Bien que la psychothérapie constitue l'un des traitements les plus efficaces pour les personnes ayant des problèmes de santé mentale, ce traitement n'est pas inclus dans le système universel de soins de santé, soulignent les auteurs.

Arguments en faveur du financement de la psychothérapie par le Québec

Grâce à la Semaine de la santé mentale, de même qu'à des campagnes comme celle de Cause pour la cause de Bell, l'attitude du public au sujet des maladies mentales a finalement commencé à changer. Malheureusement, ces campagnes de sensibilisation ne se sont pas traduites par un meilleur accès à des soins.
Grâce à la Semaine de la santé mentale, de même qu'à des campagnes comme celle de Cause pour la cause de Bell, l'attitude du public au sujet des maladies mentales a finalement commencé à changer. Malheureusement, ces campagnes de sensibilisation ne se sont pas traduites par un meilleur accès à des soins.
Une étude menée en mars 2013 par l'Institut de la statistique du Québec indique que plus de 200 000 personnes de 15 ans et plus auraient eu besoin de consulter un travailleur social, un psychologue ou un psychothérapeute et qu'elles n'ont pas été en mesure de le faire, sur une période de 12 mois en 2010-2011, parce qu'elles n'avaient pas d'assurances ou qu'elles n'avaient pas les moyens de payer pour ces services.
Bien que les données fondées sur des faits aient prouvé que la psychothérapie constitue l'un des traitements les plus efficaces pour les personnes ayant des problèmes de santé mentale, ce traitement n'est pas inclus dans le système universel de soins de santé. Cette situation constitue un obstacle pour de très nombreux Québécois qui ont désespérément besoin de psychothérapie afin d'être en bonne santé et heureux et de contribuer pleinement à la société québécoise.
La province aurait une occasion unique de devenir un chef de file en Amérique du Nord, en ce qui a trait aux meilleurs pratiques en santé mentale, si elle soutenait fermement un accès équitable à des traitements de psychothérapie.
Les besoins sont évidents
L'Institut national de santé publique du Québec estime que, chaque année, en moyenne 12 % de la population du Québec est diagnostiquée avec un trouble de santé mentale. En 2013, ce pourcentage représentait plus de 975 000 Québécois. Dans son rapport déposé en 2012 et intitulé Pour plus d'équité et de résultats en santé mentale au Québec, le Commissaire à la santé et au bien-être demande un élargissement des services de santé mentale assurés par le système public, y compris un accès équitable à des traitements de psychothérapie. Le rapport souligne que «Les troubles mentaux légers à moyens sont en forte progression autant au Québec qu'ailleurs dans le monde, ce qui a des répercussions considérables sur la vie des personnes atteintes, sur les coûts des soins de santé et sur la productivité. Malgré tout, les médicaments prescrits demeurent souvent le seul choix pour traiter ces problèmes, même si les données fondées sur des faits ont clairement démontré l'efficacité de la psychothérapie comme traitement alternatif ou complémentaire.»
Les avantages sont évidents
Une meilleure santé mentale se traduit par une hausse de la productivité et par une réduction du taux d'absentéisme de la main d'oeuvre. L'amélioration de la santé de la population passe par l'accès à des traitements efficaces pour tous.
Mais sans doute le plus important est, sur le plan économique de la santé, la réduction des coûts d'ensemble du système de soins de santé et du fardeau financier pour les contribuables. Selon le rapport 2012 du Commissaire à la santé et au bien-être, les interventions psychologiques pourraient se traduire par des économies des services de santé de l'ordre de 20 à 30 p. cent.
S'il mettait en place une politique de remboursement des frais de psychothérapie, le Québec deviendrait, comme c'est souvent le cas, un chef de file en Amérique du Nord, à la suite du Royaume-Uni et de l'Australie où des mesures équivalentes ont été mises en place et où les avantages ont été démontrés.
Les services de psychothérapie sont éprouvés et efficaces dans le traitement des problèmes communs de santé mentale. Il est reconnu qu'un accès amélioré à des services de psychothérapie est totalement rentable, directement et indirectement.
La prochaine étape est évidente
Alors que nous comprenons mieux les problèmes liés à la santé, les Québécois profitent de meilleurs diagnostics, de meilleures thérapies, d'une compréhension accrue de la prévention des maladies et, bien entendu, d'un programme de remboursement du coût des médicaments financé par le gouvernement.
Dans la même veine, nous devons faire plus encore pour les personnes qui souffrent de maladie mentale, et nous devons nous assurer qu'elles ont un accès équitable et universel à une psychothérapie, tout comme c'est le cas pour la pharmacothérapie, en mettant sur pied un programme en vertu duquel les Québécois qui n'ont pas d'assurance privée pour les soins de psychothérapie seraient assurés par le gouvernement.
Nous encourageons la province à faire preuve de leadership en adoptant des pratiques exemplaires éprouvées en soins de santé et en financement de soins de santé. Au cours des prochains mois, l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux du Québec (INESSS) présentera un programme fondé sur les pratiques exemplaires de l'Australie, du Royaume-Uni et d'autres pays avancés, en ce qui a trait à la mise en place d'un programme de couverture des coûts de psychothérapie pour les Québécois qui n'ont pas d'assurance privée. Cela semble juste pour une province qui s'enorgueillit de mettre en place les meilleurs soins médicaux, au meilleur coût possible, pour le plus grand nombre de patients. Ce programme mérite le soutien bipartite de tous les décideurs et de tous les Québécois.
David Levine et Michael Sheehan, porte-parole du Collectif pour l'accès à la psychothérapie (CAP)*
*Le CAP a été créé sous l'égide de la Fondation Graham Boeckh et de la Fondation pour les maladies mentales, en réponse au rapport du Commissaire à la santé et au bien-être (mars 2013), en vue de travailler à l'élargissement de l'accès à des services de psychothérapie au Québec)