Kevin O'Leary

Applaudissements injustifiés pour Kevin O'Leary

Comme un million de gens, j'ai écouté «Tout le monde en parle» dimanche dernier. Un invité m'a particulièrement dérangé: il s'agit de M. Kevin O'Leary. Je ne veux surtout pas mettre en question le droit des responsables de l'émission d'inviter qui bon leur semble, mais j'apprécierais que l'assistance, représentant en quelque sorte les Québécois, apprenne à discerner ce qui mérite d'être approuvé de ce qui devrait être rejeté. Qui est ce M. O'Leary? D'après ses réponses aux questions de Guy A. Lepage, il me semble être un prophète du néolibéralisme. Je reconnais qu'il annonce l'Évangile du capitalisme avec beaucoup de panache: nous laisserons-nous embobiner pour autant? Quel est son message?
Comme un million de gens, j'ai écouté «Tout le monde en parle» dimanche dernier. Un invité m'a particulièrement dérangé: il s'agit de M. Kevin O'Leary. Je ne veux surtout pas mettre en question le droit des responsables de l'émission d'inviter qui bon leur semble, mais j'apprécierais que l'assistance, représentant en quelque sorte les Québécois, apprenne à discerner ce qui mérite d'être approuvé de ce qui devrait être rejeté. Qui est ce M. O'Leary? D'après ses réponses aux questions de Guy A. Lepage, il me semble être un prophète du néolibéralisme. Je reconnais qu'il annonce l'Évangile du capitalisme avec beaucoup de panache: nous laisserons-nous embobiner pour autant? Quel est son message?
À la question de Guy A. Lepage, «Ça pense comment l'argent?», Kevin O'Leary répond: «Je dis souvent qu'on ne devrait jamais pleurer pour de l'argent car l'argent ne pleure jamais pour vous. Il suffit d'emprunter le chemin qui présente le moins d'obstacles et les meilleurs résultats. Quand on comprend que l'argent n'a pas d'âme et qu'il cherche à se multiplier, on est en phase avec lui. Pour moi, ce n'est pas une question d'avarice, mais de liberté. Être riche, c'est être libre. Libre de faire ce qu'on veut, d'aider qui on veut et à ce qu'on considère comme important. Voilà ma motivation.»
N'est-ce pas, à travers une rhétorique trompeuse, une façon d'affirmer que l'argent est son seul dieu et qu'il est prêt à tout pour en amasser le plus possible? À blesser des gens (du moins, émotivement)? À laisser la nature ravagée? Il affirme que «ce n'est pas une question d'avarice, mais de liberté»: n'est-ce pas une façon de se servir d'une valeur que l'ensemble des gens considère comme prioritaire pour tenter de défendre l'indéfendable? La liberté consiste-t-elle uniquement à accumuler de l'argent, à exploiter efficacement son prochain? N'y a-t-il pas des facettes plus essentielles à la liberté?
Une autre des vérités éclatantes de ce triste sire est qu'un «entrepreneur veut toujours créer des emploi», et que «le secret du succès pour notre merveilleuse province tient en trois points: l'emploi, l'emploi et l'emploi.» N'est-ce pas une autre mauvaise plaisanterie? Sachant à quel point il peut être traumatisant de perdre son emploi ou de ne pas en avoir un, tout le monde ne peut qu'être d'accord sur l'importance de l'emploi. Est-ce ainsi que les néolibéraux voient la situation? Prenons un exemple concret : depuis quelques décennies, les banques déclarent des profits faramineux tout en congédiant des milliers d'employés. Ont-elles pour but de créer des emplois? Ou d'exploiter le plus efficacement possible leurs employés?
À la fin de l'émission, l'animateur a conclu en disant: «Merci d'avoir accepté notre invitation.» À ce moment, à mon grand étonnement et à ma profonde indignation, les gens ont applaudi accordant même une ovation à M. O'Leary. Simple politesse? Applaudissements venant du fond du coeur? Masochisme? Incompréhension? Nous devrions être conscients que si nous avons le droit d'applaudir un invité, nous avons également le droit de le huer. Ce M. O'Leary, avec son message suicidaire pour l'ensemble des gens, aurait-il mérité de se voir indiquer la sortie dans le chahut? Nous en avons le droit. En tout cas, c'est ce que je pense. Suis-je le seul à penser ainsi?
Normand Leclerc, Trois-Rivières