesquelles notions divisent encore la société. Qui plus est, l’interdiction de l’aide médicale à mourir privilégie d’abord l’intérêt de l’État à préserver le caractère sacré de la vie... Alors que l’intérêt des personnes passe davantage par la préservation de leur dignité humaine, un droit fondamental.

Un réel débat de société s’il en est. Un débat qui perdure, notamment depuis les affaires Latimer, Rodriguez et Astaforoff. Et ce, malgré l’ouverture légale et combien rarissime et difficile de recourir à l’exemption constitutionnelle (possibilité de se soustraire aux contraintes juridiques). Selon Véronique Hivon, marraine de la Loi sur l’aide médicale à mourir, la majorité de la population québécoise serait favorable à cette aide, et par ricochet, à la décriminalisation de l’acte prohibé par nos gouvernements. Ces derniers, au lieu d’encourager les tiraillements entre les professionnels de la santé, les juristes et la population ne devraient-ils pas, plutôt, s’investir davantage dans la recherche et la mise en place de mesures de soutien et d’un accompagnement, à court, moyen ou long termes, qui soit médical, sécuritaire, de réconfort, de compassion, d’éthique et de respect de la liberté de choix pour chaque personne concernée ou leurs proches aidants? Par conséquent, et à juste titre, la députée invite nos gouvernements à soutenir la volonté sociale et à ne pas porter en appel le jugement rendu par la juge Baudoin. Applaudissements Mme la députée!

C’est une question de droit fondamental: vivre et mourir dans la dignité pour tout le monde.